12 Février 2018

Afrique du Sud: Zuma et l'avenir de l'ANC comment extraire l'os sans créer d'hémorragie ?

Photo: @MYANC/Twitter
Ace Magashule, secrétaire général de l'ANC, lors de la conférence de presse au cours de laquelle il a confirmé que le président Jacob Zuma avait été rappelé.
analyse

En Afrique du sud, l'affaire Jacob Zuma continue de tenir en haleine les populations qui sont depuis bientôt une semaine dans l'expectative d'une hypothétique démission du chef de l'Etat. Et pour cause, même apparemment affaibli, Jacob Zuma continue de faire de la résistance, soufflant le chaud et le froid dans le but de ne pas sortir perdant du bras de fer qui se révèle pour le moins serré entre lui et son parti, l'ANC, qui veut le pousser à la sortie pour envisager l'avenir avec plus de sérénité.

En effet, le 7 février dernier, l'instance dirigeante du parti au pouvoir, avait déjà ajourné une réunion d'urgence qui devait statuer sur le cas Zuma, au moment où ce dernier renonçait aussi à son discours sur l'Etat de la Nation au Parlement, ce qui laissait croire à l'imminence de son départ avant terme du pouvoir, comme annoncé par plusieurs médias.

Un départ prématuré de Zuma du pouvoir ne serait pas sans conséquence pour le parti

Ce d'autant que dans la foulée, étaient annoncées des négociations dites « constructives » avec le président du parti, Cyril Ramaphosa, qui laissaient penser à un dénouement imminent de la situation.

Mais une semaine après, Jacob Zuma est toujours à son poste, bien cramponné à son fauteuil qu'il ne semble pas près de quitter. Surtout pas sans garanties, en raison des nombreuses casseroles qu'il traîne. Et le parti de Nelson Mandela pour lequel il est devenu un véritable os en travers de la gorge, se démène comme un beau diable pour trouver le moyen de l'extraire sans causer une hémorragie interne qui pourrait engager son pronostic vital.

C'est dans ce sens que le Comité exécutif se réunissait hier, 12 février, à l'effet de prendre une décision concernant le cas Zuma. D'autant qu'un départ prématuré de ce dernier du pouvoir, ne serait pas sans conséquence pour le parti. Car, tout « pestiféré » qu'il paraît, Jacob Zuma compte encore de nombreux partisans non seulement au sein du parti au pouvoir, mais aussi dans l'appareil d'Etat où certains ne se font pas d'illusions sur leur sort si le chef de l'Etat venait à quitter prématurément le pouvoir ; toute chose qui signifierait aussi la fin des haricots pour eux.

C'est pourquoi au sein de l'ANC, Cyril Ramaphosa donne l'impression de marcher sur des œufs ; lui qui piaffe d'impatience de succéder à l'enfant de Nkandla à la tête de l'Etat, après lui avoir succédé à la tête du parti. Mais comment le faire sans que les répliques sismiques d'un tel départ n'ébranlent les fondements du parti ? Faut-il trancher dans le vif et voir le parti courir le risque d'une implosion en raison de frustrations des partisans de Zuma ? Ou faut-il aller en douceur en caressant Zuma dans le sens du poil et courir le risque de laisser perdurer une situation déjà difficile à tenir ?

Quoi qu'il en soit, l'ANC est aujourd'hui à la croisée des chemins et se doit de prendre son destin en main. Cela passe par une éviction de Jacob Zuma du pouvoir. Autrement, le parti lui-même court à sa perte, avec le risque d'un échec électoral programmé, en raison des griefs contre le chef de l'Etat sur lesquels l'opposition ne manquera certainement pas de surfer une fois de plus, pour lui ravir une partie de son électorat, comme cela a été le cas lors des municipales de 2016 où le parti au pouvoir a perdu des bastions emblématiques comme Johannesburg, Pretoria et Port Elisabeth.

Zuma a beau retarder l'échéance, son départ du pouvoir semble désormais inéluctable

C'est pourquoi la décision des dirigeants de l'ANC est très attendue. Pour autant, Zuma vit-il ses derniers jours au pouvoir ? Tout porte à le croire, mais en attendant, son départ est loin d'être acté. Car, à supposer même que l'instance suprême du parti décide de l'éviction du chef de l'Etat, rien ne dit que Zuma quittera de sitôt son fauteuil puisqu'aucune disposition constitutionnelle ne l'y oblige.

Dans ces conditions, il n'est pas exclu que même en cas de désaveu cinglant de son parti, Zuma se refuse à passer la main s'il n'obtient pas gain de cause, au grand dam de ses contempteurs qui se montrent impatients de le voir débarrasser le plancher. A moins que d'ici là, il ne soit emporté par une motion de défiance dont la prochaine est prévue pour le 22 février prochain. En tout cas, Cyril Ramaphosa, le président de l'ANC qui dirigeait les négociations avec Zuma, joue sa crédibilité ; lui qui veut mettre un point d'honneur à combattre l'impunité en précisant que « toutes les personnes corrompues seront jugées ».

C'est pourquoi il est peut-être temps, pour l'ANC, de penser à un plan B, au cas il serait obligé de composer avec Zuma jusqu'au bout de son bail. Car, tout porte à croire qu'avec cette affaire, c'est son avenir politique qui se joue et, avec lui, l'avenir de la Nation Arc-en-ciel qui pourrait basculer, au terme du pouvoir de l'actuel président.

En tout état de cause, Jacob Zuma a beau retarder l'échéance, son départ du pouvoir semble désormais inéluctable. Il lui appartient donc de savoir négocier sa sortie, pour ne pas être la risée de son peuple. Toutefois, s'il s'entête à rester au pouvoir jusqu'au bout, qu'il s'apprête alors à en assumer en toute responsabilité les conséquences.

Mais à cette allure, l'on se demande s'il ne ferait pas le parcours inverse de Nelson Mandela en passant du pouvoir à la prison, s'il venait à être rattrapé au lendemain de son règne, par l'une de ses nombreuses combines. Car, comme le dit l'adage, « nul ne peut se prévaloir de ses propres turpitudes ».

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