18 Janvier 2018

Burkina Faso: Transformation des fruits et légumes de Loumbila - Des ex-travailleurs crient à la discrimination

Depuis avril 2016, la Société de transformation des fruits et légumes de Loumbila (STFL) a déclaré faillite pour raison économique, laissant sur le carreau 53 employés.

Les ex-travailleurs disent accuser, entre autres, trois mois d'arriérés de salaire, des dommages et intérêts, la non-mise à jour des cotisations sociales pour un montant total de plus de 300 millions de F CFA. Ayant appris le décaissement en cours de 51 millions pour le règlement des dettes de l'entreprise « au détriment des sommes dues aux ex-travailleurs », ces derniers demandent leur dû. Pour l'administration provisoire de la Société, le mode de répartition de cette somme a déjà été décidé au cours d'une réunion élargie à tous les acteurs impliqués dans le dossier.

Au regard des difficultés économiques qu'elle rencontrait, la Société de transformation des fruits et légumes de Loumbila (STFL) a officiellement mis la clé sous le paillasson, le 29 avril 2016. Au Conseil des ministres du 11 mai 2016, le gouvernement autorisait le payement des droits du personnel de la STFL. Ainsi, les arriérés de salaire jusqu'en fin avril 2016 furent versés aux 53 agents, de même que leurs droits légaux. Seulement, dans une déclaration parvenue à notre Rédaction, les ex-travailleurs estiment que toute la dette à leur endroit n'est pas épongée. «Nous accusons à ce jour, des arriérés de payement de salaire de trois (3) mois, le non-payement des droits légaux de deux (2) mois, d'un montant total de 63 946 362 F CFA, des dommages et intérêts d'un montant de 272 563 920 Frs CFA, de la mise à jour des cotisations sociales à la CNSS à la suite de licenciement abusif de l'ensemble du personnel pour des motifs économiques», lit-on dans la déclaration.

Les trois mois d'arriérés de salaire (mai-juin-juillet) et les droits légaux y afférents, ont-ils expliqué, découlent du fait que même si le licenciement date du 30 avril 2016, il a été notifié aux 53 agents, le 29 juillet, soit trois mois après. «Les agents ont continué à venir au travail jusqu'à ce que le licenciement leur soit notifié», ont-ils nuancé. Les ex-employés précisent toutefois qu'il n'y a pas de litige avec les autorités, parce que celles-ci n'ont jamais refusé de solder ces dus. «Cependant, il n'y a pas d'engagement écrit pour nous rassurer», ont-ils confié. Qu'à cela ne tienne, l'administrateur provisoire de la STFL, Issaka Sourwèma, explique que ces trois mois sont à multiples interprétations. «On a demandé l'avis technique de l'Inspection du travail qui ne nous est pas encore revenu afin qu'on puisse éclairer à notre tour le gouvernement, qui prendra la décision appropriée», a noté M. Sourwèma.

«Un traitement discriminatoire»

Après plus de 15 mois d'attente du solde pour tout compte, les ex-travailleurs apprendront, le mercredi 20 décembre 2017, lors d'une rencontre entre l'administrateur provisoire et le personnel de la STFL, le décaissement en cours d'un montant de 51 millions de FCFA «pour le règlement de factures au détriment des sommes dues aux ex-travailleurs qui devraient en principe être prioritaires». Cette information a d'ailleurs été confirmée par l'administrateur provisoire de la société, Issaka Sourwèma, qui a présidé la rencontre de répartition de ce montant. Ainsi, 17 millions de F CFA seront versés à l'ancien directeur général comme arriérés de salaire, 9 millions aux neuf administrateurs pour leurs indemnités de session et 2,2 millions au président du Conseil d'administration au titre de ses indemnités de fonction.

A cela s'ajoutent les arriérés d'honoraires du commissaire au compte (11,8 millions de F CFA) et de l'avocat-conseil (11,837 millions de F CFA). Cette clé de répartition, a signifié M. Sourwèma, a été définie lors d'une réunion élargie à tous les acteurs impliqués dans le dossier et présidée par le Premier ministre, le 4 août 2017. «Le personnel n'a pas été impliqué, parce que le 14 juillet 2017, quand le Premier ministre a visité le site de l'usine, les agents ont eu l'occasion de prendre la parole et c'est à l'issue de cela qu'il a été décidé que tous les autres acteurs devaient se rencontrer», a-t-il soutenu.

Une solution sera trouvée

Pour les ex-travailleurs, il s'agit de critères «difficilement compréhensibles» d'autant plus que «ces bénéficiaires, à l'exception de l'ex-DG, font partie de la liste de dettes des prestataires et fournisseurs dont le montant total dû s'élève à environ 680 000 000 FCFA ». Dénonçant le «caractère discriminatoire de ce traitement», ils estiment que la répartition de ce décaissement devait prioritairement prendre en compte les employés. «Parce que la plupart d'entre nous peinons à joindre les deux bouts», ont-ils plaidé.

Le choix de ces personnes à payer, a poursuivi l'administrateur provisoire, se justifie par le fait que ladite rencontre a estimé que l'efficience et l'efficacité de la conduite de l'administration provisoire résidait dans l'accompagnent de celle-ci par un certain nombre d'acteurs. «Nous avons des dossiers judiciaires. L'avocat a dit clairement que sans ses honoraires, il n'est plus motivé à défendre nos dossiers. Il en est de même pour le commissaire aux comptes qui doit nous accompagner dans l'élaboration du plan de redressement de la société. L'ancien DG est allé à la retraite le 31 décembre 2016. L'administrateur représentant l'actionnaire privé est sans emploi et on ne peut pas lui seul le payer et laisser les autres. Même si le sort des travailleurs est préoccupant pour nous, nous avons simplement travaillé à mettre en application la décision prise lors de la rencontre du 4 août», a justifié Issaka Sourwèma. Toutefois, il dit comprendre, «en tant qu'humain», la situation des ex-travailleurs «qui ont toujours fait preuve de compréhension et de disponibilité».

En tout état de cause, M. Sourwèma se veut rassurant. L'administration provisoire, a-t-il dit, a essentiellement pour but, pour ce qui concerne les employés licenciés et les autres prestataires et fournisseurs, de travailler à l'apurement du passif. «Le passif au niveau social est nettement plus important et plus urgent à traiter que les autres passifs. Le gouvernement en fait un point d'honneur», a-t-il confié, espérant que l'administration provisoire (fonctionnelle depuis le 24 avril 2017 pour un mandat de six mois renouvelable une fois), pourra «évacuer» la question d'ici à la fin de son mandat, le 23 avril 2018. Le plan de redressement de la société est en cours de rédaction en même temps que le processus d'évaluation des coûts additionnels des travaux d'achèvement de l'usine et Issaka Sourwèma se dit persuadé qu'une solution sera trouvée au problème.

Créée officiellement en juillet 2009, la STFL est une société d'économie mixte avec un capital social de 800 millions de F CFA, dont 62,5% sont des actions détenues par l'Etat et 37,5% par le privé burkinabè. Implantée à Loumbila, à une dizaine de kilomètres de Ouagadougou, elle mettra en place une usine- pilote de transformation de la tomate et de la mangue en concentré. La société ambitionne de créer des débouchés marchands pour les producteurs maraîchers et plus de 5 000 emplois dont 60% de femmes. Alors qu'elle n'est même pas rentrée en phase de production (pourtant prévue en 2014), la société a rencontré des difficultés qui ont conduit le gouvernement au licenciement du personnel pour motifs économiques et à la mise en place d'une administration provisoire chargée d'apurer les passifs et de proposer un plan de redressement de la société.

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