14 Février 2018

Cameroun: Commémoration - Nsam, il y a 20 ans

Ce qui était apparu aux populations du quartier comme « une manne tombée du ciel » s'est ensuite transformé en tragédie, le 14 février 1998.

Pour le jeune reporter de l'époque démarrant sa carrière de journaliste, la catastrophe de Nsam fut un baptême du feu. Au sens propre comme au figuré. Rien en effet ne laissait présager que ce samedi-là, programmé comme une ballade de santé au sein de la rédaction, suite à la prise de service de la veille, elle-même découlant d'un récent détachement du ministère de la Communication, se transformerait en une longue et éprouvante journée de travail. Sur le plan émotionnel principalement.

La journée s'annonçait pourtant radieuse. Pleine de promesses pour la fête des amoureux, la Saint-Valentin, que l'on célébrait ce jour-là. Le soleil était en avance, dardant ses rayons sur la capitale dès l'aurore. La ville s'était vidée de certains de ses habitants à la noce, suite à la nomination d'un frère, ami ou connaissance dans le gouvernement du 7 décembre 1997. Tout semblait si beau, annonçant des lendemains qui chantent. Mais c'était compter sans les plans diaboliques de l'enfer.

Selon plusieurs témoignages concordants, tout commence vers 9h par la collision de deux wagons citernes non loin du dépôt de la Scdp situé dans le quartier, non loin de la gare de Mvolyé. Aussitôt mises au parfum de l'échappement de l'essence Super de l'une des citernes, populations riveraines et passants s'empressent d'agrandir l'ouverture pour se servir à leur guise.

Ni les mises en garde du chef de dépôt Scdp de l'époque, Jacques-Simon Ela, disant sentir venir le danger ; ni les interventions de quelques éléments des forces de l'ordre présents sur le site ne les dissuadent d'abandonner leur périlleuse entreprise.

Pendant quatre heures, la foule ne cesse de grossir, puisant dans des bidons, seaux, marmites, assiettes... ce qu'elle qualifie de « manne tombée du ciel ».

Chauffeurs de taxi et d' « opep », motocyclistes, ménagères, piétons, fonctionnaires entrent au fur et à mesure dans la danse. Soit pour se ravitailler, soit par curiosité. Ils en font tant et si bien que tout le secteur, le sol et les plantes y compris, se retrouve imbibé de carburant.

C'est aux alentours de 13h - 13h15 que retentit une explosion, sonnant tragiquement la fin de cet acte d'incivisme. C'est le début d'un incendie d'une rare violence. Nourries par la nature même du combustible, -l'essence Super connue pour être très volatile-, les flammes se propagent rapidement.

Les secours s'organisent. Il aura fallu l'intervention tous azimuts des pompiers, de la sécurité de la Scdp, des forces de l'ordre, la Croix-rouge et des populations elles-mêmes pour isoler la zone, circonscrire le feu et évacuer les victimes. Sur le champ, les estimations des sapeurs pompiers, forces de l'ordre et hôpitaux font état de près de 70 morts et de plus de 150 grands brûlés.

Les corps retirés des décombres sont méconnaissables. Des restes humains carbonisés, collectés ici et là sur les lieux par les sapeurs pompiers et impossibles à identifier, font penser que certaines victimes ont pu être complètement calcinées ou réduites en cendres.

Des dizaines de rescapés, brûlés gravement pour la plupart ont été internés dans des hôpitaux de Yaoundé et Douala, et pris en charge par le couple présidentiel.

Des fonds ont été remis aux familles pour l'inhumation des morts. Les jeunes en âge scolaire ont reçu durant de longues années le soutien duCERAC. Il faudra une véritable battue des forces de l'ordre dans les maisons du quartier, le même soir pour en extirper les centaines de récipients d'essence cachés.

En fin des comptes, le bilan officiel de cette tragédie mémorable fait état de 250 morts. Des morts inutiles et évitables.

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