19 Janvier 2018

Sénégal: De Dakar à Montréal - Le long voyage d'Elage Diouf

En 2018, Elage Diouf aura un calendrier riche d'une tournée de trois mois et d'un nouvel album.

Entre la balance à l'Institut français de Saint-Louis, pour son concert, et les civilités avec ses fans, Elage Diouf s'est posé, un instant, pour nous parler de sa vie, ses passions, sa philosophie...

Des moments d'échanges avec cette avenante personne, sourire généreux qu'il vous transmet facilement. Ce musicien sénégalo-québécois ne vit que pour une chose, faire passer des émotions positives à son prochain.

« Saint-Louis, c'est vraiment chaud ! » Le mot est lâché par l'artiste Elage Diouf, après sa performance à l'Institut français de la ville. Son concert a été tout simplement électrique. Deux heures trente d'échanges, avec un public aux aguets, toujours prêt à fredonner le moindre morceau. Et puis, sous la fraîcheur d'une ville baignée de part en part par l'Atlantique et le fleuve Sénégal, Saint-Louis a adopté cet enfant venu du grand froid (Canada), pour son concert. « Melokaane », « Badolo », « Problème Yi », « Mandela » et bien d'autres morceaux ont arraché cris de joie et pas de danse à ce public, si enthousiaste. D'habitude folk, cette fois, le concept de son dernier voyage musical, « Back du Djolof », donne à cette soirée un teneur particulière, avec la présence accrue des percussions, et de « Mister » Souleymane Faye, en un moment. Normal, Elage a d'abord titiller les tambours et autres avant de défier le micro. Toute une histoire, avec une vie faite de persévérance, de galère et de générosité.

Dans les rues de Dakar, le jeune Elage, armé de son djembé (tambour), faisait la navette entre le quartier des Hlm et le Centre culturel régional Blaise Senghor, pour s'instruire à la science des percussions. Sacrifice, don de soi, engagement. « Plus tard, je me faisais ma place, dans le landerneau des percussionnistes de ballet de la ville. Et c'est parti », confie Elage Diouf. Lui qui n'est pas issu d'une famille de musiciens, que rien ne prédestinait à cette carrière, a cependant été bercé de sonorités maliennes, zaïroises et autres musiques que l'on aimait écouter dans sa famille.

Durant ces moments privilégiés, le jeune Elage voyage, visite de lointaines contrées, « absorbe » de nombreuses voix et mélodies et en revient toujours avec un plus.

« Vous savez, toutes ses sonorités en plus de celles des ethnies diola, sérère, mandingue, entre autres, m'ont permis de me mouvoir dans ma musique », fait-il remarquer. Sa formation est complétée par un duo avec son frère Karim Diouf dans « Africa Diamono ballet ». Là encore, Elage s'essaie à la danse, aux instruments comme la kora, le balafon. Mieux, il parcourt, durant deux mois, l'Europe avec son frangin Karim pour honorer un contrat. En 1996, l'Outre Atlantique tend les bras aux frères Diouf. « On était au Canada pour un travail, et après, nous sommes restés pour exercer notre passion », note-t-il avec un brin de satisfécit.

Dédé Fortin, la bonne pioche québécoise

Le temps file, Karim et Elage, petit à petit, font leur niche au Québec. En 2003, ils sortent « Dounde » (Vivre), un album pour prendre le pool des mélomanes de la cité multiculturelle. Plus tard, le Festival des Francofolies de Montréal les accueille. Les expériences acquises dans les ballets, les compagnies et dans la capitale sénégalaise se chargent du reste. « Du fait de notre parcours, notre identité artistique était fournie », laisse-t-il entendre.

Bien avant, une collaboration leur a ouvert les portes du landerneau culturel québécois. Le défunt André Fortin alias Dédé Fortin, chanteur et figure majeure de l'histoire de la musique des années 1990, et qui reste une source d'influence notable pour les musiciens québécois des années 2000, propose aux deux frangins une collaboration.

Avec son groupe « Les Colocs », Elage et Karim posent sur l'album « Dehors novembre », où on les entend fredonner en wolof. Le top est donné, avec un tube qui est devenu la chanson de l'année. Plus tard, il va collaborer avec « Le Cirque du Soleil », l'un des plus grands au monde. « Là-bas, tout était millimétré, et il y avait des centaines d'artistes, chacun jouait à la mesure sa séquence », se souvient-il. Ces exigences professionnelles lui ont permis d'apprendre la mise en scène, l'importance du décor, le visuel... Cela explique bien son allant lors des concerts. Des prestations qui donnent souvent des chorégraphies où le public est partie prenante. En fait, l'artiste à la bonne humeur contagieuse fait corps avec l'auditoire. Le spectacle de Sorano, à Dakar le 30 décembre dernier, en était un bel exemple.

Johnny Reid et Elage : Un duo pour l'espoir

Montréal bouillonne culturellement. Elage en a conscience. Le gouvernement appuie les artistes et fait de la culture un socle de brassage. La ville se découvre une autre vocation, une nouvelle place culturelle. « C'est magique, cela se met en place et petit-à-petit, c'est un plaisir de voir que des artistes sénégalais comme Ilam, l'humoriste Boucar Diouf, Zale Seck, Oumar Ndiaye Xosluman, participeront à ce dynamisme », souligne Elage.

Le « Boy Hlm » creuse son sillon et rencontre Johny Reid, chanteur de Pop Country, lors des « Juno Awards », l'équivalent du Grammy au Canada. Tous deux distingués, la mayonnaise commence à prendre et donnera, plus tard, une collaboration. Le titre « Just One » fait ensemble, Elage le prend comme un hymne de l'espoir « au moment où dans le monde, règne l'incompréhension des religions ; nous avons cru bon de sensibiliser l'humanité ». Deux timbres différents, deux mélodies et deux chanteurs de confession distincte parlent aux populations ; le résultat est bluffant.

« Vous savez, j'ai appris le français à la télé, car je n'étais pas trop doué à l'école. Il fallait que je sois ouvert d'esprit », fait remarquer Elage Diouf. Il a fait sien la conception de l'homme politique français Jacques Toubon, qui pensait que « la télévision ne doit pas manger la vie, elle doit l'éclairer, l'embellir, l'enrichir. Une télévision de toutes les couleurs, pas un canon d'images ».

Elage va être scotché aux émissions nautiques du commandant Cousteau, l'homme qui fait découvrir les fonds des océans. Mieux, il boit « Des chiffres et des Lettres » pour, dit-il, se familiariser avec la langue de Molière. Mieux encore, comme chez les Sud-Africains, il adopte l'esprit « Ubuntu », cette philosophie de l'humanisme, comme théorisée par Mandela et Desmond Tutu. L'homme prend conscience qu'il appartient à quelque chose de plus grand que lui, et est donc contraint à avoir un esprit ouvert et positif. C'est, en quelque sorte, ce qui caractérise le bonhomme Elage Diouf.

Dans sa conception, il ne regarde que ce qui est beau et instructif chez l'autre. Même si, s'empresse-t-il de souligner, en référence à son dernier morceau « Sunugal », « dans notre pays, le vert-jaune-rouge, ce n'est pas seulement un drapeau. C'est une manière d'être, un comportement sain et une «positive attitude» ».

Cette ouverture d'esprit le caractérise même dans le milieu culturel, où il dit écouter toutes les mélodies. Sa conception de l'art est simple, tendre l'oreille, se faire influencer par toutes les mélodies et après, offrir aux spectateurs une belle production.

Elage rappelle que le prochain album est pour 2018. Mais, pour l'heure, « j'ai une tournée de 3 mois avec Johnny Reid et je vais profiter des pauses pour travailler sur l'album ». Donc, ce n'est qu'un au-revoir, avec toujours ce sourire très marqué. Sacré artiste.

MME LISE FILIATRAULT, AMBASSADEUR DU CANADA AU SENEGAL : « ELAGE DIOUF, ILAM ET BOUCAR DIOUF SONT DES PASSERELLES POUR NOS DEUX NATIONS »

« Ce concert d'Elage Diouf s'inscrit dans le cadre des 150 ans du Canada, mais aussi nous fêtons la Francophonie. En même temps, on veut faire connaître cet artiste, qui représente des valeurs communes de nos deux nations. Il personnifie la diversité, l'inclusion, la solidarité qui caractérisent le Canada. De plus en plus, il y a beaucoup d'artistes d'origine sénégalaise qui participent à rendre dynamique l'environnement culturel chez nous. Nous avons Boucar Diouf, humoriste de talent très coté au Québec, qui fait connaître le continent africain. Il y a aussi le chanteur Ilam et bien d'autres encore comme Karim Ouellet, Sarahmé Ouellet pour la culture urbaine, entre autres. C'est un cadeau que le Sénégal offre à notre pays, avec la présence de tous ces artistes de talent, qui demeurent une passerelle pour nos deux peuples. C'est aussi formidable que le Canada puisse faire partie de la scène culturelle saint-louisienne. Car, récemment, nous avons participé au Forum de Saint-Louis, au «Fleuve en couleurs» ou encore au Festival de jazz ».

Sénégal

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