16 Février 2018

Congo-Kinshasa: Témoins de l'horreur - Le sort des femmes démontre pourquoi la RDC a plus que jamais besoin de soutien

Esther Kadjanza est née à Kamonia il y a 70 ans. Comme de nombreux habitants de son village, elle s'est enfuie lorsque des combattants de la milice Kamuina Nsapu l'ont attaquée en avril 2017, décapitant notamment son mari et un de ses fils.

S'occupant à présent des dix enfants de son fils, elle est à la tête d'un grand foyer - un lourd fardeau à son âge. Elle espérait trouver refuge dans le village de Kabilemgu, à deux jours de marche (60 km) de Kamonia, mais tout ce qu'elle découvrit fut, plus de destruction et de désolation, avec des habitants qui fuyaient en masse.

"Je n'avais plus la force de bouger, et je pensais que j'allais mourrais là. Mais c'était tellement dangereux que nous devions aller nous cacher dans la forêt, avec seulement des feuilles et des baies sauvages pour nous nourrir. Quand nous sortions de la forêt pour retourner à Kabilemgu, nous trouvions des cadavres décapités sur la route.

Alors je me suis cachée dans la forêt pendant trois mois. Ensuite je suis retournée à mon Kamonia parce que les autorités civiles nous ont dit que la sécurité y était revenue. Me voilà de retour mais je n'ai plus de mari, plus de fils. Et ma maison a été détruite alors je dois rester dans la maison d'une famille qui se cache encore dans la forêt", dit-elle avec un mélange de désespoir et d'exaspération.

Avant que la violence n'éclate mi-2016, la population du Kasaï n'avait jamais connu l'aide humanitaire. En 2017, la nourriture du PAM est arrivée comme une bénédiction, disent les gens ici. Esther aussi est reconnaissante, mais se demande combien de temps elle sera capable de faire face avec de la nourriture limitée pour un si grand ménage.

« Une intensification importante et soigneusement planifiée de nos opérations nous a permis d'aider 400 000 personnes très vulnérables en décembre 2017, la plupart dans des endroits difficiles d'accès » explique Claude Jibidar, Directeur du PAM en RDC.

Mais avec des financements très limités, nous avons dû nous en remettre en grande partie à des fonds internes du PAM. Ils sont à présent presque épuisés. Et parce que nous n'avons pas assez de ressources, nous n'avons pu fournir que des demi-rations ce qui est particulièrement insuffisant vu la gravité de cette crise "

En plus d'être déficitaires du point de vue nutritionnel, les demi-rations sont moins incitatives pour ceux qui se cachent encore dans la forêt à retourner dans leurs villages et à reprendre leurs activités dans les champs. Ces retournés pourraient pourtant aider à restaurer un certain niveau d'autosuffisance alimentaire au Kasaï.

Tantine Ngalula est arrivée à Kamonia en juin 2017, à la suite d'une attaque contre son village, Tshembe, qui a coûté la vie à son mari et à trois de ses enfants.

Elle aimerait rentrer chez elle - ce qui prend deux semaines à pied - mais n'a aucune nouvelle de la situation sécuritaire là-bas. Et elle n'a pas d'argent pour voyager.

Malgré cela, elle est "pleine de joie" pour le moment, dit-elle, car elle va bien manger grâce à la nourriture du PAM.

A présent elle loge dans une église de Kamonia avec ses quatre enfants survivants. Elle vend des feuilles de manioc, gagnant environ 1 500 francs congolais (1 dollar américain) par jour.

Ce n'est pas suffisant pour nous nourrir tous" dit-elle. "Les distributions sont arrivées au bon moment, et je suis très reconnaissante pour cela. Malheureusement, les rations que nous recevons s'épuisent après deux semaines, si bien que les enfants ont faim pendant le reste du mois. Je suis inquiète parce que certaines églises manquent d'argent et ont commencé à refouler des personnes déplacées."

Le PAM a besoin de 94 millions de dollars pour répondre aux besoins urgents des 3,2 millions de personnes dans la région du Kasaï, en ce compris 400 000 enfants souffrant de malnutrition aiguë sévère qui risquent de mourir. «Si les bailleurs de fonds prennent suffisamment de mesures dès maintenant, nous pourrions reprendre les rations complètes fin février, permettant à une masse critique de retournés de préparer leurs champs pour la prochaine saison des semis », explique Jibidar.

"A sont tour, cela favoriserait un retour de l'autosuffisance alimentaire et réduirait le risque de voir le Kasaï dégénerer en une catastrophe humanitaire à long terme qui affecte déjà d'autres parties de la RDC ".

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