14 Février 2018

Congo-Kinshasa: Enquêtes sur l'assassinat de deux experts de l'ONU - Kinshasa pris à partie

Lundi dernier, à New-York, Nikki Haley, ambassadrice des USA à l'ONU a recadré le chef de la diplomatie congolaise au sujet du flou qui continue à entourer l'enquête sur l'assassinat en 2017 de deux experts de l'ONU dans le Kasaï. Washington soupçonne une mauvaise foi de Kinshasa qui ne se montre pas coopératif quand il s'agit de faire toute la lumière sur ce double meurtre. Les USA ont décidé d'accentuer leur pression pour faire avancer l'enquête. Kinshasa se trouve donc pris à partie de manière ouverte.

Lundi dernier au siège des Nations unies, aux Etats-Unis, il n'était pas question que du processus électoral. En effet, après plusieurs recoupements, l'assassinat de deux experts de l'ONU en 2017 dans le Kasaï s'est également invité sur la table des discussions.

A première vue, la question n'était pas retenue à l'ordre - l'essentiel des échanges ayant été réservé au processus électoral. D'où, la présence dans la salle de Corneille Nangaa, président de la Commission électorale nationale indépendante (Céni).

Mais, il a fallu que Léonard She Okitundu, le chef de la diplomatie congolaise, égratigne le sujet pour que la représentante des Etats-Unis à l'Onu se mette dans tous ses états. Nikki Haley n'a pas apprécié la légèreté avec laquelle She Okitundu a abordé la question de l'enquête diligentée par les Nations unies - qui évolue d'ailleurs en dents de scie autour de l'assassinat de deux experts des Nations unies.

A New-York, tout comme à Washington, on est convaincu que Kinshasa cherche à étouffer la vérité. En témoigne son attitude désintéressée au travail censé être accompli sur le terrain par l'équipe d'enquêteurs mandatés par les Nations unies. A New-York, Nikki Halley a tonné, révélant dans la foulée avoir transmis au président Joseph Kabila, lors de son dernier passage à Kinshasa, une liste de personnes directement impliquées dans ce meurtre. Depuis lors, a-t-elle indiqué, cette lettre est restée lettre morte. Les attentes autant des Etats-Unis que de l'ONU sont donc restées vaines. En effet, les Etats-Unis tiennent à ce que les choses bougent - et dans le bon sens. Mais, à Kinshasa, les autorités exercent une pesanteur qui retarde tout avancement sur le terrain.

A New-York, She Okitundu a cherché à esquiver la question en se réfugiant une fois de plus derrière les miliciens du grand chef KamuinaNsapu qu'il continue à considérer comme principal responsable du drame du Kasaï qui a valu la mort de deux experts onusiens. Une hypothèse qui n'emballe pas la communication internationale.

C'est pourquoi Nikki Haley n'a pas hésité à faire allusion à la lettre qu'elle a transmise directement au président Kabila, sans interférence aucune, en octobre 2017.« En ce qui concerne le meurtre, demandez au président Kabila ce qu'il a fait de ma liste. Je lui ai donné une liste et il n'a pris aucune mesure. Cette liste est ce que nous considérons comme devant faire l'objet d'une enquête. Et c'est une liste très sérieuse en référence à la mort de ces deux personnes »,a affirmé Nikki Haley, fixant Léonard She Okitundu dans les yeux.

RFI, qui a cherché à pénétrer cette énigme, est allée beaucoup plus loin en indiquant que, selon un porte-parole de la représentation américaine à l'ONU, il s'agit en fait d'une liste « vérifiée » d'individus impliqués dans le meurtre de l'Américain Michael Sharp et de la Suédoise Zaïda Catalan. « Mais à ce jour, aucune action sérieuse n'a été prise ni par le président Kabila, ni par le gouvernement de la RDC pour enquêter et arrêter les personnes impliquées », a confié encore ce porte-parole à RFI. Une attitude méprisable que la communauté internationale a condamnée fermement par la voie de Nikki Haley.

La Suède, qui a perdu l'un de ses compatriotes dans cet assassinat, a également levé le ton, dénonçant par l'un de ses avocats, de nombreux goulots d'étranglement dressés par Kinshasa sur le chemin du procureur Robert Petit et des experts nommés par le Secrétaire général de l'ONU pour suivre l'enquête congolaise. Selon cet avocat, cité par RFI, les principaux témoins et suspects - sans doute ceux figurant sur la liste secrète remise en octobre 2017 au président Kabila - étaient déplacés dans la capitale congolaise chaque fois que l'équipe du procureur Petit cherchait à les interroger.

Loin de New-York, c'est plutôt à Kinshasa que Léonard She Okitundu a trouvé sa défense. C'est le tout bouillant Lambert Mende Omalanga, porte-parole du gouvernement, qui s'est chargé de répondre d'une certaine manière à Nikki Haley.

Interrogé par Radio Okapi sur la faible implication du chef de l'Etat, malgré la lettre lui transmise par Nikki Haley, Mende a trouvé des mots pour justifier cette attitude.

« En RDC comme aux USA, ce n'est pas le président de la république qui finalise les enquêtes criminelles. Donc, le président n'a pu que transférer cette liste à la justice qui est en train de siéger sans désemparer sur tous les crimes commis au Kasaï, y compris les crimes qui ont coûté la vie à ces deux malheureux enquêteurs des Nations Unies. Et comme le temps de la justice n'est pas celui des politiciens ou des diplomates, qu'est-ce que vous voulez que nous fassions? La justice est en train de faire son travail, elle est indépendante », a tranché Lambert Mende, épargnant le chef de l'Etat de toute obstruction dans le travail que mène le procureur Robert Petit et son groupe d'experts commis par les Nations unies.

Quoi qu'il en soit, l'attitude de Kinshasa étonne plus d'un. Pourquoi craint-il autant cette enquête onusienne ? Que cherche-t-il réellement à dissimuler ?

Lundi dernier à New-York, She Okitundu a eu chaud. Pris en sandwich, le chef de la diplomatie congolaise a eu du mal à se soustraire des griffes de l'ambassadrice des Etats-Unis aux Nations unies. Et ce n'est pas de sitôt que Kinshasa se débarrassera du double meurtre de deux experts de l'ONU.

Au siège des Nations unies, on est déterminé à aller jusqu'au bout. Et les Etats-Unis ne s'y opposent pas. Bien au contraire. Lundi dernier, Nikki Haley l'a prouvé en rompant le secret du deal qu'elle a conclu en octobre dernier avec le président Kabila. Après ses déclarations, on doit s'attendre à de nouveaux rebondissements dans cette affaire. A Kinshasa de bien se tenir lorsque la foudre américaine s'abattra sur lui.

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