19 Janvier 2018

Burkina Faso: Echauffourées entre élèves et militaires à Bousse - Retour sur les faits

Le jeudi 18 janvier dans la matinée, les différents délégués généraux des établissements de Boussé ont convoqué la presse locale pour donner un certain nombre d'informations sur les événements qui ont secoué la ville de Boussé le mardi 16 janvier.

Ce jour-là, un détachement militaire, en partance pour le Nord du pays, est tombé dans la manifestation des élèves de la commune de Boussé à l'entrée de la ville en venant de Ouagadougou, juste sur le pont du barrage. Les choses ont débordé avec les conséquences que l'on sait : un blessé par balle à la jambe droite pour un élève de la classe de 3e du lycée privé Nephtali. Kafando Soumaila, c'est son nom, habite le village voisin, Raogo.

Le mardi 16 janvier, quand nous sommes allé sur les lieux de la manifestation au pont du barrage de Boussé, deuxième jour de la grève des élèves, comme d'habitude pour suivre les négociations des personnes-ressources de Boussé avec les élèves, nous avons pris nos jambes au cou. Il était environ 11h et c'était une véritable débandade. Pourquoi ? Explications des faits ! Des militaires en partance pour le Nord-Mali sont tombés dans la manifestation des élèves.

Des tirs de sommation en l'air ont été entendus ; certainement pour disperser les élèves. Les élèves, de part et d'autres du goudron, se mettent à jeter des pierres et les militaires essaient de les contenir en tirant en l'air. La route est bondée de véhicules. Quand les militaires ouvrent la voie, tous les véhicules stationnés, de gauche à droite, se mettent « en marche ». Histoire de profiter des militaires pour « fuir » avant que les élèves ne reviennent à la charge. Tout d'un coup, après le dernier carrefour de la ville, sur la route de Yako, un cri strident se fait entendre. Un jeune élève est atteint au pied droit par balle. Pour le reste, ce sont les élèves qui racontent leur version des faits.

«Le jour de notre grève, nous étions sur le goudron quand les militaires sont arrivés et en tant que délégués, nous sommes allés à la rencontre des militaires les mains en l'air et nous n'avons même pas pu les approcher que beaucoup sont descendus des véhicules et ont commencé à arracher les branches des arbres comme fouets et enlever leurs ceintures en se dirigeant vers les élèves. Les élèves se sont dispersés avant de revenir à la charge pour savoir pourquoi les militaires les chargent.

Au lieu de nous écouter, ils nous frappaient et tiraient partout. Donc, nous avons décidé de leur montrer notre mécontentement en les poursuivant. Et c'est, jusqu'au niveau du siège de l'ONEA de Boussé, au croisement de la route de Nanoro, qu'une balle a atteint un camarade au pied. Les militaires ont emmené avec eux un de nos camarades après l'avoir bastonné. C'est à Yako dans le Passoré qu'ils l'ont abandonné et c'est la gendarmerie de Boussé qui a pu le ramener. Nous disons et nous répétons que s'il y avait eu concertation, tout cela ne serait pas arrivé car nous, élèves, nous sommes conscients du rôle de l'armée dans une république et dans un Etat de droit. Nous savons aussi à l'avance qu'ils partaient en mission pour la sécurité du pays, donc pour notre sécurité à tous.

Mais nous avons été incompris par ces derniers. Après ces faits, chacun devrait prendre ses responsabilités et tirer toutes les conséquences, plutôt que de rejeter l'anathème sur les élèves qui n'y sont pour rien». C'est Mahamadi Belemwoudigou, délégué du lycée Dimdolobsom, qui nous raconte l'histoire.

Des nouvelles du blessé ?

Ferdinand Zongo, lui aussi élève, donne des nouvelles du camarade blessé. « Nous savons que notre camarade est admis à l'hôpital Blaise Compaoré ; son grand frère nous a rassurés que tout va bien. Mais nous sommes allés voir les autorités de la province pour qu'elles nous donnent un moyen de déplacement afin que les DG des établissements aillent s'enquérir de la santé de notre camarade. Nous avons appris aussi que depuis Ouagadougou, le ministre de la Sécurité est allé lui rendre visite à l'hôpital.

Tout ça c'est bien et nous ne sommes contre personne, nous voulons seulement des conditions minimum pour notre éducation ». Dans la journée d'hier, les classes sont restées fermées à cause d'une incompréhension entre les élèves et le maire à propos d'un communiqué. Mais dans la soirée, une solution a été trouvée et les esprits se sont calmés dans la cité de Boussé.

Il faut noter que depuis le 1er jour de la grève des élèves, le lundi 15 janvier, le haut-commissaire, Orokiya Onadja/Barro, a entrepris, en synergie d'actions avec la sécurité et les personnes- ressources de Boussé, une série de négociations avec les élèves pour que des solutions judicieuses soit trouvées. Aussi, après l'évènement malheureux avec les militaires, le haut-commissaire, la sécurité et les personnes-ressources se sont rendus au chevet de l'élève blessé et admis au CMA de Boussé. Le lendemain, une délégation de l'Administration est allée à Raogo, village du département de Arbollé où vivent les parents de l'élève afin de les assister.

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