7 Février 2018

Congo-Kinshasa: Vers la recherche des solutions à la crise diplomatique

Photo: allafrica.com
RDC - Belgique

Le gouvernement belge, selon son ministre des Affaires étrangères, Didier Reynders, travaillerait pour mettre fin au différend entre les deux pays.

Entre la Belgique et la République démocratique du Congo (RDC), ce n'est plus la lune de miel. Les relations entre les deux pays se sont détériorées ces dernières heures, à tel point que rien, à l'heure actuelle, ne permet d'espérer une réconciliation à court terme. Kinshasa et son ancienne métropole sont allées très loin dans leur bras de fer avec, à la clé, des décisions épidermiques qui procèdent plus de l'instinct que de la rationalité.

Le recadrage par la Belgique de sa coopération bilatérale avec la RDC assorti d'une réorientation de ses fonds de développement vers des ONG, en lieu et place des institutions politiques congolaises, peut être considéré comme l'élément enclencheur de cette crise diplomatique qui a pris des proportions inattendues. En effet, la réaction énergique de la RDC a véritablement mis une croix sur des relations séculaires désormais sacrifiées sur l'autel des intérêts politiques.

Kinshasa est allée plus loin en décidant de fermer, pour une durée indéterminée, la Maison Schengen avec comme corollaire, la suspension du traitement de demande de visas. Sur la même lancée, elle a ordonné la cessation des activités de l'agence belge de développement Enabel (ex-CTB), la fermeture de son consulat à Anvers, la réduction des vols de la compagnie Brussels Airlines. La Belgique, pour sa part, était astreinte, par principe de réciprocité, à faire de même en fermant ses postes consulaires à Lubumbashi et à Goma.

Privilégier l'intérêt supérieur des deux peuples

Dans l'opinion, les avis sont partagés. Si pour les uns, les autorités de Kinshasa ont agi en toute souveraineté, d'autres, par contre, à l'instar du député Henri Thomas Lokondo, trouvent excessives les mesures prises par la RDC. L'élu du peuple s'interroge sur le sens de la réaction des autorités congolaises qui veulent « entretenir une confrontation » avec la Belgique qui, dit-il, n'a privé le pays « que de seulement vingt-cinq millions d'euros ». La seule décision qu'il trouve justifiée de la part de la RDC demeure la fermeture de l'Agence belge de développement qui est la conséquence de la mise en veille par la Belgique de la coopération structurelle État à État. C'est amplement justifié, ajoute-t-il, que les services de la coopération technique belge soient gelés jusqu'à nouvel ordre.

Prenant le contre-pied du député de la majorité présidentielle (MP), le porte-parole de la plate-forme présidentielle a estimé, pour sa part, que les mesures de rétorsion prises par Kinshasa l'ont été de façon logique et rationnelle. La RDC, à en croire André Alain Atundu, n'a fait que protéger ses « intérêts face à la Belgique, c'est-à-dire sa souveraineté, la dignité de son peuple et rétablir l'honneur souillé du pays à cause des motivations à la base de la décision de la Belgique ». Pour ce cadre de la MP, la situation de crise ainsi déplorée résulte de la décision unilatérale de la Belgique de modifier fondamentalement les règles de relations diplomatiques et de partenariat en matière de coopération. « Ceci a causé un préjudice moral et politique immense, en raison des motivations données à cette décision », a-t-il argumenté.

L'autre son de cloche est celui du sénateur Jacques Djoli qui, dans cette affaire, a préféré prendre fait et cause pour le peuple congolais. Pour lui, « les mesures prises par le gouvernement congolais semblent être à l'avantage du régime en place et des pays voisins plutôt que du peuple congolais ». Sans ambages, il assène : « Lorsque vous fermez le consulat à Goma, les Congolais sont obligés d'aller chercher les visas au Rwanda ».

Les opérateurs économiques pénalisés

Plus nuancée, la Fédération des entreprises du Congo qui s'est également invitée dans ce débat, a estimé que la crise belgo-congolaise pénalisait tout à la fois la population et les opérateurs économiques tant de la Belgique que de la RDC. « Il y a de ceux-là qui avaient déjà pris certains engagements, de rendez-vous d'affaires [... ] Maintenant, il faut tout revoir. Mais il faut comprendre aussi que cela ne va pas affecter seulement les Congolais, parce que lorsqu'on parle affaires ce sont deux parties qui sont en présence. Il n'y a pas que des Congolais qui sont demandeurs. Même de l'autre côté, ils sont aussi demandeurs », a indiqué le vice-président Dieudonné Kalala. Il a plaidé pour que l'intérêt supérieur des deux nations soit privilégié.

À tout prendre, Congolais et Belges ne sortent pas grandis de cette crise diplomatique qui les affecte considérablement. La Belgique et la RDC sont invitées à ne ménager aucun effort dans la recherche des solutions de sortie de crise pour l'intérêt de leurs peuples respectifs. « Nous travaillons sur cette sortie de crise avec l'ensemble des partenaires européens et internationaux, en espérant que l'on puisse réellement trouver une solution à cette situation au Congo. On sait que chaque fois qu'il y a une crise politique importante au Congo, cela complique les relations bilatérales avec la Belgique », a récemment déclaré le ministre belge des Affaires étrangères, Didier Reynders.

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