9 Février 2018

Guinée Equatoriale: Le grand gâchis du football équato-guinéen

Le Championnat a été suspendu jusqu'à nouvel ordre par la Fédération équato-guinéenne de football (Feguifut), le 27 janvier dernier. Le foot équato-guinéen va mal. Le pays n'a pas participé à la CAN 2017 et a mal débuté les éliminatoires de la CAN 2019.

L'équipe nationale féminine, après avoir remporté deux CAN en 2008 et 2012, a disparu des radars et ne sera pas à l'édition 2018. Quant aux clubs équato-guinéens, ils passent rarement un tour en coupes d'Afrique. Enfin, les tensions règnent à la Feguifut. Les moyens financiers injectés n'ont pourtant pas manqué en Guinée équatoriale. Explications.

Depuis la fin des années de plomb, la Guinée équatoriale a développé avec beaucoup d'énergie une politique sportive, essentiellement tournée vers le football. Après plus de 10 ans d'investissements dans ce domaine, sept stades ont ainsi été construits (Malabo, Bata, Annobon, Luba, Mongomo, Ebibeyin et Rebola). Mais, malgré toutes ces infrastructures, le football équato-guinéen est malade de sa gestion.

Au mois de juin 2017, Esteban Becker, l'entraineur de la sélection fanion, est limogé par l'ex-ministre des sports, Candido Nsue Okomo. Ce limogeage de l'Argentin est mal perçu par la Fédération équato-guinéenne de football (Feguifut) qui parle alors d'ingérence. Une Assemblée générale est convoquée le 16 décembre 2017 mais elle est interrompue par des délégués mécontents. Andrés Jorgue Mbomio Nsem Abua, le président de la Feguifut, suspend la séance sine die. Il sollicite la médiation conjointe de la Confédération africaine (CAF) et de la Fédération internationale (FIFA).

Cet épisode n'est toutefois qu'un des derniers soubresauts de la tourmente que traverse le football de la Guinée équatoriale depuis 2015, année durant laquelle elle a accueilli pour la deuxième fois la CAN après 2012.

De la découverte du pétrole

Dans les années 2000, le pays est encore dans l'euphorie de la découverte du pétrole. Les autorités entreprennent donc d'investir dans le sport et précisément dans le football qui est alors considéré comme l'orgueil national.

Plus de 500 millions d'euros (327 milliards de FCFA) sont injectés dans les infrastructures footballistiques avec le déblocage de sommes astronomiques pour son essor. Dès 2008, le pays organise sa première CAN féminine qu'il remporte haut la main devant le Nigeria, en finale.

Le chef de l'Etat, Teodoro Obiang Nguema Mbasogo, ému, remet le trophée à « ses filles ». Personne n'avait imaginé pareil scénario quelques semaines plus tôt. Les joueuses ont touché chacune une prime de 500 millions de Francs CFA par match gagné.

Au revoir les «oubliettes»

En organisant toutes ces compétitions, la Guinée équatoriale veut laver son image, ternie par un coup d'Etat en 1979 à la suite duquel Teodoro Obiang Nguema Mbasogo s'est emparé du pouvoir.

Le président a l'idée de procéder par le sport, et notamment par le football. « La Guinée Equatoriale avait besoin de visibilité sur le plan international et de s'affirmer sur le plan continental, souligne Eleme Asumu, un observateur du foot local. Parce que le pays est resté aux oubliettes pendant de longues années ».

Rien que pour la CAN 2015, l'Etat investit 91 millions d'euros (70 milliards de francs CFA). Deux enceintes voient le jour en un temps record, la Guinée équatoriale ayant remplacé le Maroc comme hôte du tournoi au pied levé. L'une à Ebibeyin et l'autre à Mongomo avec chacune une capacité de 15 000 places environ. Tout le monde cite alors en exemple la Guinée équatoriale comme une référence en Afrique.

Une politique de naturalisations polémique

Les déboires du football équato-guinéen ont toutefois commencé en 2012 avec l'affaire Thierry Fidjeu Tazemeta. Ce joueur d'origine camerounais a obtenu la nationalité équato-guinéenne sans suivre la procédure exigée par la FIFA. Ensuite, les dénonciations d'autres joueurs d'origine brésiliennes, naturalisés à la va-vite, s'enchaînent. Le « Veve Nacional » devient avec le temps la risée suite aux multiples scandales de binationaux convaincus de porter les couleurs équato-guinéennes à coups de millions.

D'autant que le foot local, dans le même temps, se retrouve dans un état déplorable. « Je ne comprends pas que l'on puisse faire jouer un joueur qui ne connait pas son origine, qui n'est pas certain d'être libre de tout engagement ou pas. C'est honteux pour notre football », peste Ernesto Abeso, responsable au centre de formation Cano Sport Academy. Inocencio Ncogo Dong, directeur des compétitions à la Feguifut, assure pourtant que la fédération ne veut « plus des étrangers dans nos sélections nationales. Nous travaillons sur ce point et nous allons laisser un football saint en Guinée équatoriale ».

En juillet 2011, la première dame du pays, Constancia Mangue de Obiang, a par ailleurs apporté un soutien salutaire aux équipes féminines à travers un important don de 99 millions FCFA. En avril 2012, le gouvernement de Malabo a, lui, débloqué une enveloppe de 800 millions Fcfa pour subventionner le championnat de première division. C'est la dernière aide d'envergure que le football local a reçu de l'Etat...

La descente aux enfers

Alors qu'on croyait le pays prêt à tutoyer les sommets après sa demi-finale à la CAN 2015, la Guinée Equatoriale rentre dans une période de déclin. Interviewé par RFI, Andrés Jorge Mbomio Nsem Abua lâche alors que « le problème du football équato-guinéen est plus profond que les sources de division que l'on peut observer ces derniers temps ».

Malgré ses déboires sur les terrains, le pays paraissait intéressant en offrant des infrastructures haut standing et des projets gigantesques de stades flambant neufs, un réseau routier, l'un des meilleurs en Afrique, des aéroports internationaux, des hôtels, le tout dans 4 villes différentes (Malabo, Bata, Mongomo et Ebibeyin) et surtout une volonté politique d'impressionner l'Afrique et de prouver que la Guinée Equatoriale d'aujourd'hui n'était plus celle d'hier. Mais au-delà de tout, le football a laissé une impression de profond gâchis.

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