8 Février 2018

Congo-Brazzaville: Les dangereuses dérives des réseaux sociaux

Alors que l'on saluait au siècle dernier l'avènement du fameux «village planétaire», on était loin d'imaginer les effets pervers qu'allait engendrer l'extraordinaire révolution des technologies de l'information et de la communication (TIC). En même temps que les sociétés s'appliquent à en apprivoiser et exploiter les vertus et avantages, force est de constater le désarroi des pouvoirs publics face aux pernicieux usages que nombre d'internautes font des réseaux sociaux, devenus un «centre du village» investi par des individus masqués, porteurs de funestes intentions.

Véritables architectes de la rumeur, de la calomnie, de fake news (fausses informations), ou de «vérités alternatives», ils sont devenus des «snipers patentés» visant des personnalités publiques ou des acteurs politiques, dans le but de les déstabiliser ou de nuire à leur réputation. Plus compliqué, ils se mettent parfois au service de groupes d'intérêt dont ils défendent les inavouables objectifs, en «produisant» des informations orientées, quand il ne s'agit pas tout simplement d'une entreprise soutenue de désinformation.

Principaux réseaux investis par ces nouveaux fabricants d'informations aussi imaginaires que toxiques : Facebook, Whatsapp, Twitter et YouTube. Ces médias, faciles d'accès et d'utilisation, ont permis, ces dernières années, à tout individu, de créer son propre support d'information, sans devoir souscrire aux lois auxquelles sont soumis les médias traditionnels. Les conséquences de ces entreprises de déstabilisation peuvent s'étendre à tout un pays, quand ce sont des grands serviteurs de l'État qui sont visés.

Alors que les grandes puissances s'évertuent à mettre en place une législation adaptée à ces nouveaux médias qui, par nature, échappent aux contraintes des limites nationales, ce sont les pays les plus fragiles, notamment ceux du continent africain, qui semblent les plus démunis face à ce phénomène des temps actuels. Le Congo n'échappe pas à cette problématique, et les pouvoirs publics, alertés, dépassés parfois par les désastres occasionnés par l'utilisation litigieuse des réseaux sociaux, sont amenés, depuis quelque temps, à se pencher sur la question.

Démunis face aux attaques répétées, forcément hostiles, et parfois scabreuses, nombre de citoyens Congolais «attaqués» sont quasiment mis en demeure de s'expliquer régulièrement, sans que leurs démentis ne soient jamais à la hauteur du préjudice subi. Rumeurs, calomnies, fausses nouvelles, règlements de comptes, intox, accusations mensongères mettant en cause la probité et l'honneur des personnes : dans ce sombre registre, le nombre de victimes ne cesse d'augmenter.

Tel ministre régulièrement accusé des pires œuvres, de pratiques illicites, voire d'atteinte à l'intégrité morale de l'État ; tel haut cadre de l'administration publique en séjour en France, qui découvre sur les réseaux sociaux un «article» relatant son «arrestation» par la DGST à l'aéroport de Brazzaville dans le cadre d'une sombre affaire à peine précisée... Les exemples sont légion de ces pratiques qui menacent la réputation, l'honneur, voire la sécurité des personnes visées, qui en viennent à se rappeler cet adage ancien : «Calomniez, calomniez, il en restera toujours quelque chose».

Comment peut-on, dans un pays comme le Congo, faire face à ces dérives insensées de l'utilisation des nouvelles technologies de l'information ? Tout en prenant en compte la difficulté à «contrôler» ces outils de communication à portée mondiale, et dont les utilisateurs se trouvent bien souvent à l'extérieur du pays, le ministre des Postes, des télécommunications et de l'économie numérique, Léon Juste Ibombo, s'attelle à la production des moyens nationaux de régulation et de contrôle des informations diffusées sur ces réseaux sociaux. Au cœur des réflexions sur le sujet, la mise en place d'une réglementation, ainsi que des moyens techniques permettant de rendre cette réglementation efficiente.

Dans ce contexte, il conviendrait de replacer au centre du débat, la loi congolaise sur la liberté de l'information et de la communication, instrument essentiel intégrant à la fois les mécanismes régaliens de régulation, de contrôle et de sanctions en ce domaine. L'adaptation de cette loi aux technologies de l'information et de la communication (TIC) et aux formes nouvelles d'infractions constatées sur les réseaux sociaux, s'inscrirait alors dans les charges prioritaires du ministère de la Communication.

En réalité, eu égard à la nature de ces nouveaux médias, cette réglementation devrait, d'abord, avoir des vertus dissuasives. Toutefois, il faut bien reconnaître qu'une réglementation ne consisterait qu'à produire une réponse partielle à ce phénomène. Pour endiguer ces dérives, le Congo devra engager une vaste campagne de pédagogie, en direction de la population. Comme l'indique le Dr Antonin Idriss Bossoto, enseignant-chercheur en TIC, à l'université Marien-Ngouabi, il est urgent d'engager une campagne d'« éducation de la population sur l'usage et les inconvénients de ces médias numériques.»

Une campagne visant plus particulièrement les jeunes qui « à l'heure actuelle de l'e-réputation ne comprennent pas qu'un post aujourd'hui peut avoir un effet boomerang sur leurs carrières, demain ». Cette nouvelle pédagogie sociale, tout en permettant de réduire les pratiques réprouvées, devrait aussi insister sur une « consommation positive» des informations diffusées sur ces réseaux, en apprenant aux usagers à faire le tri, afin de se détourner des informations toxiques.

Si l'usage perverti des réseaux sociaux est devenu un phénomène mondial, ses effets et conséquences se font plus dévastateurs dans les pays déjà confrontés, par ailleurs, aux urgences du développement. Des cadres calomniés, des grands commis de l'État jetés en pâture à la vindicte populaire, certains harcelés chaque semaine par des montages vidéo et des textes orientés portant atteinte à leur honneur, à leur réputation et celle de leurs familles. Autant de charges hostiles préjudiciables, non seulement à l'image et à la sécurité des individus, mais aussi à l'image du pays.

Dans ce contexte délétère, le respect traditionnel de la vie privée se trouve pulvérisé; anéanties les barrières judiciaires protégeant les individus contre toutes les formes de diffamation. C'est un monde parallèle qui s'est érigé sur les réseaux sociaux, s'alimentant de ses propres lois, se mettant hors la loi, en toute impunité. En même temps que cette activité participe d'une inquiétante dégradation des mœurs, il est à craindre qu'à terme, il en arrive à imposer ses règles à la Cité, devenant le centre actif et référentiel de la vie politique et sociale, un tribunal autoproclamé, voire un ersatz de gouvernement.

Il ne suffit plus de dénoncer. Face à ce phénomène, la réaction des pouvoirs publics relève désormais d'une œuvre de salubrité publique, de la nécessité d'une nouvelle moralisation du comportement social et civique, ainsi que des pratiques collectives. Il faut donc rappeler l'urgence d'une pédagogie à l'échelle nationale, tout en mettant en place un dispositif judiciaire, d'ailleurs davantage dissuasif que répressif, pour endiguer ce phénomène dont l'une des conséquences les plus redoutables serait une corruption durable du sens du jugement des jeunes générations. Les pouvoirs publics sont interpellés à cet égard, afin que ce qui devrait être considéré comme source de progrès à bien des égards, ne se transforme en un fléau menaçant l'intégrité même de la collectivité nationale.

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