8 Février 2018

Tchad: Répression de manifs et limogeage de ministres - Déby se trompe de combat

Photo: Le Pays
Le président Idriss Deby Itno
analyse

Depuis l'annonce des mesures d'austérité imposées par le gouvernement, la tension est montée de plusieurs crans au Tchad. En effet, les manifestations de rue se succèdent chaque jour que Dieu fait, tant et si bien que le pays, en proie à une récession économique sans précédent, court le risque d'une apoplexie sociale. A preuve, en plus des syndicats qui ont appelé à une grève illimitée, l'opposition et la société civile sont aussi vent debout contre le pouvoir de N'Djamena.

Tous dénoncent les coupures opérées sur les salaires des fonctionnaires en sus de la hausse du prix du carburant et de l'entrée en vigueur d'une réforme de l'impôt sur le revenu. Et comme pour ne rien arranger, les scolaires sont entrés aussi dans la danse ; ce qui laisse craindre une cocotte-minute. Mais en bon dictateur, le président Idriss Deby Itno, plutôt que de prendre la mesure du péril, a préféré faire dans la répression systématique. Si fait que toutes les manifs de rue ont été sévèrement réprimées.

Et ce n'est pas tout. Mahamat-Saleh Haroun, le ministre de la Culture et de la jeunesse, dont on dit qu'il était en désaccord avec le gouvernement sur la gestion de la crise en cours, a été limogé, hier, 8 février 2018. Le moins que l'on puisse dire, c'est que Deby se trompe de combat. Car, ce n'est pas au peuple tchadien de payer pour son manque de vision et d'anticipation ; lui qui, on se rappelle, avait décidé de passer outre les recommandations de la Banque mondiale en bradant toute la manne pétrolière de son pays.

N'est-ce pas lui aussi qui, il y a quelques années, avait décidé, pour des raisons électoralistes, de gonfler les salaires des fonctionnaires avant de se retrouver aujourd'hui groggy ? En fait, on ne le sait que trop bien. En jouant au bon samaritain, Deby n'avait qu'un seul objectif : rester ad vitam aeternam au pouvoir, peu importe ce qu'il adviendrait.

La grogne sociale n'est rien d'autre que le fruit de la mal gouvernance de Deby

Peut-être feint-il d'oublier qu'au risque de se voir destiné au bûcher, l'on ne revient jamais sur un acquis comme il tente de le faire présentement au Tchad. Du reste, comment le fonctionnaire tchadien va-t-il consentir une cure d'austérité pendant que les dignitaires du pays et leurs familles respectives roulent carrosse quand ils ne se construisent pas des châteaux à Versailles ou en Virginie ?

Ne dit-on pas que le bon exemple doit toujours venir d'en haut ? Pour faire face à la récession, Deby aurait pu réduire drastiquement le train de vie de l'Etat plutôt que de pressurer davantage le contribuable tchadien qui crève déjà de faim. Car, si le grenier tchadien est aujourd'hui à sec, c'est parce que Deby a passé son temps à investir dans l'achat des armes pour se prémunir contre toute éventuelle tentative de déstabilisation de son pouvoir.

Autrement dit, la grogne sociale en cours au Tchad n'est rien d'autre que le fruit de la mal gouvernance de Deby ; lui qui, depuis bientôt trois décennies, dirige le pays d'une main de fer. Sinon, comment comprendre qu'un pays pétrolier se retrouve aujourd'hui économiquement exsangue au point d'avoir des difficultés à payer ses fonctionnaires ? Qu'il est donc vrai que l'or noir constitue une véritable malédiction pour les pays qui en disposent, est-on tenté de s'exclamer ; l'exemple du Tchad étant assez illustratif !

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