1 Février 2018

Congo-Kinshasa: Docteur Honoris Causa en droit, Kengo wa Dondo - Une bibliothèque vivante du pouvoir judiciaire

Le président du Sénat, Léon Kengo wa Dondo, s'est vu remettre le titre de Docteur honoris causa par l'Université protestante au Congo (UPC). Une distinction honorifique et prestigieuse pour le remercier de sa contribution remarquable dans le secteur de la justice et de l'enseignement supérieur et universitaire ainsi que de sa contribution à la science du Droit en tant qu'enseignant et chercheur.

La cérémonie solennelle de sa consécration a été présidée, samedi 20 janvier, par Mgr Ngoy Boliya, recteur de l'UPC, devant un jury constitué notamment des anciens étudiants du récipiendaire, à savoir les professeurs Emmanuel-Janvier Luzolo Bambi et Jacques-Adam Djoli.

C'est une ultime récompense pour boucler le cursus exceptionnel d'un homme qui aura marqué son pays, la République démocratique du Congo, par sa vision de travail. Une vision qui lui a permis de façonner le secteur de la justice du Congo-Zaïre à l'image de la rigueur et de la discipline et de galvaniser son action teintée de dévouement aux commandes du pouvoir exécutif. Les éléments attachés à la personnalité de M. Léon Kengo wa Dondo ont fondé le Département de Droit privé judiciaire de la faculté de Droit de l'Université protestante au Congo d'émettre un avis favorable à sa consécration au titre de Docteur honoris causa.

Ainsi, le président du Sénat, Léon Kengo, s'est vu conféré ce grade, samedi 20 janvier à l'Université protestante au Congo (UPC) par Mgr le recteur Ngoy Boliya devant un jury présidé par le professeur Joseph Barwani avec comme membres, professeurs Bob Banzilino, Roger Ambembe, Emmanuel Luzolo Bambi, Matthias Buabua wa Kayembe et Jacques Djoli.

Parmi les invités, il y a eu Mgr le président de l'Église du Christ au Congo, les membres du bureau de deux Chambres du Parlement, accompagnés des députés et sénateurs, des membres du gouvernement notamment le ministre de l'Enseignement supérieur et universitaire.

Argumentaire du professeur Luzolo Bambi Lessa

« C'est un immense plaisir et un réel motif de fierté que l'Université Protestante au Congo m'ait désigné pour présenter le cursus et l'argumentaire tendant à justifier la consécration au titre de Docteur Honoris Causa en faveur de l'honorable Léon Kengo wa Dondo. J'avoue que présenter notre auguste invité est une tâche délicate. Il s'agit en effet d'un homme dont la vie a été riche en accomplissement. Il incarne en lui-même les valeurs intrinsèques des missions d'une Université.

En effet, la réussite au diplôme, bien que nul ne conteste son importance, ne suffirait pas à justifier les missions de l'Université si on ne transmet pas également aux étudiants la culture, l'ouverture d'esprit, le sens de la responsabilité et du dialogue et plus particulièrement le goût de la vérité et de la justice. L'honorable Léon Kengo wa Dondo a su, par sa longue expérience, défier l'imagination et traduire en actes et en engagements des valeurs humanistes et universelles. En un mot, une intelligence scientifique ne vaut rien si elle ne se rend pas utile à la société. C'est-à-dire si l'intelligence scientifique ne se convertit pas en intelligence sociale. C'est le sens de la présentation de sa biographie qui rime avec l'argumentaire de ses mérites.

Les deux aspects de l'argumentaire retenus par le département de Droit Privé Judiciaire portent sur la contribution remarquable de l'honorable président du Sénat, M. Léon Kengo, dans le secteur de la justice et sans contribution dans le secteur de l'Enseignement supérieur et universitaire », a fait savoir le professeur Luzolo Bambi.

Apport dans le système judiciaire congolais

En effet, l'honorable président du Sénat, Léon Kengo wa Dondo, est né le 22 mai 1935 à Libenge, dans l'actuelle province du Sud-Ubangi en République démocratique du Congo. Il a fait ses études primaires à Coquilhatville (actuelle ville de Mbandaka) et ses études secondaires à la section administrative et commerciale auprès des Frères des Ecoles Chrétiennes. Il commence tôt sa carrière comme agent de Parquet du district en assumant les fonctions de Greffier au Parquet de district de Coquilhatville de 1958 à 1960. Il est ensuite muté à Kinshasa où il est nommé Substitut du Procureur de la République au Parquet de district, le 14 octobre 1960 et puis Substitut du Procureur Général près la Cour d'Appel de Kinshasa, le 6 juin 1961.

En 1962, après une mise en disponibilité, il est inscrit à l'Université Libre de Bruxelles en Belgique où il obtint en 1968 un doctorat en Droit et une licence spéciale en Droit maritime et Droit aérien. On peut noter que durant ses études, il était directeur de l'Union des étudiants catholiques africains. Il rentre au pays en 1968 et il est nommé Conseiller Juridique au Bureau du président de la République. La même année en tant que ferme amoureux de la justice, il est promu Procureur Général de la République, le 14 août 1968.

De 1967 à 1980, il assumera les fonctions de président du Conseil judiciaire. Au titre de sa contribution dans le système judiciaire congolais, il a, en effet, rédigé, initié ou défendu plusieurs textes qui sont des textes précurseurs de notre organisation judiciaire tels que : Ordonnances-loi du 18 juillet 1968, du 21 février 1969 et 29 mars 1979 portant Code de l'organisation et de la compétence judiciaires ; Ordonnance-loi du 8 janvier 1969 relative à la procédure devant la Cour suprême de justice ; Ordonnance-loi du 10 juillet 1968 portant statut des magistrats ; Ordonnances-loi du 10 juillet 1968 et du 28 septembre 1979 portant organisation du Barreau, du Corps des défenseurs judiciaires et corps des mandataires de l'État ; Règlement fixant les taux minima et maxima de tarifs et honoraires des avocats ; Ordonnance-loi du 10 mars 1970 modifiant et complétant le code pénal ; Ordonnance du 24 février 1978 modifiant et complétant le code de procédure pénale en ce qui concerne la répression des infractions flagrantes ou réputées telles ; La loi du 14 février 1973 modifiant et complétant le code des procédures pénales en ce qui concerne l'insertion des procédures particulières aux affaires du travail ; Ordonnances-loi du 4 juillet 1978 et du 6 juillet 1979 modifiant et complétant le code des procédures civiles ; Ordonnance n°87-005 du 6 février 1987 fixant la composition, l'organisation et le fonctionnement de la Cour des comptes ; Ordonnance-loi n°87-031 du 22 juillet 1987 relative à la procédure devant la Cour des comptes ; Ordonnance-loi n°87-032 du 22 juillet 1987 portant statut des magistrats de la Cour des comptes, ordonnance portant organigramme de la Cour des comptes ; Ordonnance n°87-275 du 8 août 1987 portant organigramme de la Cour des Comptes ; La Loi n°87-010 du 1er aout 1987 portant Code de la famille.

Implantation des offices et juridictions

De même, par la position condescendante des hautes fonctions judiciaires qu'il a exercées, l'honorable Léon Kengo wa Dondo a su implanter quelques offices et juridictions en RDC.

Le professeur Luzolo y est revenu en ces termes : « Il s'agit notamment du Parquet général de la République près la Cour suprême de justice de 1968 à 1969 ; de la Cour des comptes et le Parquet général près cette juridiction de 1987 à 1988, les Cours d'appel de Bandundu, de Bukavu, de Goma, de Kananga, de Kindu, de Mbandaka, de Mbuji-Mayi, de Matadi ainsi que les Parquets généraux attachés à ces juridictions en 1978. Il a procédé aussi à l'installation de l'Inspection générale des Tribunaux de paix dans la ville de Kinshasa et le lancement des tribunaux de paix sur toute l'étendue du pays.

Contribution à la science du Droit

Comme indiqué dans l'argumentaire, le deuxième aspect porte sur la contribution de Léon Kengo wa Dondo à la science du Droit en tant qu'enseignant et chercheur.

« L'honorable président Léon Kengo wa Dondo été titulaire pendant 12 ans, soit de 1967 à 1979 du Cours de processus judiciaires et des procédures civiles à l'Université de Lovanium puis à l'Université nationale du Zaïre (Unaza) avec les notes de cours polycopiées à l'intention des étudiants ; Il a aussi été titulaire pendant 11 ans (de 1968 à 1979) des Cours de Droit social à l'Institut supérieur de Commerce (ISC) avec des notes polycopiées à l'intention des étudiants ; Il faut signaler qu'il est, en outre, détenteur de plusieurs distinctions honorifiques lui décernées par notre pays, par les États étrangers et quelques organisations internationales.

S'agissant de sa vie d'enseignant, il faut indiquer que de l'avis de ses anciens étudiants que nous sommes, il était un pédagogue à toute épreuve. Il a enseigné quelques disciplines de Droit avec rigueur qui ne l'a jamais quitté et qui rappelait bien ses fonctions répressives de haut magistrat du ministère public. Ils sont encore aujourd'hui nombreux, à continuer à le prendre à témoin, dans les débats au prétoire, ou dans les différents forums à travers des formules et des théories qu'ils ont apprises de lui. A titre de témoignage personnel, j'aimerais remercier mon formateur, l'honorable président Léon Kengo wa Dondo, pour m'avoir donné le goût et la passion de la justice pénale, par sa prestance et par son exemplarité.

Enfin, en sa qualité de Procureur Général de la République, il a prononcé et publié 11 mercuriales, devenues sources d'inspiration permanente de nombreux magistrats, avocats, enseignants, chercheurs et étudiants d'hier, d'aujourd'hui et de demain.

Pour rappel, ces mercuriales ont examiné tour à tour : De l'indépendance du 3ème pouvoir ; Le passé, le présent et l'avenir de la coutume congolaise dans l'intégration des droits ; La détention préventive ; La confiscation ; Les réflexions sur la filiation hors-mariage ; Vers une société sans prison ; Considérations sur le projet du nouveau Code de la famille ; De l'acquisition et de la transmission des droits immobiliers en droit zaïrois ; L'exécution des jugements ; L'évolution jurisprudentielle de la Cour suprême de justice au Zaïre ; La participation du ministère public aux délibérés des juges de la Cour suprême de justice.

Incarnation de l'indépendance des magistrats congolais

Il convient donc de reconnaitre par honnêteté scientifique, à travers ces mercuriales, qu'il a substantiellement contribué à la formation et la construction d'une opinion pénale congolaise. L'opinion se souvent de ce haut magistrat qui veillait aux détails en exigeant constamment un travail parfait, qui s'acquittait des devoirs de sa charge avec sérénité et minutie. Il a donc incarné l'indépendance et l'impartialité des magistrats congolais.

On peut aussi se souvenir de sa minutie à travers les avis et réquisitoires qu'il a émis dans plusieurs appels judiciaires, lesquels sont restés le reflet d'une justice accrochée à ses principes directeurs. Ses mérites ont été mis en évidence par deux professeurs éminents qui s'étaient engagés à faire revivre sa pensée doctrinale. Il s'agit du professeur Mukadi Bony d'heureuse mémoire, qui, quelques mois avant son décès avait publié un ouvrage intitulé : La pensée du procureur général de la République Léon Kengo wa Dondo. Cet ouvrage reste une réponse aux multiples difficultés pratiques rencontrées par les magistrats dans l'exercice de leur profession. Le deuxième auteur, le professeur émérite Raphaël Nyabirungu, qui, dans la même optique, avait publié un ouvrage semblable au premier.

En conclusion, les éléments attachés à la personnalité de M. Léon Kengo wa Dondo, tels que développés précédemment, ont fondé le Département de Droit Privé et Judiciaire de la faculté de Droit de l'Université protestante au Congo, d'émettre un avis favorable à sa consécration au titre de docteur honoris causa. Le département de Droit Privé et Judiciaire considère que l'honorable président Léon Kengo wa Dondo est un éminent juriste, un scientifique de niveau international, en même temps, un ami passionné de la justice et, comme Detiers, Rubbens, Bayona, Kalongo, Akele et Katuala, un parent et précurseur du droit judiciaire congolais. Nous gardons de lui l'image d'un chercheur dont les talents ont été reconnus et celle d'un acteur résolument engagé dans la trilogie : Justice-Paix-Travail.

Nous partageons aussi avec lui, la conviction cardinale et la foi en une Justice au centre de tout développement d'un peuple. C'est-à-dire, une justice sans laquelle aucun développement n'est possible en RDC. Comme d'ailleurs ne cesse de l'insister chaque fois le président de la République et chef de l'État.

Comme on peut s'en apercevoir, l'honorable président Léon Kengo wa Dondo demeure encore une bibliothèque vivante du pouvoir judiciaire congolais. Pourquoi pas une bibliothèque vivante de l'État congolais.

J'insistais sur le pouvoir judiciaire parce que pour ceux qui l'ont connu et qui le connaissent encore aujourd'hui, l'honorable président M. Léon Kengo wa Dondo reste toujours un magistrat, quelles que soient les fonctions qu'il exerce ou qu'il a exercées, car, le reflex comminatoire et le sens de l'État propre à l'OMP ne le quitte jamais. Aussi, mérite-t-il un doctorat décerné par notre Université. Le département de droit privé et judiciaire de l'UPC est fier d'avoir une référence digne, active, fidèle et résolument attaché à la justice et ses vertus comme socle de la bonne gouvernance et de l'État de droit ».

Argumentaire du professeur Jacques-Adam Djoli

Fondements de la pensée et de l'agir de Kengo

Pour comprendre le génie de Léon Kengo Wa Dondo, il faut savoir qu'il est venu au monde un 22 mai 1935 à Libenge (Sud-Ubangi). En lui coule dans ses veines comme dirait le poète- plusieurs fleuves ou veines : Celui de son père, médecin juif polonais, Michel Lubicz, formé à l'Université de Liège (Belgique), recruté ensuite par les autorités coloniales belges et envoyé au Congo pour combattre la maladie du sommeil.

Celui de sa mère,Clara Mukanda, née d'un père congolais, un vaillant soldat de la Force publique, le sergent Édouard Kengo, parti servir l'État au sein de la Force publique au Rwanda ; le petit mais futur grand, vieux Léon commence ses études primaires à Libenge en 1941.

En 1943, il sera inscrit en 2ème année primaire au groupe scolaire de Coquilhatville. Il a comme condisciples Louis Ilufa, Ikolo Sébastien, Laurent Eketebi, Léon Engulu.

Obligé de suivre son beau-père, le Caporal Walala, originaire du territoire d'Isangi, dans l'actuelle province de la Tshopo, ils se rendent à Boendé, à Befale à Monkoto, où il sera inscrit à l'école rurale de la plantation Congo-rubber, ...

Il devra revenir à Coquilhatville en 1947 à la demande de sa grand-mère afin de le stabiliser pour ses études. Il va donc se réinscrire au Groupe scolaire où il va terminer ses études secondaires le 10 juin 1958 avec une bourse spéciale et logis fourni par l'État après une démarche personnelle et audacieuse- auprès de l'autorité politico -administrative de la province.

Le Président Kengo est donc dès le départ le fruit d'une synthèse harmonieuse des cultures de l'Ubangi, de mongo de la Tshuapa et, de l'Est du Congo par sa mère, du Nord par son beau-père Topoke... Il est la somme de plusieurs élans d'amour, des savoirs, sur fond d'une éducation rigoureuse nourrie par le souci d'excellence et de perfection des Frères des écoles chrétiennes; cet ensemble est adossé sur la discipline militaire de son grand-père et de son père. Le tout cimenté par l'affection de sa grand-mère, Ida, de sa mère, de ses deux charmantes sœurs... ..

C'est donc ici que se noue la complexité positive qui va irriguer le cheminement du Président Kengo ; Il est le fruit de l'État, de l'engagement au service de l'État, son grand-père, son père, son beau-père. Ceux qui lui ont permis de terminer ses études sont des serviteurs de l'État ; il ne pouvait être que « Léon l'ÉTAT ».

Son cheminement professionnel au service de cet État dont il est le produit va commencer par le pouvoir judiciaire. Et il terminera au sommet de sa hiérarchie après avoir gravi toutes les marches en commençant par le bas. Il gravira les échelons dans la loyauté, dans la transparence et dans le travail.

Actions de Kengo au sein du pouvoir judiciaire

Le professeur Luzolo Bambi, un de ses brillants élèves, vient de vous tracer les linéaments de la carrière judiciaire du Procureur Général de la République et Président du conseil judiciaire, Léon Kengo wa Dondo.

À 23 ans, il commence comme agent au Parquet de district (commis-greffier) au Parquet de Coquilhatville puis Léopoldville. Il terminera au sommet comme Procureur général de la République et réussira la magie de coordonner tout le pouvoir judiciaire en tant que président du conseil judiciaire agrégeant les attributions du ministre de la Justice, du Procureur général de la République et chef de la magistrature de siège. Il s'agit de la réforme la plus audacieuse et la plus originale voire la plus controversée entreprise en RD Congo sur le plan judiciaire.

On peut discuter sur la nature de cette institution que d'aucuns ont qualifié de « monstre juridique ». Mais il faut se placer dans le contexte idéologique monolithique de l'époque. Et, au-delà des approches, il est important de saisir l'aspect fondamentaliste de la pensée judiciaire du haut magistrat Kengo.

En somme, le président Kengo est obnubilé par l'impératif de la séparation des pouvoirs et, partant, de l'indépendance du pouvoir judiciaire. Déjà lorsqu'il est nommé Procureur général près la Cour d'appel de Kinshasa, en 1968, lors de sa prestation de serment, le 18 avril 1968, Il aborde le thème de l'indépendance de la magistrature comme gage et préalable pour assurer le respect de la loi par tous.

Il reprendra ce credo le 22 novembre 1968 lors de l'installation de la Cour suprême de justice. Ainsi, dans sa première mercuriale, le 4 octobre 1969, il souligne que « pour que le judiciaire ne perde pas son indépendance, il faut qu'il soit considéré comme un pouvoir au même titre que le législatif et l'exécutif ».

Le fond de la pensée juridique de Kengo en matière de l'État se trouve dans cet axiome : L'État, l'État de droit, la liberté, ne peuvent être sauvegardés que par le respect du principe de séparation des pouvoirs et l'indépendance du pouvoir judiciaire.

Kengo voue donc un véritable culte à l'indépendance du magistrat, son impartialité et il a une dévotion envers la trinité des pouvoirs. Il affirme dans la mercuriale de 4 octobre 1969 que « l'indépendance du troisième pouvoir est une grande inconnue. Elle est toute spiritualité, les idées forment son domaine, la raison est son guide. Sa nature est si immatérielle que, parfois, même les desservants de son culte ne parviennent pas à se maintenir à sa hauteur».

Et Kengo de citer à bon escient Gladstone qui affirme « tant que, dans une nation, le judiciaire est intact, rien n'est compromis. Mais, s'il perd son indépendance, tout est perdu. »

Cette dévotion résonne dans cette phrase de Gladstone qu'il cite abondamment : « L'indépendance du magistrat qu'il soit du parquet ou du siège, (... )se décline dans le courage de résister aux sollicitations et aux menaces, d'où qu'elles puissent venir, de frapper tous les coupables si haut qu'ils soient placés et de n'écouter jamais d'autres voix que celle de sa conscience».

Ainsi, au nom de cette indépendance, de cette impartialité, Kengo a agi contre les puissants, il a envoyé des ministres à Luzumu, des grands musiciens à Makala, ses amis et frères détourneurs aux travaux forcés... Le Président Kengo quittera le monde judiciaire en 1980 pour embrasser la branche exécutive du pouvoir... parce que « Mokolo tonga abotolaka ye tonga. »

Mais Kengo marquera à jamais ce corps et ce corps imprimera de manière indélébile en lui ses marques, son agir, sa pensée, son impensé... lors de son passage à l'exécutif

La rigueur comme méthode de conduite

À son retour au Congo, le 12 janvier 1968, le président Kengo avait déjà expérimenté le pouvoir exécutif, car il fut nommé conseiller juridique et politique au Bureau du président de la République. Il quittera le cabinet du président de la République pour le pouvoir judiciaire.

Après son passage au Conseil judiciaire, il est nommé Ambassadeur prés le Royaume de Belgique, le grand-duché de Luxembourg, et l'Union européenne de 1980 à 1982.

Sa nomination comme ambassadeur en Belgique, en 1980, ressemble à une sanction. Il sera rappelé en 1982, pour exercer la haute fonction de coordonnateur du gouvernement en qualité de Premier commissaire d'État. Il occupera cette fonction, au moins trois fois et au total pendant plus a moins 9 ans. Ce qui constitue une véritable exception dans ce régime ou la moyenne de vie d'un ministre était de trois mois.

Kengo I : Premier Commissaire d'État

En 1982, le Zaïre, sur le plan économique, est mal en point. Pour redresser le pays malade, Mobutu le fait revenir de Bruxelles pour le nommer Premier Commissaire d'État (Premier ministre) en novembre 1982.

Aussitôt nommé, « Le Premier», comme on l'appelait, opte pour un traitement de choc : un programme d'ajustement structurel avec le Fonds monétaire international et la Banque mondiale. Il impose comme méthode « La rigueur ».

Pendant quatre ans, il se bat pour recrédibiliser le Zaïre auprès des bailleurs des fonds et en vue de redynamiser une économie essoufflée ; il consacre, dit-on, la quasi-totalité des revenus au paiement de la dette extérieure. Il veut attirer les investisseurs.

Les conséquences sur le plan social sont dramatiques. La population crie famine. Le président Mobutu déclare, en janvier 1986 : « On ne mange pas la rigueur ». Le Premier Kengo, incarnation de cette orthodoxie financière, sera sacrifié.

Il a, par son courage, démontré que « la raison principale de la faillite de nos États est l'absence de contrôle et de rigueur dans la gestion des affaires publiques, considérées comme des biens sans maitres ». Et il restera dans l'histoire comme un des meilleurs élèves des institutions de Bretton-woods dans sa stratégie de désendettement et ajustements structurels.

Kengo wa Dondo : ministre des Affaires étrangères

Loin d'être une chute libre, le président Mobutu, conscient des efforts déployés par le Premier commissaire, va le nommer comme ministre des Affaires étrangères. Cet ancien ambassadeur en Belgique et à l'Union européenne, très introduit auprès des institutions financières internationales est donc appelé assumer la défense des intérêts de l'État a l'extérieur. Le président confirme davantage sa stature d'homme d'État maitrisant aussi les questions politiques intérieures, les contraintes économiques, mais davantage les arcanes diplomatiques.

Mais la nécessité d'assurer le contrôle et la gestion des finances publiques va amener le président d'envoyer le président Kengo à la tête de la Cour des comptes.

Kengo wa Dodo : président de la Cour des comptes

Aux fins d'améliorer la gestion des finances publiques grevée par des dérapages et l'indiscipline budgétaire, le président Kengo sera chargée de mettre en place la Cour des comptes. En effet, personne mieux que lui ne pouvait asseoir l'indépendance, partant, l'efficacité de cette institution chargée de veiller à la régularité de la comptabilité publique. Instituée par la Constitution et organisée par l'ordonnance -loi n°8 -005 du 06 février 1987 fixant composition, organisation et fonctionnement de la Cour des comptes.

Le Président Kengo va recruter, former les magistrats, structurer cette institution à son image ; des jeunes juristes et économistes seront envoyés dans plusieurs pays européens afin de parfaire leurs connaissances. Mais le rappel du président Kengo à la primature va briser l'élan de cette instance... Aujourd'hui encore, la Cour des comptes recherche son aura et son efficacité perdue.

D. KENGO WA DONDO II

En 1988, le président Kengo revient à la primature et il est obligé de ressortir les mêmes recettes avec l'aide, espère-t-il, du FMI et de la Banque mondiale.

Mais ces institutions ne croient plus au Zaïre. « Le succès de la mise en œuvre des politiques publiques dépendent du contexte de leur mise en exécution, en particulier de la qualité des instructions (politiques et économiques) qui ont la charge ».

Ainsi, les programmes de stabilisation et de relance mis en œuvre entre 1980 et 1990 par le président Kengo vont montrer des limites, non pas à cause de leur conception, mais du fait de la faible qualité des institutions gangrenées par le système de prédation et les violations des droits de l'homme.

Ainsi, lors d'une séance au Sénat avec le Premier ministre Matata, le président Kengo conseillait à son successeur qu'« aucune performance macroéconomique n'est utile si elle n'est pas profitable à la population».

Voilà pourquoi, deux ans après sa nomination, le 24 avril 1990, il va se produire l'inévitable : Mobutu annonce la fin du parti unique, duquel il prend congé, et le début de la démocratisation.

Il va signifier au président Kengo qu'il ne souhaite pas le voir piloter la transition. Le désormais ancien Premier commissaire d'État décide alors de voler de ses propres ailes. Il ironise : « Si le père fondateur du MPR prend congé de son bébé, les fils ou les disciples peuvent aussi prendre le large. » Il crée l'Union des démocrates indépendants (UDI).

Mais Kengo reviendra encore comme Premier ministre pour une troisième fois.

KENGO WA DONDO III

Ayant rejoint l'opposition radicale, le président, Kengo constate que la transition s'enlise. L'affrontement entre Mobutu et Étienne Tshisekedi, le chef de l'opposition dite radicale, est permanent. Il enclenche alors pour sauver l'État, la « troisième voie ». Il va se faire élire Premier ministre par le Haut Conseil de la République/Parlement de transition, le 14 juin 1994.

Mobutu signe l'ordonnance de son investiture. Cependant, ce retour aux affaires coïncide avec la transformation de la scène politique internationale, régionale et nationale. Nous sommes à la fin de la bipolarisation qui a enlevée à notre pays sa rente de localisation et signifiance stratégique comme bouclier du monde occidental contre le communisme.

Au plan régional, le génocide rwandais distille ses ondes de choc en déversant des flux d'armes, des réfugiés et bientôt des groupes armés. Mobutu n'est plus qu'un léopard édenté et sur nos frontières, à l'Est comme à l'Ouest, des régimes hostiles s'installent. La légitimité interne est totalement érodée et l'État fragilisé. L'éclatement de la guerre à l'Est sonne l'effondrement du régime. Le Président Kengo assiste impuissant au délitement de l'État. Il est obligé de remettre sa démission, et quitte Kinshasa pour la Belgique en avril 1997, un mois avant la chute du président Mobutu. C'est la fin de la deuxième République et le début de l'exil pour Kengo.

Que peut-on retenir de l'action du « Premier » durant cette période au sein de l'exécutif ?

Au préalable, il faut se poser des questions sur la nature des rapports qu'entretient le président Kengo avec le chef de l'État la seule personnalité zaïroise à avoir été nommée trois fois Premier ministre.

Le Président Kengo dit que ce sont « Des rapports entre l'eau et le feu », résume-t-il. Autant il avait besoin de moi quand il y avait des crises majeures, autant il prenait ombrage de mes succès. Il estimait que j'empiétais sur ses prérogatives et craignait de me voir jouer un rôle beaucoup plus prépondérant ». Il continue en disant « il avait son caractère, j'avais le mien ». Mais, Kengo wa Dondo et nous-mêmes restons convaincus que le Maréchal Mobutu « a forgé la conscience nationale, sans laquelle ce pays aurait déjà éclaté ». Malheureusement, comme tout dictateur, éclairé ou non éclairé, il n'a pas su « écouter le peuple et répondre à ses aspirations » ; Il n'écoute que sa voix et de ses courtisans.

Le président Kengo a conduit avec courage ses réformes et il a compris que « le développement des nations demeure d'abord une affaire politique ».

La décomposition de l'État le rend incapable d'offrir aux citoyens des biens collectifs essentiels comme l'ordre et la sécurité qui sont pourtant des ingrédients de la croissance et du développement. Et cette inefficacité de l'État ouvre les voies à toutes sortes des frustrations et des subversions voire au chaos...

Kengo wa Dondo aura tenté de sauver l'État congolais, cet être qu'il affectionne, mais celui rongé par ses charançons et prédateurs internes et externes ne résistera aux attaques initiées par des voisins.

« le pouvoir ne se plaint, il agit » avait dit Kengo -, qui apparaissait comme un autoritarisme, distant. Il estime cependant comme Gicquel que « la liberté coupée de l'autorité s'altère, l'autorité privée de la liberté dégénère ». Il ajoute cet aphorisme : « L'homme d'État n'a pas d'états d'âme ».

Mais l'exil, sera un moment d'introspection qui va lui permettre de faire son autocritique. Et il 'a dit -il « mis beaucoup d'eau dans son vin».

Ce moment d'éloignement sera un temps de préparation et transition vers le pouvoir législatif.

Léon Kengo au pouvoir législatif ou l'éloge de la modération

De son exil, Kengo perçoit ce qu'il qualifie « de voix irrésistible de son destin ». Ill rentre au pays contre vents et marées. Il s'ensuit des coups bas, parfois d'amis ou des faux amis, en sage Mongo, il dit toujours « bobe o l'omanga », « c'est celui qui commence la bagarre qui assume la responsabilité de la suite ».

Le président Kengo décide donc de rentrer suite à l'Accord de Sun City et de la transition négociée qui va nous amener aux élections de 2006.

Le président Kengo voulait se présenter à l'élection présidentielle, avant de changer d'avis. Ses enfants Jean-Pierre Bemba, Nzanga Mobutu... et d'autres se sont lancés dans la course.

Lors du premier tour, il est très silencieux, au second tour, il soutient Jean Pierre Bemba ;

Fin animal politique, il va attendre le Sénat, la chambre des sages. Il sera élu Sénateur, Indépendant du Nord Ubangi en janvier 2007.

Il va alors expérimenter le pouvoir législatif qu'il a brièvement côtoyé en tant que Conseiller de la République HCR-PT de 1992-1994 après la Conférence nationale, en 1992.

Il s'organise, se met en ordre et il déploie ses réseaux, et le 11 mai 2007, un séisme secouait le monde politique congolais. Responsable de la « catastrophe », Léon Kengo wa Dondo, sénateur indépendant du Nord-Ubangi, bat au premier tour, le candidat de la Majorité présidentielle. Il entre en fonction, le 14mai2007.

Kengo veut modeler le Sénat à son image, prouvé que sa présence est « l'expression du droit à la différence ». Dès l'installation du sénat en 2007, il a opté pour l'adage « si tu diffères de moi, loin de me léser, tu m'enrichis ».

Le président Kengo veut ancrer ici ses marques de libéral, de centriste, comme il aime se définir, d'indépendant, de modéré. Il en fait une méthode de gouvernance. Il croit comme jean Myenaud que la politique est « L'art du compromis, facteur essentiel de la gestion des affaires humaines ».

Cela passe par « l'écoute des Sénateurs, les laisser parler librement afin que des consensus se dégagent sur la meilleure façon d'élaborer les lois ».

En séance plénière, il s'évertue à garder sa position de centriste pour que les clivages majorité-opposition n'apparaissent pas, au risque d'affaiblir le Sénat.

On est loin du Kengo, procureur général de la République du pouvoir, ou du Kengo, Premier. Considéré, à tort ou à raison, comme un homme ayant une très haute opinion de lui-même, distant, voire méprisant.

En somme, en se focalisant sur la théorie des séparations des pouvoirs, le président Kengo, hier comme aujourd'hui, Montesquieu ne vise à élever les barrières, encore les murailles, mais dans l'unité des pouvoirs, amener ceux-ci et leurs animateurs des pouvoirs à s'éclairer, se contrôler, se modérer. Il plaide comme Montesquieu, le père de la trinité des pouvoirs, pour l'esprit de modération.

Pour y parvenir, Il dispose les membres en ordre alphabétique, et non en fonction de leurs appartenances politiques ou provinciales. Le Sénat va alors se révéler au fil des années comme un lieu d'excellence, des relations interpersonnelles, d'échanges, de tolérance mutuelle et des choix politiques responsables.

Sous ses auspices, nous avions pu, en toute objectivité, voter des lois, contrôler le gouvernement, les entreprises ; les établissements publics et les services.

Il a fait de la modernisation du Sénat une de ses préoccupations majeures, notamment l'informatisation des services, le vote électronique, l'équipement informatique individuel, le site internet, la publication des annales, la télévision parlementaire...

Le prologue : Et demain ?

Le Président Kengo rêvait de devenir médecin, il se révèle un humaniste. il dit que « Mon passé n'a pas été inutile. Comme procureur général de la République, j'ai appris à utiliser les angles. Comme diplomate, à les arrondir. Comme chef du gouvernement, j'ai su être très directif. Aujourd'hui, comme président du Sénat, je reçois une grande leçon de modestie ».

Qu'on le veuille ou non, il a marqué et marque l'Histoire. En réussissant, par sa personne, à symboliser l'État, à assumer et à unir les trois en Un. L'expérience de la vie a appris à Kengo wa Dondo que la meilleure force que l'on puisse avoir, ce n'est ni la richesse ni l'aisance, mais les relations.

Pour les entretenir, il ne renvoie jamais quiconque va le voir. Il assiste aux cérémonies de deuil comme aux mariages des uns et des autres pour resserrer les liens. Sous ses airs austères, se cache un être sensible et aimant, taquin, les frères disaient boute-en-train. « WETO », disent les Mongo.

Pour demain, nous savons que Le Président Kengo a été candidat président de la République aux élections du 28 novembre 2011. Il était proclamé en quatrième position avec 898.362 voix soit 4 ,95%. Se positionnant en tête de suffrage dans la province de l'Équateur.

Est-il au bout de son parcours? Je ne crois pas, car lui qui affirme, avoir choisi de se mettre désormais à l'écoute des autres, doit en ce moment où l'État est en difficulté, apporter son concours, son leadership qu'il définit comme « une capacité à conduire des personnes en vue de changements, l'aura reconnue à une personne (ou à un groupe de personnes) pour son aptitude à motiver, impliquer, guider ou influencer son entourage ».

En tout état de cause, « en tant que catholique pratiquant, dit -il, il pense que le futur appartient à Dieu».

Aussi, considérant les apports théoriques et la contribution exceptionnelle du Président Léon Kengo wa Dondo à la construction de l'État congolais et je vous prie d'ajouter aux nombreux titres et décorations qu'il a déjà notamment :Le Grand cordon de l'ordre de la couronne belge ; Le Grand cordon de l'ordre national de léopard ;Le Grand cordon de l'ordre du mérite civil français ; Le Grand cordon de l'ordre du mérite civil portugais ; Le Grand cordon de l'ordre d'Isabelle la catholique espagnole ; Le Commandeur de la légion d'honneur de la République Française.

Je vous prie, Monsieur le doyen et distingués membres du jury, d'accorder sans hésitation, en toute indépendance et en toute conviction inébranlable, d'octroyer, le titre de Docteur honoris causa, qui est la plus haute distinction, décernée par notre université, par notre faculté pour la première fois depuis sa création.

Au Président du Sénat, l'Honorable Léon Kengo wa Dondo en reconnaissance de sa grandiose œuvre au service de la justice, au service de la communauté nationale, pour sa contribution exceptionnelle au développement de la science du droit et à la consolidation de la nation congolaise toute entière.

Leçon publique par le lauréat

C'est avec honneur et plaisir que je reçois la gratification que vous m'accordez au titre de Docteur honoris causa de l'Université protestante au Congo.

Vous venez de m'informez que cette dignité m'a été octroyée à cause de mes mérites résultant de mon expérience professionnelle et de mes qualités intellectuelles et morales.

Ceci me porte à entrer en moi-même, pour scruter ces vertus qui ont motivé votre choix. Cet exercice me donne la force de reconnaître que le long parcours de ma vie et les nombreuses expériences qui l'ont jalonné m'ont affermi dans la sagesse qu'apporte l'âge.

Aujourd'hui, je peux partager ces acquis, car on n'allume pas une lampe pour la cacher sous le boisseau.

Ma biographie a été amplement exposée. Je retiens que ce qui compte dans la vie, comme disait Napoléon Bonaparte, ce n'est pas la longueur, mais la valeur.

Je rends grâce à Dieu de m'avoir permis d'allier les deux. J'ai toujours affirmé que, ce n'est pas la place qui honore l'homme, mais la manière dont il la remplit.

Je serai donc amené à vous raconter comment j'ai rempli les différentes fonctions que j'ai exercées. Mais, puisque le comportement de l'homme est orienté par la conception qu'il se fait de la vie, je commencerai par vous livrer mes convictions religieuses et philosophiques.

Sur le plan de la foi religieuse, je suis catholique romain. Je conçois la vie comme une prière constante devant s'exprimer par les œuvres. La foi sans les preuves est une foi morte, dit l'apôtre Paul.

Dans ce cadre, étant étudiant à l'Université Libre de Bruxelles, j'ai, dans cette institution essentiellement fondée sur la laïcité et le libre examen, dirigé l'association des étudiants catholiques.

En 1967, de concert avec le père Arthur du Vernay, nous avons introduit au Congo le mouvement Focolari fondé par l'italien Chiara Lubics. Ce groupement était voué à l'idéal d'amour, d'unité et de partage.

Toujours la même année, avec le même prêtre, nous avons africanisé le mouvement Focolari et l'avons rebaptisé Bondeko ya sika. Cette fraternelle, qui a connu un grand essaimage dans le pays, compte parmi ses réalisations, le Centre et l'Hôpital Bondeko.

Tout en demeurant catholique, j'exerce aussi ma charité à l'égard d'autres confessions religieuses. J'ai toujours estimé que toutes les voies qui montent vers la vérité convergent.

Sur le plan philosophique, je partage le courant existentialiste chrétien de Karl Jaspers et Gabriel Marcel, en plaçant l'homme, image de Dieu, au centre de la Société.

Selon ce courant philosophique et humaniste, les individus créent le sens et l'essence de leur vie par leurs actions et leur courage. Il considère par conséquent, chaque personne comme un être unique qui est maître non seulement de ses actes et de son destin, mais également des valeurs qu'elle décide d'adopter. J'estime que l'homme n'est pas le jouet du destin. Il a le devoir de forger et d'aiguiller sa personnalité, pour donner un sens à sa vie. L'homme naît marbre, il doit mourir statut.

Le travail, le créneau principal qui permet à l'homme de réaliser sa vocation

Il naît avec des aptitudes et des tendances informes. Pareil au sculpteur, il doit progressivement élaguer de son être toutes les aspérités qui inhibent son épanouissement, pour arriver à réaliser un personnage accompli.

La légende raconte qu'un jour, le Pape demanda à Michel-Ange pourquoi il martelait obstinément le bloc de pierre devant lui. Il lui répondit « je m'efforce de libérer l'archange qui y est prisonnier ». Effectivement, à la fin de l'ouvrage, le marbre informe fit place à une merveilleuse statue de l'archange Michael.

C'est donc par l'élimination progressive de toutes les pesanteurs qui étouffent son émancipation que l'homme réel apparaît. Il découvre la raison de son existence et devient capable d'apporter sa contribution à l'avancement de la civilisation.

Le travail est le créneau principal qui permet à l'homme de réaliser cette vocation. Dieu n'a pas terminé l'œuvre de la création. Il a assigné à l'homme la mission de la parachever.

Le travail façonne la personnalité de l'homme et lui donne conscience de sa dignité et de sa raison d'être dans le monde. « Ce que tu fais te fait », disaient les anciens. Le travail ennoblit l'homme et lui donne la conscience des liens qui l'unissent à ses semblables.

Dans le coude à coude quotidien, dans la volonté d'arriver ensemble à un même résultat, les préjugés tombent, les hommes se découvrent, les liens se resserrent, et les milieux professionnels se transforment en véritables familles.

Mais, pour que le travail réalise ces fonctions, l'homme qui l'exerce doit être dévoué et loyal, il doit éviter les indignités et autres compromissions qui ruinent les efforts accomplis. La réputation prend beaucoup de temps pour se construire et peu de temps pour se détruire.

C'est cette vision du travail qui m'a permis de façonner le corps judiciaire à l'image de la perfection et de lui donner l'honneur et la dignité qui l'ont caractérisé.

J'ai uniformisé les pratiques de tous les parquets de la République par un recueil de circulaires et doté les juridictions et les offices du Ministère Public d'un règlement intérieur unique.

J'ai reformé la répartition des ressorts judiciaires pour rapprocher la justice du justiciable. Dans la même optique, j'ai installé les tribunaux de paix. J'ai supprimé le dualisme qui existait entre le droit écrit et le droit coutumier.

Dans le sens de cette unification du droit congolais, les tribunaux de paix résorbèrent les compétences jadis dévolues aux tribunaux de district et aux juridictions coutumières. La procédure de flagrance a été instaurée et la non-assistance à personne à danger, criminalisée.

Le Barreau, le corps des Défenseurs judiciaires et celui des mandataires de l'Etat se sont vus dotés d'un texte les organisant.

J'ai organisé l'exercice des attributions d'officiers et agents de police judiciaire près les juridictions de droit commun.

À travers mes mercuriales, j'ai jeté les balises devant orienter les magistrats et autres praticiens du droit dans diverses matières juridiques.

L'action aux commandes du pouvoir exécutif galvanisée par le dévouement

Ces mercuriales exposent mes réflexions et mes opinions scientifiques sur les questions examinées. Elles ont été compilées dans un ouvrage intitulé « La pensée juridique du Procureur Général de la République Léon KENGO wa DONDO », publié en 2014 par feu professeur Mukadi Bonyi en collaboration avec son fils, Mukadi Bonyi Junior.

Quatre de ces mercuriales sont consacrées au droit privé. Trois portent sur des questions de droit judiciaire. Trois développent des sujets touchant au droit pénal et à la criminologie.

La rigueur et l'éthique que j'ai imprimées aux fonctions judiciaires demeurent dans la conscience collective des Congolais.

Le même dévouement et la même discipline ont galvanisé mon action aux commandes du pouvoir exécutif.

Le programme d'ajustement structurel que j'ai conduit en tant que Premier Ministre, a permis de réduire sensiblement la dette extérieure et de ramener la confiance des investisseurs. « Qui paie ses dettes s'enrichit », dit l'adage.

Cependant, la politique d'austérité à l'interne qu'exigeait ce programme n'a pas été comprise par certains. Mais, l'ignorance n'est pas une vertu. Je suis revenu plus d'une fois à la tête de l'Exécutif, parce que, comme disait le président Mobutu, on ne change pas l'équipe qui gagne.

Ma vision politique et mon projet de société se trouvent condensés dans un bulletin de cent propositions que j'ai publié en 2011.

En substance, elles recommandent : la restauration de l'autorité de l'Etat dans tous les secteurs ; le recentrage du congolais au cœur du développement ; la relance de l'économie nationale par la production ; l'assainissement des finances publiques par la modernisation du système fiscal ; le reclassement du Congo à sa place dans le concert des nations.

J'ai toujours affirmé que les épreuves du sentier ne peuvent résister à la force que me procure la noblesse de mon combat pour la paix et pour le développement de notre sous-région, voire de la région.

« J'ai donné une dimension inégalée à la diplomatie parlementaire... »

S'agissant de mes fonctions parlementaires, la présidence d'une assemblée délibérante dans un pays écartelé par des sensibilités politiques disparates n'est pas une sinécure. Du haut du perchoir, je perçois les convergences qui se profilent derrière les divergences et rassemblement ce qui est épars.

C'est au point de jonction des opinions contraires que se construit la nation. C'est par l'hypoténuse reliant les deux côtés opposés que le triangle devient rectangle.

Ma riche expérience dans la direction des trois pouvoirs de l'Etat est constamment mise à contribution dans la conduite de la Chambre haute.

Dans cet arsenal d'atouts, mon étoffe d'homme de loi apparaît en filigrane lorsque, d'un coup de maillet, les débats doivent être recentrés

C'est avec détachement que je perçois les causes lointaines de ce qui cherche à s'objectiver Je lance des alarmes Mais hélas, j'ai souvent eu tort d'avoir raison trop tôt

Au chapitre de la diplomatie parlementaire, sous mon impulsion, la renommée du Sénat congolais a largement dépassé les frontières nationales. J'ai donné une dimension inégalée à la diplomatie parlementaire, comme instrument au service de la paix, de la liberté et du respect des droits humains.

J'ai toujours prêché que la diplomatie parlementaire accompagne et amplifie la diplomatie traditionnelle. Elle s'efforce, à travers les affinités parlementaires qu'elle déclenche, de rapprocher les nations et les peuples. Elle est un outil de prévention et de gestion des conflits.

Je lègue à l'intelligentsia de notre pays et spécialement à la jeunesse la grandeur d'esprit qui fait les grands hommes et le culte du travail qui transforme le monde.

J'aime que, de mon existence, chacun puise ce qu'il peut retenir, pour son épanouissement personnel mais, surtout, pour le bien-être et pour la rénovation de notre collectivité.

À la jeunesse, je dis : « Vous avez rendez-vous avec l'histoire. En ce tournant décisif que traverse le pays, vous devez dépasser les considérations égoïstes et mesquines qui divisent les hommes notamment, le tribalisme, le régionalisme, la corruption et tous les autres maux qui minent notre société. En toute chose retenez le dénominateur commun qui unit les quatre cent tribus constituant le peuple congolais. Que le drapeau national flotte en permanence dans votre conscience ».

Je ne puis terminer mon adresse sans réitérer mes remerciements à Monsieur le Recteur de l'Université Protestante au Congo, à tous les organisateurs, aux corps académique et scientifique, aux étudiants et à tous ceux qui ont bien voulu rehausser de leur présence la cérémonie de ce jour. Sans leur présence, cette cérémonie n'aurait pas eu un tel retentissement.

J'ai dit.

Léon KENGO wa DONDO

Congo-Kinshasa

Monté en flèche des Violations des droits de l'homme en flèche

Au cours de la conférence de presse bi mensuelle de la Monusco qui s'est tenue hier mercredi 23 mai 2018 dans la… Plus »

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