22 Janvier 2018

Sénégal: Visite officielle - Le Grand-Duc du Luxembourg au Sénégal

Le Grand-Duc de Luxembourg est en visite officielle de trois jours au Sénégal. Son Altesse Royale Henri a été accueilli, hier en début d'après-midi, par le Chef de l'Etat, Macky Sall. A l'accueil, il y avait le Premier ministre Mahammed Boun Abdallah Dionne, les ministres d'Etat et plusieurs membres du Gouvernement, les Corps constitués et notre ambassadeur auprès de l'Union européenne, au Royaume du Belgique et en Luxembourg, Amadou Diop.

Aujourd'hui dans la soirée, le Grand-Duc et le Président Macky Sall auront un tête-à-tête suivi d'une séance de travail élargie aux membres des deux délégations.

Cette visite officielle entre dans le cadre de la volonté des deux Chefs d'Etat d'approfondir les relations entre les deux pays. Ce matin, Son Altesse Royale Henri assistera à la cérémonie d'ouverture du Séminaire économique Sénégal-Luxembourg au Centre international de conférences Abdou Diouf. Puis, il se rendra à Mbour en compagnie du ministre de la Santé et de l'Action sociale, Abdoulaye Diouf Sarr.

Dans la matinée de mardi, le Grand-duc de Luxembourg et le Premier ministre Mahammed Boun Abdallah Dione seront à Saint-Louis qui prépare déjà un accueil exceptionnel pour l'hôte du Chef de l'Etat. Sous la houlette du gouverneur Alioune Aïdara Niang et du maire Mansour Faye, par ailleurs ministre de l'Hydraulique et de l'Assainissement, les autorités administratives, politiques, municipales, coutumières, religieuses et les populations se mobilisent depuis une dizaine de jours pour réserver un accueil mémorable au Grand-duc Henri de Luxembourg, attendu demain à Saint-Louis.

Son Altesse Royale sera accompagné du Premier ministre Mohammed Boun Abdallah Dionne, de Romain Schneider, Carole Dieschbourg et de Francine Closener. En présence du ministre de la Formation professionnelle, de l'Apprentissage et de l'Artisanat, Mamadou Talla, ils visiteront le Centre régional d'enseignement technique féminin et de formation professionnelle (Cretef) de Saint-Louis.

Le Premier ministre et cette forte délégation luxembourgeoise auront une idée précise des actions de grande envergure entreprises, depuis 2003, par le Grand-Duché de Luxembourg pour aider notre pays dans le cadre de la mise en œuvre de sa politique en matière de formation professionnelle, d'artisanat et d'apprentissage.

Ils mettront à profit leur séjour dans la commune de Saint-Louis à se rendant au centre hospitalier régional. Sur place, ils auront l'occasion de s'imprégner de l'appui consistant du Grand-Duché de Luxembourg apporté à la modernisation de cet hôpital régional. Des sources proches du ministère de la Santé rappellent que, dans le cadre du programme « Santé de base des trois régions du Nord du Sénégal », la Coopération luxembourgeoise appuie le développement du Sénégal depuis le milieu des années 90. Le 1er Programme indicatif de coopération (Pic) a été signé en 2003 et mis en œuvre durant la période 2003-2007.

Dans chaque secteur, une attention particulière est accordée à la gouvernance, au genre et à l'environnement. La cohérence du programme est en adéquation tant avec les politiques sectorielles nationales qu'avec les plans sectoriels de développement. Le programme est une contribution du Grand-Duché à la réduction de la pauvreté au Sénégal conformément au Document de développement économique et social (Dpes) 2012-2015.

Cette forte délégation luxembourgeoise se rendra également dans la Langue de Barbarie, plus précisément à Guet-Ndar, en vue de constater de visu les conséquences désastreuses de l'avancée de la mer.

Mbagnick Kharachi DIAGNE

NICOLE BINTNER-BAKSHIAN, AMBASSADEUR DU GRAND-DUCHE DU LUXEMBOURG AU SENEGAL : « CETTE VISITE EST L'ABOUTISSEMENT DES LONGUES RELATIONS D'AMITIÉ ENTRE NOS DEUX PAYS »

Selon l'ambassadeur de Luxembourg au Sénégal, la visite du Grand-Duc constituera un signal fort des liens étroits entre nos deux. La diplomate tire aussi le bilan de la coopération.

Excellence Madame l'ambassadeur, le Grand-Duc de Luxembourg effectuera une visite officielle au Sénégal du 21 au 23 janvier prochains. Quel sens donnez-vous à cette première visite à Dakar ?

La visite de Son Altesse Royale est tout d'abord l'aboutissement de nos longues relations d'amitié. En effet, après les visites successives au Sénégal des membres de la famille grand-ducale en 1977, 1987 et 2008, cette première visite officielle de Son Altesse Royale devrait avant tout lui permettre de découvrir, à son tour, ce beau pays de la Téranga et ses citoyens qui se démarquent par leur gentillesse, leur bienveillance et leur sens de l'hospitalité exceptionnel que j'ai eu, moi-même, le plaisir de ressentir chaque jour depuis que j'ai pris fonction ici, à Dakar, il y a quelques mois seulement. Cette visite constituera donc un signal fort des liens étroits et sans cesse grandissants entre nos deux pays. La participation de haut niveau de la part des autorités luxembourgeoises, à savoir de Monsieur le ministre de la Coopération et de l'Action humanitaire, Romain Schneider, de Madame le ministre de l'Environnement, Carole Dieschbourg, et de Madame le secrétaire d'Etat à l'Economie, Francine Closener, témoigne de l'intérêt et de l'engagement mutuel entre le Luxembourg et le Sénégal de saisir tout le potentiel d'une diversification accrue de nos relations. Et ceci, au-delà de la coopération au développement, tant sur le plan politico-diplomatique que commercial et culturel. Comme vous le savez certainement, la visite officielle du Grand-Duc sera accompagnée d'une importante délégation économique menée par la Chambre de commerce du Luxembourg et à laquelle une bonne vingtaine d'entreprises luxembourgeoises participeront, issues de secteurs aussi divers que le génie civil, les technologies financières (fintech), les télécommunications, l'immobilier et la mobilité. J'ai bonne confiance que cette deuxième mission économique connaîtra le même succès que la première édition, qui s'est tenue en février 2016, à Dakar, et qu'elle stimulera des projets intéressants de part et d'autre.

C'est en 1987 que les deux Etats ont établi des relations. Quel est l'état de la coopération entre nos deux pays ?

Permettez-moi d'abord de préciser que les relations entre le Sénégal et le Luxembourg s'inscrivent dans une histoire bien plus ancienne. En effet, la première visite d'Etat remonte à 1970, quand le Président Senghor a visité le Luxembourg. Saviez-vous d'ailleurs que c'était la poète luxembourgeoise Anise Koltz qui a assuré, par la suite, la traduction en allemand de l'œuvre de Senghor ? Vous voyez, tant d'anecdotes qui témoignent de la diversité de nos relations que nous prenons le plus grand soin à entretenir et faire mûrir. Toutefois, je confirme, nos premières relations formelles en matière de coopération au développement remontent bien à 1987 - nous en avons d'ailleurs célébré le trentième anniversaire l'année dernière. Que dire donc de l'état de notre coopération après tant d'années, si ce n'est que nous nous apprêtons à franchir un cap dans nos relations à travers la signature conjointe d'un nouveau programme indicatif de coopération (Pic IV) - désormais en sa quatrième génération, et ceci, en présence du Président de la République, Macky Sall, et de S.A.R. le Grand-Duc. Cela en dit long sur l'engagement et le sérieux du Luxembourg en faveur de l'émergence socio-économique du Sénégal. S'il est vrai que nos relations étaient traditionnellement basées sur la coopération au développement, elles ont évolué au fil des années pour englober, de manière plus poussée, les relations et échanges politico-diplomatiques, commerciaux et culturels - dimensions indispensables et complémentaires pour un partenariat de qualité et durable. Je me réjouis, dans ce contexte, des liens d'investissements solides qui existent déjà avec le Sénégal et de l'intérêt de la communauté des affaires luxembourgeoise à s'engager davantage.

Votre premier bureau de coopération a été ouvert à Dakar en 2001. Pouvez-vous expliquer ce choix d'un pays de l'Afrique de l'Ouest francophone ?

Soyez rassuré qu'il ne s'agit pas d'un hasard que le Luxembourg ait ouvert au Sénégal sa première représentation officielle en Afrique, en 2001, élevée au statut d'ambassade en 2007 - même si ce n'est qu'en août 2017 que le premier ambassadeur du Luxembourg avec résidence en Afrique a pris ses fonctions. Au-delà du fait que Dakar constitue un véritable hub régional pour la diplomatie bilatérale et multilatérale, le Luxembourg et le Sénégal partagent de nombreux intérêts et valeurs communes en matière de politique étrangère, mais non limités à la sécurité, la sûreté et au développement des pays de la région du Sahel, les défis liés au changement climatique ou encore les mouvements migratoires qui demandent des approches cohérentes, holistiques et inclusives, basées sur une responsabilité mutuelle partagée. Cette relation de confiance est portée par la population luxembourgeoise comme le démontre, par exemple, les liens étroits qu'entretiennent les Ong luxembourgeoises avec leurs homologues au Sénégal ; cela, depuis très longtemps déjà !

Des programmes indicatifs de coopération ont été accordés au Sénégal ? Peut-on savoir ce qui a été fait dans ce cadre ?

L'engagement du Luxembourg en matière de coopération au développement au Sénégal est effectivement porté par des programmes indicatifs de coopération, les fameux « Pic », à travers lesquels nous définissons conjointement avec nos contreparties sénégalaises les termes et objectifs directeurs de notre collaboration pour des périodes successives de cinq ans. Ces derniers s'insèrent dans la stratégie de programmation conjointe de l'Union européenne au Sénégal alignée sur le cycle de planification de l'Etat sénégalais.

Par un souci d'efficacité et d'impact, la coopération sénégalo-luxembourgeoise s'est depuis toujours concentrée sur un nombre restreint de secteurs dont l'accès à l'eau et l'hydraulique, la santé et la protection sociale, la formation professionnelle et l'insertion socio-professionnelle. Le premier Pic remonte à 2002. Et comme mentionné avant, un des points forts de la visite de notre Chef d'Etat sera la signature d'un nouveau programme indicatif de coopération qui couvrira la période de 2018 à 2022. Ce Pic de quatrième génération, doté d'une enveloppe indicative de 65 millions d'euros, consolidera nos efforts antérieurs avec un focus prioritaire sur l'appui à la promotion de services sociaux de base de qualité en matière de santé et de protection sociale, de la formation professionnelle et technique et de l'employabilité des jeunes, conformément aux priorités opérationnelles du Plan Sénégal Emergent et des initiatives récentes du Président de la République en faveur de la promotion du couplet formation-insertion des jeunes. Je voudrais, en particulier, relever le caractère évolutif et innovant de la coopération sénégalo-luxembourgeoise qui met au centre l'exécution et l'appropriation nationale par les institutions et partenaires sénégalais. L'agence de développement de l'Etat luxembourgeois, Lux-Development, assure, dans ce contexte, un rôle d'accompagnateur et d'appui-conseil de haut niveau. Mais, la coopération va bien au-delà des « Pic ». Mis à part le travail conséquent mené par les Ong luxembourgeoises, le Luxembourg appuie et entretient aussi des partenariats privilégiés avec des Ong sénégalaises de référence, telles que Enda-Santé et le réseau international d'Enda Tiers Monde. Sur le plan multilatéral, outre d'être membre non-régional de la Banque africaine de développement, nous déployons un important volet d'appuis complémentaires englobant actuellement 7 agences onusiennes, la Banque mondiale et le Fmi. Notons aussi les appuis ciblés dans le domaine de la sécurité alimentaire et nutritionnelle, des réformes du secteur financier et du renforcement des capacités de gestion macro-économique, ou encore la promotion de l'investissement et de partenariats public-privés entre nos deux pays à travers la Business Partnership Facility que le Luxembourg a lancé en 2016.

Quel bilan pouvez-vous tirer sur l'engagement du Luxembourg en matière de coopération au Sénégal ?

En matière de coopération, nous partageons la même vision en faveur d'un partenariat solide et équilibré, résolument axé sur l'atteinte de résultats concrets qui amélioreront durablement le niveau socio-économique des Sénégalais, en particulier des femmes et des jeunes filles. L'examen par les pairs de la coopération luxembourgeoise au Sénégal, réalisé par le Comité d'aide au développement de l'Ocde en 2017, a confirmé que nos efforts conjoints, grâce notamment à une aide prévisible et flexible et une forte concentration géographique et sectorielle, produisent des résultats durables.

Une des expériences qui m'a le plus touchée depuis mon arrivée au Sénégal, il y a quelques mois, était ma rencontre avec les habitants de Tène Toubab. Leur vie a été changée par l'accès à l'eau potable rendu possible par la mise en place d'un château d'eau et d'un système de distribution. Alors que cet exemple peut paraître banal et que le Sénégal peut se targuer d'avancées très appréciables dans le domaine de l'accès à l'eau, Tène Toubab m'a particulièrement impressionnée par la responsabilité collective que ses habitants ont su développer pour gérer et entretenir cette ressource si précieuse. Comment ? Par une gestion prudente, transparente et avisée, ils ont progressivement réussi à relier d'autres localités au château d'eau et les dynamiques qu'ils ont ainsi pu enclencher pour initier des projets communautaires complémentaires pour améliorer leur vie quotidienne.

Je citerai deux autres points en relation directe avec notre engagement d'appuyer le Sénégal dans le développement des services sociaux de base. Premièrement, le Luxembourg, ensemble avec les autres partenaires au développement, accompagne le Sénégal depuis 2003 dans une réforme profonde visant la modernisation du système de formation professionnelle et technique, de l'apprentissage et de l'artisanat. Figurant parmi les principaux partenaires dans ce secteur, des résultats appréciables ont été atteints, ces dernières années, tant sur l'accès à des infrastructures et équipements de qualité que l'adéquation de l'offre des formations aux besoins du marché local ou encore l'introduction systématique de l'approche par les compétences dans les curricula de formation. Mais, il reste du pain sur la planche. Le fait que l'épanouissement professionnel des jeunes et la lutte contre le chômage figurent parmi les priorités du Président Macky Sall constitue un signal fort du Sénégal qui donne une nouvelle impulsion à ce secteur fondamental pour le développement d'une économie solide. Non seulement les jeunes ont besoin de travail et de perspectives, mais vice versa, l'économie a besoin de jeunes qualifiés et en volume suffisant pour attirer des entrepreneurs et stimuler l'investissement.

Dans le domaine de la santé et de l'action sociale, les acquis sont également multiples. Je noterai, par exemple, nos contributions à l'instauration d'un système de gestion des urgences à travers la mise en place du Service d'aide médicale urgente (Samu) pour la région médicale de Saint-Louis. Celui-ci devrait, à terme, permettre de faire face à la demande sans cesse croissante de soins d'urgence dans toutes les régions du Nord du Sénégal, y compris pour celles et ceux vivant dans les zones les plus reculées.

Quelles perspectives voyez-vous pour les relations entre le Sénégal et le Luxembourg ?

Le lien unissant le Sénégal et le Luxembourg est une relation d'amitié, de confiance et de solidarité. Le Sénégal est une locomotive dans sa région, un pôle de stabilité et de paix. C'est cette position qui fait du Sénégal un partenaire privilégié du Luxembourg en Afrique de l'Ouest. Ses capacités d'analyse du contexte sous-régional, ses connaissances et son expérience sont fondamentales pour alimenter une meilleure compréhension de ces enjeux au Luxembourg et en Europe.

L'ambition pour les années à venir consistera à consolider nos relations en matière de coopération tout en développant des mesures plus concrètes selon une logique « gagnant-gagnant », dans laquelle les relations économiques et les échanges entre les secteurs privés sénégalais et luxembourgeois seront dynamisés. La coopération au développement continuera, bien évidemment, à jouer son rôle de facilitateur et de levier à cet égard, sans pour autant s'éloigner de son objectif principal qui est d'accompagner le Sénégal sur la voie d'un développement durable, inclusif et équitable.

Dans toutes ces ambitions, j'aimerais mettre les Sénégalais et les Luxembourgeois au centre - que les peuples se connaissent et se comprennent mieux. Les quelque 100 étudiants sénégalais au Luxembourg y sont pour quelque chose. Il faudrait encourager les échanges dans l'autre sens, que les Luxembourgeois apprennent à mieux apprécier et connaître le pays de la Téranga, que les artistes continuent à s'afficher de part et d'autre.

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