13 Février 2018

Burkina Faso: Ibrahim Mare - « Toutes les recettes vont directement à la mairie centrale d'où le problème de l'autonomie financière»

interview

Il a été élu le 22 mai 2016 comme conseiller et maire le 21 juin de la même année. Depuis donc le 29 juin 2016, il occupe la fonction de maire de l'Arrondissement 11 de Ouagadougou. Lui, c'est Ibrahim Maré. Il est l'invité de notre rubrique « Mardi Politique » de ce jour.

Avec lui, nous abordons plusieurs sujets : les lotissements, l'apurement du passif foncier, la gestion de l'arrondissement, entre autres.

Pouvez-vous nous présenter brièvement votre arrondissement ?

L'arrondissement 11 a été créé en 2009 comme tous les autres arrondissements, dans le cadre du redécoupage de la commune de Ouagadougou.

Il comporte six secteurs, à savoir les secteurs 46, 47, 48, 49, 50 et 51. Il est situé dans la partie Sud-Est de la capitale et est limité à l'Ouest par l'arrondissement 5, au Sud par l'arrondissement 12, à l'Est par la commune rurale de Koubri et la commune rurale de Saaba et au Nord par l'arrondissement 10.

C'est l'un des plus grands arrondissements de la capitale en termes de peuplement. Sa population est estimé autour de 300 000 habitants.

L'arrondissement est étendu sur 40751 km2, donc le deuxième plus grand arrondissement en termes de superficie. Nous avons un conseil municipal de 27 membres. Notre arrondissement est de type semi-urbain. C'est un

arrondissement périphérique où beaucoup d'activités socio-économiques se mènent. Ces activités sont, entre autres, l'agriculture, l'élevage, l'artisanat, le commerce et plusieurs petits métiers dans le secteur informel.

L'arrondissement connaît une forte concentration démographique et est marqué par une paupérisation accrue. Ce qui a comme pour corrolaire le chômage des jeunes, la pauvreté qui est surtout à visage féminin.

Comment êtes-vous arrivé en politique ?

Je suis arrivé en politique depuis les années 1993. Déjà, à partir de l'université, nous avons commencé à militer dans des mouvements associatifs et dans des partis politiques. J'ai commencé par le Front des forces sociales (FFS).

Ensuite, j'ai été au CPS qui est un parti sankariste également. De là, on s'est retrouvé dans la Convergence de l'espoir avec Jean Hubert Bazié en 2004.

Nous avons travaillé aussi dans l'Union des partis sankaristes qui a regroupé le FFS, la Convention des partis sankaristes (CPS) et la Convergence de l'espoir pour fédérer les forces sankaristes et en faire un parti fort. Il y a eu par la suite des querelles byzantines qui ont fait que la mayonnaise n'a pas pris et chacun est allé de son côté.

A partir de cet instant, je m'étais mis en hibernation. Depuis 2008, je ne parlais pas de politique jusqu'à la création de l'Union pour le progrès et le changement (UPC) en 2010 où les lignes qui étaient tracées, la vision du parti et le manifeste m'ont inspiré. Je n'ai pas pu résister et j'ai adhéré au parti. Donc, depuis 2010, je suis militant de l'UPC.

Vous avez quitté un parti sankariste pour un parti libéral. Il y a quand même un fossé entre les deux en termes d'idéologies.

Laissez-moi vous dire que ce n'est pas une mutation idéologique comme vous l'aurez cru. Dans les partis sankaristes, il y avait de tout, au point que le sankarisme lui-même avait un problème de définition. Il y en a qui ont dit en son temps que le sankrisme était une idéalisation de l'Etat d'exception.

Cela a été dit dans ce pays. Il y en a qui ont dit des partis sankaristes, qu'ils étaient communistes, certains qu'ils étaient socialistes et d'autres qu'ils avaient une fibre libérale.

C'est dire que le sankarisme n'était pas une idéologie comme dans le format classique. Quand vous lisez le manifeste de l'UPC, on se mettait au-dessus de toutes les considérations idéologiques. L'idée maîtresse est le développement du Burkina.

Aussi, face à un problème donné, il est dit que si la solution est socialiste, il faut adopter cette voie pour le résoudre. Si la solution doit aussi être libérale, il faut l'adopter. Il n'y a pas de fixation. On ne fait pas de fétichisme idéologique. Je sais que je suis en harmonie avec ce que le manifeste du parti stipule.

En dehors de la politique, quel est votre profil ?

En dehors de la politique, je suis d'abord enseignant de carrière. J'ai enseigné au primaire, au secondaire et au supérieur.

Je suis passé par l'ENAM, de 2003 à 2006, et j'ai eu un diplôme supérieur d'administration publique avec le titre de Conseiller d'administration scolaire et universitaire. Je suis à l'Université Ouaga I Pr Joseph Ki Zerbo depuis 2006. En gros, je suis issu du monde de l'éducation.

« Nous comprenons très mal pourquoi les choses sont concentrées au niveau central pour envoyer aux arrondissements de petits budgets »

Que peut-on retenir du bilan à mi-parcours de votre mandat ?

Depuis notre arrivée, nous avons travaillé à asseoir un dialogue social. Avant notre arrivée, il y avait différentes forces qui se disputaient le pouvoir. Donc, il fallait naturellement faire asseoir un dialogue social pour aller au développement avec toutes les composantes de la population de l'arrondissement.

Nous en sommes à une étape satisfaisante car, aujourd'hui, on peut se targuer d'une cohésion satisfaisante pour nous permettre de travailler avec toutes les couches de la population. Nous avions des priorités également fondées sur les questions de la voirie, de l'éducation, de la santé, du droit au logement, d'adduction en eau potable, d'assainissement...

A l'étape actuelle, nous avons, en faisant dans le reprofilage, des voies carrossables. Nous sommes à près de 40 kilomètres de voies reprofilées. Nous avons également soutenu des actions avec le ministère des Infrastructures pour le bitumage de certaines voies, notamment autour du nouvel hôpital.

C'est un projet que nous sommes venus trouver et que nous avons accompagné avec le ministère de l'Urbanisme. Il y a également des constructions d'ouvrages éducatifs. Nous avons bénéficié de la construction de 4 classes. C'était une initiative que nous avons accompagnée.

En matière d'adduction en eau potable, quelque chose a été fait avec l'ONEA, pour rendre l'eau potable accessible à nos populations. Pour cette année, nous avons obtenu un forage offert gracieusement par la hiérarchie militaire et qui a été installé dans un établissement scolaire.

Nous disons merci à tous ceux qui nous ont soutenus depuis notre accession à la tête de l'arrondissement. Il y a des questions sociales que nous gérons au quotidien. Vous savez, il est très difficile pour les maires d'arrondissements, d'établir un bilan.

Mais, nous avons un programme que nous suivons et nous essayons de laisser des traces pour la postérité. Les arrondissements n'ont pas une autonomie financière. Tout est noyé dans le budget de la commune et c'est le maire central qui en est l'ordonnateur et qui délègue les crédits au niveau des arrondissements.

A notre arrivée, nous avons trouvé 41 millions de F CFA comme budget alloué à l'arrondissement. Nous avons déploré la situation. Nous avions pensé que les arrondissements allaient être autonomes mais, cela n'a pas été le cas. Donc, nous avons plaidé pour l'augmentation des allocations pour qu'on puisse réellement travailler dans l'esprit de la décentralisation.

Les moyens doivent aller à la base, aux autorités locales qui connaissent mieux les préoccupations des populations pour pouvoir les prendre en compte. De nos débats et de nos échanges, le maire central a été amené à porter le budget à 71 millions de F CFA en 2017.

Donc, de 41 millions de F CFA en 2016, on est passé à 71 millions de F CFA en 2017 et pour 2018, 112 millions de F CFA. Mais, dit comme cela, c'est comme s'il y avait une augmentation substantielle. Pourtant, ce sont des transferts de charges de ce que la mairie centrale gérait, à savoir les charges locatives et de prestations.

En ce qui concerne les investissements, nous attendons toujours de pouvoir concrètement les faire. La question de l'autonomie financière se pose avec acuité parce qu' on doit aller dans l'esprit de la décentralisation.

Nous comprenons très mal pourquoi les choses sont concentrées au niveau central pour envoyer aux arrondissements de petits budgets.

Sinon, les ressources propres de la commune en termes de recettes tournent autour de 16, 17 milliards de F CFA. Le budget lui-même est d'environ 60 milliards de F CFA avec les subventions de l'Etat et les apports des partenaires au développement.

« Les recettes propres de la commune tournent autour de 17 milliards de F CFA »

Si l'arrondissement devait mobiliser ses propres ressources financières, à combien pourrait-on les évaluer ?

Je pense que la question trouvera réponse dans une autonomie financière de l'arrondissement, parce que toutes les recettes vont directement au niveau de la mairie centrale. Les recettes propres de la commune tournent autour de 17 milliards de F CFA.

Si on divise arithmétiquement par 12, on peut avoir au moins 1 milliard de F CFA de recettes que chaque arrondissement peut générer et faire ses programmes. Je sais que les potentialités de mon arrondissement peuvent permettre d'aller au-delà du milliard.

Donc, la question se pose au niveau de l'autonomie financière. S'il y a cette autonomie, vous verrez que chacun sera obligé de travailler à avoir beaucoup de recettes pour réaliser les activités de développement et par la suite, rendre compte de ce qu'il a fait avec l'argent du contribuable.

Mais à quoi cela est-il dû ? Est-ce un problème de textes ?

Tout à fait. Laissez-moi vous dire que le Code général des collectivités territoriales comporte beaucoup d'insuffisances. Ce qui est dit dedans, est sujet à interprétation.

Ce sont les communes à statut particulier dont la gestion pose problème, du fait notamment que le maire est ordonnateur du budget. Dans ce cas, il délègue les crédits aux maires d'arrondissements. A ce niveau, c'est du bon vouloir du maire de déléguer ce qui lui convient.

Est-ce parce que vous êtes de l'opposition que vous n'êtes pas dans les bonnes grâces du maire central ?

Je ne pense pas qu'il s'agit, pour nous, d'être dans les bonnes grâces de celui-ci. Nous pensons qu'on doit faire les choses comme il se doit et telles que prescrites par les textes, pour satisfaire les populations. Nous sommes élus par les populations et cela, c'est pour assurer leur bien-être.

Alors, tout ce qui peut être fait de façon managériale pour que les populations soient à l'aise et que leurs préoccupations trouvent solutions, il convient de le faire. Nous ne demandons pas à être dans les grâces de qui que ce soit. Sinon, on irait tout simplement au MPP.

Quels sont vos rapports avec le maire central ?

Nous avons des rapports de collaboration. Sur le plan personnel, nous n'avons aucun problème avec le maire central. A contrario, dans la collaboration, dans le travail de la municipalité, il y a beaucoup de choses à dire. Depuis que nous sommes là, nous avons remarqué que le travail se fait sans concertation avec les maires d'arrondissements.

Alors que si le travail doit se faire sans concertation avec les maires d'arrondissements, il y aura naturellement des écueils. Le Code général des collectivités territoriales, en son article 331, stipule que le maire central et les maires d'arrondissements entretiennent des relations de collaboration et non des relations de hiérarchie ou de tutelle.

Ce qui veut dire que le maire central qui détient le budget, a l'obligation d'échanger préalablement avec les maires d'arrondissements pour faire des réalisations dans les arrondissements. S'il y a des actes de gestion ou des décisions à prendre, il doit le faire avec les maires d'arrondissements.

Car, c'est sur les territoires des arrondissements que tout doit se faire. Mais, nous avons malheureusement constaté que ce n'est pas le cas.

Souvent, nous sommes assis et on voit des directives qui descendent, des injonctions qui se font. Récemment, j'ai assisté à un déguerpissement manu-militari de petits commerçants installés devant le CMA du District de Bogodogo.

Je n'ai pas été associé et jusqu'à l'heure où je vous parle, j'ignore pourquoi ils ont été déguerpis. Mieux, j'ai été sur le terrain pour comprendre et le policier qui était en charge de l'opération, m'a dit qu'il a reçu des instructions ; donc, ils les exécutent. Je lui ai dit de surseoir à cela et il m'a dit ceci : « M. le maire, sauf votre respect, je ne peux pas arrêter, je dois aller jusqu'au bout ».

J'ai compris que c'était une opération minutieusement préparée et exécutée. Mais, est-ce que vous pensez que l'on peut travailler de la sorte ? Est-ce qu'il est normal d'envoyer des policiers dans un arrondissement pour un déguerpissement, à l'insu dudit maire ?

C'est dommage. S'il y avait de bonnes relations de travail, on se serait assis pour discuter. Pour les déguerpissements, je pense que s'il y a nécessité, il revient au maire d'arrondissement de le faire.

Il prend ses dispositions et s'il est en manque de moyens, il peut faire appel au maire de la commune qui a plus de moyens. Donc, si cela n'est pas le cas, c'est assez difficile. C'est un exemple que j'ai pris, mais il y a bien des cas où nous recevons des directives et des incursions dans nos arrondissements à notre insu.

Pour ce cas précis, y a-t-il des dispositions pour réinstaller les commerçants déguerpis ?

D'abord, je les ai rencontrés pour leur dire que je n'étais pas au courant de la mesure. Je vais entrer en contact avec le maire de la commune pour voir pourquoi ils ont été déguerpis et dans quelles mesures il faudra les réinstaller s'il le faut. J'ai adressé une correspondance au maire. J'ai même tenté de le joindre au téléphone mais on m'a fait savoir qu'il est en déplacement. Donc, le sort qui leur sera réservé sortira de nos échanges.

« Le maire central en fait un peu trop »

Estimez-vous que le maire central en fait un peu trop en marchant sur les prérogatives des maires d'arrondissements ?

C'est un peu cela. Il en fait trop. Il se considère comme le super-gendarme de la ville de Ouagadougou alors que dans le Code, chacun a ses prérogatives qu'il faut respecter.

Est-il possible, selon vous, que ces actions soient déjà guidées par les enjeux des prochaines élections ?

Ce sont des supputations. Je ne peux le confirmer ni l'infirmer. J'ignore l'objectif du déguerpissement par exemple. Je ne sais pas ce que cela cache ; donc, je ne peux pas dire que ce sont des coups bas politiques ni affirmer le contraire.

Dans votre arrondissement, où en est-on avec l'apurement du passif foncier ?

Merci d'aborder cette question qui est intéressante pour nos concitoyens. En effet, l'un des problèmes cruciaux que connaissent nos populations, surtout celles qui sont dans les zones non-loties, c'est de disposer d'un logement décent, donc d'une parcelle.

Vous savez que la question des lotissements, avant d'être une question de logement, est une question d'opérations d'aménagement du territoire. Ce qui s'est passé avant nous et dont nous ne sommes pas comptables, il se dit qu'il y a eu beaucoup de malversations.

En la matière, il ressort qu'il y a des gens qui se seraient accaparés de beaucoup de parcelles alors que d'autres n'ont même pas eu une seule pour bâtir de quoi se loger.

Beaucoup de choses se disent et certainement, il y a un fond de vérité là-dedans. Etant sur le terrain, nous avons nous- même vu des pratiques, par le passé, qui étaient aux antipodes de la transparence et de l'équité. A présent, il faut savoir que le

gouvernement a pris la question à bras-le-corps pour trouver des solutions. Mais, laissez-moi vous dire que ça traîne. Ç'a traîné avant notre arrivée et ça traîne toujours. Il y a eu des problèmes de par le passé, qui ont amené le gouvernement à suspendre les opérations de lotissements en 2011.

Cette suspension, comme toute suspension d'ailleurs, a pour objectif de mieux cerner le problème et proposer des solutions. Dans toute administration responsable, une mesure suspensive doit au maximum durer six mois. Parce qu'on estime qu'en six mois, on doit pouvoir se réorganiser pour faire face à un problème.

Cela fait 7 ans que cette suspension dure. C'est vrai qu'il y a eu des problèmes de stabilité entre-temps mais, nous pensons que le gouvernement, connaissant bien le problème, aurait dû en faire une priorité.

Il n'y a pas un problème de gouvernance sans solution. Pour ce qui concerne la question du logement, il y a plus de demandeurs qu'il n'y a d'espaces disponibles. Mais, nous sommes une ville qui s'étend sur plusieurs kilomètres carrés, avec une périphérie où il y a toujours de l'espace.

Il y a même des communes voisines qui ont toujours de l'espace. La question aurait pu être étudiée afin de voir comment cerner les espaces restants et apurer le passif qui, il faut le dire, est lourd.

Malheureusement, pendant que les opérations de lotissements sont suspendues, il y a des opérateurs de type nouveau qui sont en train de s'approprier des espaces, de s'accaparer des terres pour faire des lotissements à but lucratif. C'est de la pure spéculation foncière. Cela, pendant que les populations des non-lotis vivent dans des conditions exécrables. Le gouvernement a mis en place

des commissions chargées de réfléchir sur l'apurement du passif. Mais, je pense que tout cela participe du dilatoire. Le problème est connu. Il y a des institutions qui sont en place, à savoir les mairies. Pourquoi les mairies ne feraient-elles pas ce travail ?

On nous avait dit qu'à l'arrivée des maires, c'étaient eux qui allaient se charger du problème. Nous sommes arrivés mais, on entend des voix encore qui s'élèvent des organisations dites de la société civile, pour dire que les maires sont des voleurs de parcelles.

Je pense quand même que nous devons avoir la culture de l'honnêteté et ne pas verser dans des présomptions de culpabilité. Les maires qui sont là, n'ont rien à voir avec les lotissements passés. S'il y a eu merde, ce sont ceux qui étaient aux manettes.

Et vous savez qu'à Ouagadougou par exemple, ceux qui étaient aux manettes sont au cœur du pouvoir actuellement. Ils connaissent les réalités et doivent avoir une nette vision pour une solution définitive. Je ne comprends donc pas pourquoi on est en train de faire du dilatoire et de berner les populations.

Si on a de la volonté, on peut avoir les moyens. Comme quelqu'un aime à le dire: « Where there is a will, there is a way » (ndlr : là où il y a de la volonté, il y a un chemin). Je pense donc que c'est une question de volonté et c'est le gouvernement qui a la clé de la solution.

Quel est, selon vous, le procédé idéal qui peut permettre de résoudre cette question du passif du foncier et permettre à ceux qui n'ont pas de parcelle d'en bénéficier ?

La solution idéale, c'est voir, à travers un audit, qui sont ceux qui ont été brimés. Par rapport à cela, quelle réparation il faut leur apporter. Cette réparation serait de leur attribuer une parcelle.

Dans nos zones et tout autour de Ouagadougou, il y a toujours de l'espace. Dans nos communes rurales, on peut explorer des pistes. Les autorités centrales et les autorités locales peuvent se mettre d'accord pour trouver de l'espace et reloger les gens si tant est que l'espace qui est au centre, ne suffise plus pour tout le monde.

Mais, si cela ne se fait pas et que parallèlement il y a des opérateurs immobiliers qui sont en train de s'accaparer des terres, je me demande à quoi on en arrivera avec cette nouvelle forme de spéculations. Beaucoup de spéculations sont faites autour de la question.

A Karpala, par exemple, il y a des parcelles acquises depuis 1995 et qui, jusque-là, ne sont pas mises en valeur. Alors, la question que l'on est en droit de se poser est la suivante : fait-on la promotion du droit au logement ? Ou fait-on simplement de la pure spéculation foncière ?

En ce qui concerne votre arrondissement, croyez-vous que si la mesure de suspension est levée, vous serez en mesure de répondre aux besoins ?

Je ne peux pas le dire, parce qu'à présent, je ne connais pas la situation de façon précise. Mais, lorsque cela arrivera, nous agirons avec toutes les composantes de la population pour qu'il y ait de la transparence. Il faut le dire, la question des parcelles cristallise pas mal de tensions.

Pour ceux qui en ont besoin pour se bâtir une demeure, c'est une question de vie ou de mort. Pour d'autres, il s'agit de faire des réalisations pour avoir des garanties.

C'est donc pour eux, une mine à explorer alors que tout ce qui est minerai, attise des convoitises et soulève naturellement des passions et des tensions. La question n'est pas si simple mais, pour moi, il n'y a pas de problème sans solution.

« Nos devanciers ont échoué en matière d'urbanisation »

Lorsque vous parliez de solutions pour l'apurement du passif foncier, vous avez dit qu'il y avait encore de l'espace au niveau des périphéries et même au-delà. Mais, pour certains, ce serait étendre inutilement la ville.

Les problèmes que nous connaissons aujourd'hui, traduisent les échecs des différentes politiques en matière d'urbanisation. Nos devanciers ont échoué en matière d'urbanisation.

C'est une question de vision. Quand vous dites qu'on étend inutilement la ville, je ne suis pas de votre avis. L'extension de la ville peut être l'expression d'une vision politique. La restriction de la ville peut aussi être l'expression d'une vision politique.

La question, c'est ce qui a été pris comme option. Il faut faire des options. Aujourd'hui, nous sommes face à un problème où on ne peut plus parler de restriction de la ville.

Si vous prenez Ouagadougou dans ses limites actuelles, c'est-à-dire les 12 arrondissements, c'est déjà étendu. Je ne pense pas que la ville est la mégapole la plus étendue au monde. Il y a des mégapoles qui s'étendent sur 200 kilomètres. C'est une question de vision et de volonté politiques.

A chaque fois que la saison pluvieuse s'installe, Karpala devient difficile d'accès. En attendant encore la saison des pluies, que faites-vous en termes d'aménagements pour éviter les inondations ?

Permettez-moi de vous dire que Karpala sera le meilleur quartier de la ville de Ouagadougou. Cela, c'est moi qui vous le dis. Cela ne dépend pas de moi seul.

Avec le gouvernement, il y a beaucoup de choses qui sont réservées à l'arrondissement 11. Bientôt, vous allez voir le démarrage de certains chantiers pour le bitumage des voies et pour la construction de certains ouvrages de franchissement.

Nous aurons un canal qui coupe l'arrondissement en deux et il nous faut des ouvrages de franchissement à certains endroits. Les perspectives pour l'arrondissement 11 sont bonnes et nous travaillons à cela.

Nous invitons le gouvernement, particulièrement le ministère de l'Urbanisme et celui des Infrastructures, à s'impliquer pour faire en sorte que les populations de Karpala puissent disposer de voies bien aménagées afin que l'arrondissement 11 soit urbanisé comme il se doit.

C'est depuis 1995 que le lotissement qui a donné le nom de Karpala, a été fait. Actuellement, nous n'avons que des bouts de goudron. Donc, beaucoup de choses sont à revoir.

Quelles sont les difficultés que vous rencontrez dans l'exercice de votre fonction de maire ?

Les difficultés que je rencontre sont inhérentes d'abord à la fonction de maire, et je pense que beaucoup de maires ont les mêmes difficultés que moi.

Quand vous êtes maire, vous êtes président du Conseil municipal. Donc, c'est comme si vous êtes à la tête d'un gouvernement local. Vous devez connaître les questions transversales et leur trouver des réponses. Au niveau de notre arrondissement, nous avons une paupérisation de nos populations.

Donc, il y a des questions sociales auxquelles nous faisons face tous les jours. Les populations ne comprennent pas comment les choses fonctionnent et nous acculent avec des problèmes sociaux pour lesquels elles veulent que nous trouvions des solutions tout de suite.

C'est une catégorie de personnes ; je ne généralise pas. C'est une question de mentalités aussi. Les gens n'ont pas une claire compréhension du rôle du maire. Même au sein du Conseil municipal, il y a souvent des conseillers qui ignorent les rôles des uns et des autres.

Nous nous évertuons à faire des formations. Il y a aussi l'esprit de la décentralisation que des autorités et pas des moindres, sont souvent amenées à dévoyer. Quand vous prenez les textes d'orientation de la décentralisation, le Code général des collectivités territoriales, tout est bien écrit, noir sur blanc ; tout devrait fonctionner normalement, mais la mise en œuvre pose problème. Il y a deux semaines, le gouvernement a rencontré les maires à Ouaga 2000, pour leur expliquer comment le PNDES doit être opérationnalisé et requérir nos préoccupations. Nous avons surtout parlé de transfert des compétences.

En réalité, tout ce qui se fait sur le territoire, devait être fait par les maires, mais on voit des ministères qui interviennent dans les mairies à l'insu du maire. Ou juste pour l'information, on dit « monsieur le maire, on vient faire ça chez vous », s'ils en ont la courtoisie.

Donc, il y a des immixtions des ministères au sein des arrondissements, alors qu'il devrait y avoir un transfert de compétences. Cela a été écrit et recommandé pour que tout ce qui doit être fait, les maires soient fortement impliqués. Ils doivent être les maîtres d'ouvrages.

Je pense qu'il faut donner un pouvoir réel aux maires, pour qu'ils puissent prendre des initiatives dans le cadre du développement. Souvent, nos initiatives sont découragées et rabrouées. Nous avons la conviction que le développement sera local ou ne le sera pas.

Est-ce que vous sentez un soutien de la part de votre parti, l'UPC ?

Nous sommes accompagnés. Mais je dois dire que le parti politique n'a pas pour rôle d'accompagner le maire dans l'exercice de ses fonctions, parce que le maire est élu pour tout le monde. Moi, je ne suis pas seulement le maire de l'UPC.

Je suis le maire de tous, pour ce qui est de notre arrondissement. Donc, c'est tout le monde qui doit nous accompagner. Le parti, de façon naturelle, doit me soutenir car si j'échoue, on dira que je portais l'étendard de tel parti.

Dans notre approche, en tant que maire, nous ne sommes pas partisans. Nous avons un travail administratif qui se veut être au-dessus de toutes les considérations politiques. Nous avons une mission de développement qui doit prendre en compte toutes les composantes de notre arrondissement.

Dans quel camp vous situez-vous au sein de votre parti, au regard des dissensions qui ont conduit à la création du groupe parlementaire UPC/RD à l'Assemblée nationale ?

D'abord, je déplore cette situation qu'on a vécue. Je rectifie, ce n'est pas un camp dans le parti. UPC/RD, c'est à l'Assemblée nationale ; l'UPC reste une et indivisible. Il peut y avoir des départs et des arrivées, mais l'UPC reste l'UPC.

Je suis dans l'UPC, je ne suis pas dans un camp. Au niveau du Parlement, des camarades ont eu des aspirations dont le fondement est leur intérêt personnel. Ils se sont regroupés et nous sommes en train de les observer. Du reste, le Bureau politique national a pris des mesures.

Quel regard portez-vous sur la gestion du pouvoir par le MPP ?

D'abord, il faut reconnaître que depuis deux ans, il y a une certaine stabilité. C'est un mérite que je concède au pouvoir et je le félicite pour cela. Par contre, en matière d'attentes des populations, beaucoup de choses restent à faire.

De mon point de vue, après l'insurrection populaire, le pouvoir qui est là devait faire en sorte que les aspirations qui ont amené le peuple à se révolter, soient prises en compte et rapidement. Deux ans sont passés, nous avons vu si peu de choses en la matière.

Ce qui fait qu'à présent, il y a toujours la grogne sociale, ce sont les attentes toujours pressantes. C'est dommage qu'il y ait certains discours qui accablent l'opposition. En réalité, le MPP a un contrat social avec les populations et les gens sont regardants sur ce contrat social.

Si ces attentes ne sont pas prises en compte, cela conduit à certains comportements. Je crois que le MPP a intérêt à affronter les vrais problèmes pour lesquels il a été élu au lieu de penser qu'il y a un pyromane quelque part. Nous sommes tous Burkinabè, fiers de l'être et prêts à contribuer au développement de la patrie.

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