17 Février 2018

Sénégal: Innovation financière et technologique - Le oui des experts assorti de réserves

Les innovations financières et technologiques peuvent avoir des effets positifs sur l'économie. Mais si elles ne sont pas encadrées, elles risquent de déréguler le système. C'est ce qu'ont soutenu, en chœur, hier, des experts lors du colloque portant sur la problématique de la régulation des innovations financières et technologiques organisé par l'Institut supérieur de finance (Isf) en collaboration avec le Laboratoire d'Analyse de recherche et d'études du développement (Lared).

Elles s'appellent Bitcoin, Dash, Monero, Augur... Et on en compte plus de 600 à travers le monde. Au Sénégal, la plus connue, c'est Orange Money. On l'aura compris, on parle des monnaies électroniques appelées encore monnaies virtuelles ou crypto monnaies. Elles ont fini d'étendre leurs tentacules au point d'occuper une place importante dans l'économie mondiale et l'exemple le plus connu est sans aucun doute le Bitcoin qui supporte, aujourd'hui, un flux monétaire de plus de 3 milliards de dollars. A ce rythme, les échanges financiers traditionnels risquent de se retrouver profondément bouleversés avec tous les risques de dérégulation que cela peut entraîner (nouvelles bulles spéculatives, émergence de nouveaux monopoles privés sur les moyens de paiement... ).

Pour l'Institut supérieur de finance (Isf), l'essor des monnaies privées et des innovations financières fondées sur la cryptographie offre autant de risques que d'opportunités aux banques centrales. Cependant, il existe une course-poursuite entre les régulateurs qui cherchent à limiter l'instabilité financière et les acteurs financiers qui innovent pour contourner les régulations mises en place par les autorités. Face à cette situation, l'Uemoa a développé des dispositifs sur le secteur financier et bancaire. Et, c'est l'évaluation desdits dispositifs qui est au cœur du colloque international, tenu, hier, à Dakar, à travers le thème : « Innovation financière et technologiques et régulations dans les secteurs bancaire et financier ».

Organisée par l'Isf en collaboration avec le Laboratoire d'analyse de recherche et d'études du développement (Lared), cette rencontre a regroupé acteurs du monde professionnel et universitaires. Pour Pape Diallo, Directeur général de l'Isf, « ce colloque vient à son heure » en ce sens qu'il devrait permettre de trouver des esquisses de solutions pour une régulation optimale du système financier et bancaire ouest africain. « Avec la mise en place, dans l'espace Uemoa, des normes Bâle 2 et Bâle 3, depuis le 1er janvier 2018, ce cadre de réflexion offre l'opportunité remarquable aux participants de raisonner sur l'impact de ces nouvelles réformes sur le dispositif financier et bancaire, sur le financement de l'économie et sur la croissance », a-t-il déclaré.

Quant au Pr Thierno Thioune, parlant au nom du président du Comité scientifique du colloque, le Pr Moustapha Kassé, il a convoqué l'histoire de la théorie économique pour démontrer que la relation entre les innovations financières qui sont souvent associées à des marchés libéralisés et la stabilité macroéconomique, constitue une problématique économique lancinante. Après la crise financière de 2007-2008, estime-t-il, les « banques devraient jouer un rôle majeur en faisant preuve d'ingéniosité pour lutter contre l'émergence de crises à travers leur prise de risque excessive et la multiplication d'innovations financières opaques ».

Trouver un équilibre entre régulation et innovation

Le Directeur national de la Bceao pour le Sénégal a abondé dans le même sens rappelant que la grande crise financière d'il y a dix ans, est suffisamment récente pour édifier sur le triptyque innovation-crise financière-réglementation. Selon Mohamed Al Aminou Lô, les innovations, aussi loin qu'on puisse les retracer dans l'histoire de l'humanité, « répondent, de façon primaire, à des besoins d'amélioration des conditions de vie et de travail, par le biais de la productivité, de l'utilité sociale ou de l'accumulation de richesses ». Cependant, a-t-il rappelé, « dans les activités financières, les effets positifs induits ne peuvent pas occulter les risques intrinsèques aux produits et services financiers ».

C'est cette appétence au risque des intermédiaires financiers en vue d'accroître leurs profits qui justifie, selon lui, l'intervention du régulateur et du superviseur pour éviter la survenance d'une crise systémique ou pour en limiter l'ampleur mais aussi juguler les tentatives de blanchiment de capitaux ou de financement terroriste. Mohamed Al Aminou Lô est d'avis que les innovations financières et technologiques présentent des possibilités étendues d'accompagner les économies des pays de l'Uemoa. Seulement, il pense qu'il faut que les institutions financières veillent à ne pas s'engager dans des comportements non scrupuleux tels que ceux qui ont prévalu dans le cas des actifs toxiques vendus à leur clientèle et ayant débouché sur la crise des subprimes aux États-Unis.

Ismaëla Guèye, Coordonnateur de la Direction des Services financiers et de la Compétitivité au ministère de l'Économie, des Finances et du Plan ne dit pas autre chose. A l'en croire, les innovations financières constituent un progrès social indéniable et méritent tout l'appui des autorités. Cependant, il a invité à ne pas oublier l'épisode de la crise financière de 2007-2008 qui a montré les dangers de l'innovation financière dans un contexte de dérégulation généralisée. Pour éviter cette mauvaise expérience aux pays de l'Uemoa, il a soutenu que l'option a été de « trouver le bon équilibre entre régulation et innovation de manière à tirer profit des avantages des innovations financières tout en préservant la stabilité et l'intégrité de notre système financier ».

Sénégal

CM 2022 - Des entreprises du BTP au Qatar versent plus de 6 milliards et demi aux travailleurs migrants (médias)

Ekaterinbourg (Russie), 23 juin (APS) - Les travailleurs migrants au Qatar recevront une enveloppe de 12 millions de… Plus »

Ne ratez pas ce que tout le monde regarde

Copyright © 2018 Le Soleil. Droits de reproduction et de diffusion réservés. Distribué par AllAfrica Global Media (allAfrica.com). Pour toute modification, demande d'autorisation de reproduction ou de diffusion, contactez directement le propriétaire des droits en cliquant ici.

AllAfrica publie environ 800 articles par jour provenant de plus de 140 organes de presse et plus de 500 autres institutions et particuliers, représentant une diversité de positions sur tous les sujets. Nous publions aussi bien les informations et opinions de l'opposition que celles du gouvernement et leurs porte-paroles. Les pourvoyeurs d'informations, identifiés sur chaque article, gardent l'entière responsabilité éditoriale de leur production. En effet AllAfrica n'a pas le droit de modifier ou de corriger leurs contenus.

Les articles et documents identifiant AllAfrica comme source sont produits ou commandés par AllAfrica. Pour tous vos commentaires ou questions, contactez-nous ici.