18 Janvier 2018

Tunisie: Pour parer au plus urgent

Un héritage très lourd

Le gouvernement actuel a hérité d'une situation compliquée et difficile avec une économie pratiquement en panne en raison de plusieurs facteurs exogènes et du contexte macroéconomique interne. Le taux de croissance ne décolle pas et les promesses d'investissement se font toujours attendre. Tant il est vrai qu'il est démuni, face à cette montagne de problèmes et de difficultés, à proposer un plan de relance fiable tenant compte de tous les impondérables.

Entre-temps, la grogne sociale monte, et face aux exaspérations des jeunes notamment, les autorités ne savent plus où donner de la tête. Il faudrait alors parer au plus urgent pour apaiser les tensions. Youssef Chahed préconise de renforcer davantage l'initiative privée qui, selon lui, « demeure, malgré les difficultés, une solution importante ». Le gouvernement a, en effet, alloué « une enveloppe de 100 millions de dinars pour financer les petits projets à travers les microcrédits dans la loi de finances 2018 », a-t-il affirmé. Il a expliqué qu'en vertu de ces nouveaux mécanismes, « le jeune promoteur pourra bénéficier d'un autofinancement de la BTS allant jusqu'à 150.000 dinars. L'Etat lui garantit un marché-cadre sur trois ans, dont le volume des transactions peut aller jusqu'à 600.000 dinars. Ainsi, des petites entreprises peuvent voir le jour dans les métiers verts, l'environnement, l'équipement, l'agriculture, et on en passe ».

De son côté, le ministre de l'Emploi et de la Formation professionnelle, Faouzi Abderrahamen, a dû dépoussiérer d'anciens rapports, notamment celui de la consultation nationale de l'emploi élaboré en 2009, pour y trouver quelques remèdes qui pourraient calmer la situation. Un nouveau secteur de « l'économie sociale et solidaire » sera mis en place au cours de cette année et qui pourrait participer à hauteur de 5% au PIB et créer ainsi des milliers d'emplois », a-t-il annoncé lundi 15 janvier. Ce concept désigne « un ensemble d'entreprises organisées sous forme de coopératives, mutuelles, associations ou fondations, dont le fonctionnement interne et les activités sont fondés sur un principe de solidarité et d'utilité sociale ». Leurs ressources financières sont généralement en partie publiques. Ce genre d'initiative s'appuie sur un large programme de développement des initiatives locales de l'emploi, de déconcentration et de territorialisation de l'action publique, mettant à contribution un vaste réseau d'acteurs publics, privés et associatifs et faisant appel à l'esprit entrepreneurial des jeunes.

Les services de proximité, un creuset important

Le ministre a également évoqué un autre secteur non encore exploité en Tunisie, celui des services de proximité. Déjà, dès les années quatre-vingt, plusieurs pays ont pris conscience du potentiel que représentent les emplois de proximité et ont mis en place une série de programmes et de mesures pour les promouvoir. Depuis, les expériences se sont diversifiées et multipliées, mettant en relief l'importance de ce nouveau créneau dans la promotion de l'emploi et de la prise d'initiative à l'échelon local. En Tunisie, la première fois où l'on a commencé à en parler, c'était au cours d'un séminaire organisé en 2003 par une association d'insertion de jeunes diplômés dans la vie professionnelle avec le soutien du ministère de l'Emploi et d'autres organismes publics et la participation d'experts tunisiens et internationaux. Il a permis de dégager plusieurs pistes qui sont restées inexplorées. L'approche des services de proximité par l'emploi et comme mode d'insertion professionnelle des jeunes en difficulté ne semble pas avoir suscité l'intérêt qu'elle mérite. Le potentiel des services de proximité, naturellement induit par l'évolution des besoins de la société, reste encore mal connu et peu identifié, alors qu'il devrait pouvoir s'imposer comme une des voies à explorer pour lutter contre le chômage et un creuset intéressant pour le développement de nouveaux savoir-faire spécifiques et pour la création de nouveaux emplois.

Des besoins nouveaux et non satisfaits existent aujourd'hui dans notre pays. Ils résultent d'un mouvement d'ensemble de l'évolution de la société tunisienne et sont à l'intersection de plusieurs facteurs démographiques, socioéconomiques et culturels. Il est donc inacceptable que nous assistions à la fois à une demande d'emploi des jeunes de plus en plus importante, d'une part, et à l'émergence de nouvelles attentes et de demandes de services non satisfaites, d'autre part, sans prendre la peine d'y voir de plus près et de prendre les mesures qui s'imposent.

Il est nécessaire d'approfondir davantage la réflexion pour dénicher de nouveaux gisements d'emplois, loin de toute surenchère politique, et chercher plutôt à rassurer les Tunisiens par des solutions concrètes car, même ceux qui travaillent vivent dans la peur du lendemain. D'autant plus que la précarité ne touche pas uniquement les précaires et la pauvreté gagne du terrain dans un pays fragilisé. Les mesures en trompe-l'œil, les Tunisiens en ont déjà vu. De la création de 400.000 emplois en une année, annoncée en fanfare en 2012 par Ennahdha, en arrivant à la promesse électorale de Nida Tounès de créer 450.000 emplois en cinq ans, sans oublier l'annonce farfelue d'un ministre de l'Emploi de la « Troïka » d'éradiquer le chômage en 2020, les promesses des politiques, aussi belles soient-elles, ne sont pas indubitables et, par conséquent, ne sont pas toujours tenues. Elles ne pourraient que confirmer la crainte de l'absence d'une politique réellement ambitieuse pour l'emploi des jeunes.

Tunisie

Crise libyenne - Concordance de vues entre l'Onu et les pays voisins

L'Algérie, la Tunisie et l'Egypte, pays voisins de la Libye, ont réitéré la… Plus »

Ne ratez pas ce que tout le monde regarde

Copyright © 2018 La Presse. Droits de reproduction et de diffusion réservés. Distribué par AllAfrica Global Media (allAfrica.com). Pour toute modification, demande d'autorisation de reproduction ou de diffusion, contactez directement le propriétaire des droits en cliquant ici.

AllAfrica publie environ 800 articles par jour provenant de plus de 140 organes de presse et plus de 500 autres institutions et particuliers, représentant une diversité de positions sur tous les sujets. Nous publions aussi bien les informations et opinions de l'opposition que celles du gouvernement et leurs porte-paroles. Les pourvoyeurs d'informations, identifiés sur chaque article, gardent l'entière responsabilité éditoriale de leur production. En effet AllAfrica n'a pas le droit de modifier ou de corriger leurs contenus.

Les articles et documents identifiant AllAfrica comme source sont produits ou commandés par AllAfrica. Pour tous vos commentaires ou questions, contactez-nous ici.