13 Février 2018

Congo-Kinshasa: Conseil de sécurité - Fougueuses saillies verbales entre Nikki Haley et She Okitundu

« Pas besoin d'un soutien de la communauté internationale au processus électoral s'il est sorti de certaines conditions », a déclaré le 12 février, le chef de la diplomatie congolaise, lors d'une réunion informelle sur le processus électoral en RDC. Propos mal digérés par l'ambassadrice des Etats-Unis à l'ONU qui a indiqué plutôt attendre des autorités congolaises des actions positives allant dans le sens de faire aboutir le processus électoral.

La réunion informelle du12 février, au Conseil de sécurité de l'ONU sous le concept « Arria » qui donne aux Etats membres la possibilité de discuter directement avec les représentants des gouvernements et d'organisations internationales sur un sujet particulier, s'était articulée autour du processus électoral en RDC. L'occasion était belle pour Léonard She Okitundu (vice-Premier ministre congolais en charge des Affaires étrangères) de lever certaines équivoques en rapport avec la gestion politique du pays, particulièrement sur la question des droits de l'homme.

A ce sujet, la RDC passe toujours dans l'opinion internationale comme un mauvais élève, nonobstant son siège acquis de haute lutte au Conseil international des droits de l'homme basé à Genève. En première ligne de la contestation de l'engagement de la RDC à respecter les libertés publiques figurent les Etats-Unis d'Amérique. Toujours pas rassuré quant à la manière dont la RDC gère ce secteur hautement sensible, Washington ne rate plus une seule occasion pour tirer sur Kinshasa.

Une enquête sans réel engagement

Au cours de cette réunion stratégique du Conseil de sécurité, Nikki Haley qui a présidé la séance en a profité pour dénoncer l'inertie du gouvernement congolais dans la conduite de l'enquête destinée à faire la lumière sur l'assassinat, au Kasaï central, le 12 mars 2017, de deux experts de l'ONU. L'enquête évoluerait, selon l'ambassadrice américaine à l'ONU, en dents de scie, sans un réel engagement à faire accélérer le dossier. Elle a même indiqué avoir transmis au chef de l'Eta, Joseph Kabila, depuis octobre 2017, une liste de noms d'individus impliqués dans ce meurtre. Il s'en est suivi aucune réaction, ni une action sérieuse. Bien plus, a-t-elle noté, les révélations de "RFI" et "Reuters", mettant en cause des agents de l'Etat présumés impliqués dans l'organisation de la mission ayant coûté la vie aux deux experts précités, n'ont pas donné lieu à des investigations sérieuses de la part des autorités congolaises compétentes, ni à des interpellations.

Des accusations jugées excessives par le vice-Premier ministre congolais qui a tenu, séance tenante, à recadrer son homologue américain. Pour Léonard She Okitundu, il serait maladroit de chercher à impliquer l'autorité politique congolaise dans ce double meurtre qui demeure de la responsabilité des insurgés de Kamuina Nsapu. Et d'assurer quant à la poursuite de l'enquête et sur l'engagement des autorités congolaises à lutter contre l'impunité. L'officiel congolais s'est, pour ce faire, livré à un plaidoyer sur l'engagement de son pays en faveur de la paix, en rejetant en bloc toutes les affirmations en rapport avec la précarité de la situation des droits de l'homme. « La RDC n'est pas l'enfer des droits de l'homme qu'on présente à tort (... ) Nous n'avons jamais fait des exécutions extrajudiciaires, ni détenu des politiques en secret. Ce sont des accusations graves et il faut des preuves conséquentes pour les justifier », a déclaré le patron de la diplomatie congolaise.

« La RDC n'est pas l'enfer des droits de l'homme »

She Okitundu a ajouté que certains auteurs qui ont commis des abus pendant les récentes manifestations sont traduits en justice pour qu'ils répondent de leurs actes. Il a, de ce fait, balayé toutes les allégations de Human Right Watch et d'autres ONG qui ont l'habitude de charger la RDC sur ce registre de respect des droits de l'homme. Quant à la mise en œuvre de l'accord de la Saint-Sylvestre, il estime qu'il n'y a pas lieu d'en parler puisqu'en ce qui concerne les mesures de décrispation, « c'est déjà fait ou presque, du moins du côté gouvernemental ». Et de poursuivre que son gouvernement a réussi à améliorer la situation sécuritaire pour pouvoir garantir la tenue des élections dans un climat de paix.

Toutefois, la grande déclaration de She Okitundu, qui fait jaser jusqu'aujourd'hui, tient au peu d'intérêt manifesté par rapport à l'aide internationale pour la tenue des élections. « La République démocratique du Congo considère que les élections relevant du domaine de souveraineté nationale, [leur] financement est totalement pris en charge par le gouvernement de la République », a-t-il affirmé. «Toutefois, si contribution il y aura, aucune conditionnalité ne sera acceptée », a-t-il lâché. La réplique de l'ambassadrice américaine ne s'est pas faite attendre. « Ce qu'on apprécierait, ce serait des actions positives de la RDC, pas que vous hurliez sur les évêques ou blâmiez tous les autres, mais que vous compreniez que votre administration est aujourd'hui responsable de la souffrance de votre peuple », a-t-elle rétorqué, avant de rassurer sur l'engagement de la communauté internationale à aider la RDC à sortir de sa crise politique.

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