2 Février 2018

Sénégal: Coopération - La France, le plus important investisseur étranger au Sénégal

« Le seul problème entre le Sénégal et la France, c'est qu'il n'y a pas de problème », a déclaré le Président Sall. L'année de son élection a, en effet, marqué le début d'une période de plus grande sérénité dans les relations franco-sénégalaises et a renforcé la coopération entre les deux pays. Par cette boutade, le Président sénégalais résumait la longue histoire des liens économiques, politiques, culturels et militaires entre la France et le Sénégal, la tradition établie d'élections compétitives et de démocratie participative et le développement d'une véritable culture politique nationale qui fondent la nature distincte de ce qui est appelé « l'exception sénégalaise ».

Cette exception sénégalaise est définie par la place particulière occupée par le Sénégal dans les relations franco-africaines au sens large et, plus particulièrement, par la représentation du Sénégal comme modèle de démocratie et de stabilité en France comme au Sénégal. L'arrivée des premiers Français au Sénégal est datée en 1364 et le Palais Bourbon avait compté en son sein les députés sénégalais Blaise Diagne, Galandou Diouf, Lamine Guèye et Léopold Sédar Senghor. Le Sénégal est un pays modèle en Afrique de l'Ouest et sur le continent, un Etat démocratique, stable, sûr, en pointe sur la scène diplomatique internationale.

Le pays répond toujours présent et se montre un partenaire déterminant pour promouvoir les valeurs de paix, de justice universelle et de stabilité, garantir la souveraineté nationale et l'intégrité territoriale, prôner le règlement pacifique des différends ainsi que la non-ingérence dans les affaires intérieures des Etats. Il est aussi salué comme acteur influent au sein de la Cedeao et de l'Ua, comme contributeur mondial de troupes de l'ONU, comme brillant président du Conseil de sécurité en novembre 2016 lors d'un troisième mandat, comme représentant du Nepad au G7 et au G20, entre autres. Le Sénégal est également présent sur le front de la COP 21 et 22 pour réfléchir sur l'économie ouverte ou pour défendre le patrimoine culturel menacé à la conférence d'Abou Dhabi.

Les relations entre la France et le Sénégal transcendent les personnes qui incarnent la tête des deux pays. Après plus de trois siècles de relations ininterrompues, la France et le Sénégal n'ont pas cessé d'entretenir des rapports très étroits après l'indépendance. Les deux pays ont une tradition de coopération multiforme dans les deux sens, et les courants d'échanges humains et matériels sont constants. Des liens postcoloniaux très forts entretenus par le Président Léopold Sédar Senghor et renforcés par ses successeurs Diouf, Wade et Macky Sall.

Mieux, les Sénégalais revendiquent cette proximité et ces relations d'amitié exceptionnelles. Au plan politique, les responsables, y compris à un haut niveau, se rencontrent de manière fréquente et régulière. A cet effet, le Sénégal est le seul pays en Afrique subsaharienne avec lequel la France tient, chaque année, alternativement à Dakar et à Paris, un séminaire intergouvernemental.

Un pays attractif

Alors oui, il est normal que la France reste le donateur bilatéral majeur et le plus important investisseur étranger au Sénégal même si, depuis quelques années, on observe un net recul de la France au Sénégal au profit de pays émergents comme la Chine ou la Turquie. Désormais, le temps est révolu où les entreprises et les dirigeants français, occupés à l'Europe et l'Asie, minimisaient le potentiel de l'Afrique, qui était en réalité devenu un continent d'avenir où la croissance ne cesse de monter et où beaucoup de besoins, notamment technologiques, restent à combler.

Le potentiel du Sénégal, un pays sûr, stable, démocratique, doté d'importantes ressources humaines, bien formés, rayonnant sur la région et le continent exerce une véritable attraction. Le marché sénégalais est attractif et concurrentiel. Une attractivité très vite comprise et intégrée par des pays émergents comme la Chine ou la Turquie, qui se sont davantage investies en Afrique et au Sénégal. Aujourd'hui, la concurrence est naturellement forte, une aubaine pour le Sénégal, pour l'emploi et pour la croissance, pour l'économie sénégalaise. Il est légitime et souhaitable que d'autres pays que la France s'intéressent au marché sénégalais et investissent au Sénégal.

« Politique du couloir »

L'Afrique et le Sénégal ont besoin de tous les investisseurs, qu'ils viennent de la Chine, de la Turquie, du Maroc, de l'Arabie Saoudite ou encore de l'Inde, mais aussi de la France, de l'Union européenne, des Etats-Unis. Oui, les entreprises françaises continuent à jouer un rôle important, même dans un paysage économique diversifié avec de nouveaux pays, notamment l'Inde, la Chine, les pays du Proche-Orient et les Etats-Unis. Le Sénégal peut se féliciter d'attirer les investisseurs et les investissements étrangers au Sénégal. Cela signifie que ces pays ont confiance dans la stabilité, la démocratie et l'avenir du Sénégal.

Cependant, dans cette économie globalisée, les entreprises françaises gardent un avantage : elles sont là dans la durée, connaissent le Sénégal depuis fort longtemps, sont compétentes et fiables, contribuent à 25% de la fiscalité sénégalaise et emploient presque que des Sénégalais. L'Afd par exemple est présente dès 1942 et ses engagements envers le Sénégal s'élèvent à 5% de son Pib. Mais le marché sénégalais est ouvert et n'est pas l'exclusivité de la France. C'est le cas du port de Dakar resté sous le contrôle de Dubai Port Authority. L'essentiel pour le Sénégal est de s'assurer que toutes les entreprises, françaises y compris, respectent les règles sociales, environnementales et fiscales.

Il existe un réel avantage à ce que la France et le Sénégal travaillent ensemble lorsque leurs idées convergent. C'est le cas notamment à l'Onu, lorsqu'il s'agit de soutenir des résolutions ou des décisions qui sont dans l'intérêt des deux pays. Même s'il n'existe pas de coopération systématique entre la France et le Sénégal dans les discussions multilatérales, il est habituel pour le Sénégal de s'aligner sur la position des pays occidentaux. Mais soyons clairs : cette convergence diplomatique résulte davantage de la « diplomatie de couloir » que d'instructions de leur gouvernement depuis Dakar et Paris. C'est également le cas lorsque, dans une organisation multilatérale comme la Cedeao dans laquelle la France, sans en être membre, défend un intérêt. La France y pratique alors une « politique du couloir » auprès des Etats membres francophones pour obtenir leur appui sur des questions précises.

Et surtout, il est important, dans un contexte de menaces asymétriques et de terrorisme djihadiste à notre porte, que notre pays soit le premier bénéficiaire de la coopération structurelle de défense et de sécurité. Les éléments français au Sénégal (Efs) constituent, à Dakar, un « Pôle opérationnel de coopération » (Poc) à vocation régionale. Trois cent cinquante (350) soldats français forment chaque années 3.000 soldats sénégalais, ainsi que des soldats d'autres pays africains de la région. Il est particulièrement important que le Sénégal et la France travaillent ensemble pour aider le Mali à mettre en œuvre l'accord de paix. Depuis 2012, le Sénégal et la France agissent ensemble au Mali où les deux pays avaient répondu, sans délai, à l'appel de Dioncounda Traoré, président intérimaire de l'époque, pour bloquer l'avancée des terroristes vers le Sud du pays puis prendre l'ascendant sur eux.

De cette présence, le Sénégal est tombé d'accord avec la France sur un renforcement, dès le premier trimestre de 2017, de sa contribution en hommes à la Minusma. Les « Jambars » sénégalais sont déployés en force de réaction dans le centre du Mali. Tout comme il est important, pour le bon voisinage du Sénégal, que la France se soit engagée à assister la Gambie à se stabiliser et à engager de véritables réformes, dont celle du secteur de la défense. A cette occasion, la convergence de vues exprimée d'une même voix par le Sénégal et la France au Conseil de sécurité de l'Onu et à la Cedeao a été décisive sur le règlement rapide de la crise qui menaçait aux frontières du Sénégal, compte tenu du contexte de la rébellion séparatiste alliée au dictateur de Banjul.

Tout comme il est dans l'intérêt du Sénégal et des autres pays limitrophes du Mali de coopérer avec la France dans le cadre de la bannière de l'Onu sur les questions de sécurité, de lutter ensemble contre le terrorisme et les terroristes en vue de stabiliser le pays frère du Mali englué dans une crise politique et militaire sans fin. Les deux pays ont également coopéré en Guinée-Bissau en raison d'intérêts partagés.

Chacun des deux pays continue de former une part importante des relations extérieures de l'autre, avec des visites ministérielles régulières dans l'un et l'autre des pays. La plus grande ambassade de France en Afrique subsaharienne est à Dakar et, traditionnellement, le Sénégal envoie un de ses plus hauts diplomates à Paris.

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