19 Février 2018

Guinée Equatoriale: Affaire biens mal acquis à la Cij - Ping-pong judiciaire entre Paris et Malabo

analyse

C'est à un véritable ping-pong judiciaire que l'on assiste entre la France et la Guinée équatoriale. En effet, depuis la condamnation, en octobre 2017, de Teodorin Obiang, le fils du président Obiang Nguema, par ailleurs vice-président de son pays, à trois ans de prison avec sursis assortis de 30 millions d'euros, la tension reste très vive entre Paris et Malabo. Que reproche-t-on à Teodorin Obiang ?

La Justice française l'accuse d'avoir pillé les caisses de l'Etat équato-guinéen pour s'acheter des propriétés somptueuses dans les endroits les plus chers au monde. Dénonçant une violation de l'immunité dont doit bénéficier son vice-président, la Guinée équatoriale a contre-attaqué en demandant à la Cour internationale de justice (CIJ) d'exiger l'abandon des poursuites judiciaires à son encontre.

Toute chose qui a pour but « de ralentir voire de paralyser la procédure pénale en France », estiment les autorités hexagonales qui, à l'occasion de ces audiences publiques à la Haye, ont sorti l'artillerie lourde ; en témoigne la présence du professeur émérite, Alain Pellet, de l'Université Paris Nanterre dans la délégation. S'appuyant sur la Convention des Nations unies contre la criminalité transnationale organisée, la délégation française soutient que la CIJ n'a pas compétence pour connaître de cette affaire de « biens mal acquis » qui, en plus du fils, implique également le père.

Ce n'est pas demain la veille que Paris et Malabo fumeront le calumet de la paix

C'est dire donc que c'est une véritable manche judiciaire qui s'est ouverte hier, à la Haye. En attendant le deuxième tour des plaidoiries prévu pour les mercredi et vendredi prochains, la parole revient aujourd'hui, 20 février, au camp équato-guinéen qui, rappelons-le, avait obtenu du juge chargé de l'affaire, la protection des locaux parisiens situés sur la très remarquable avenue Foch et présentés comme une enceinte diplomatique. On attend donc de voir la suite qui sera donnée à l'affaire par la CIJ. Va-t-elle renvoyer les deux parties dos-à-dos ? Ou prendra-t-elle fait et cause pour un camp au détriment de l'autre ?

La suite nous le dira. Seulement, il sied de rappeler que ce n'est pas demain la veille que Paris et Malabo fumeront le calumet de la paix. Car, pas plus tard qu'en janvier dernier, les relations entre les deux capitales ont à nouveau été éprouvées lorsque le ministre équato-guinéen des Affaires étrangères a affirmé sans sourciller que la tentative de coup d'Etat que Malabo dit avoir déjouée, avait été fomentée et organisée en France.

Vrai ou faux ? Difficile d'y répondre, même si certains ont vite franchi le pas en y voyant une stratégie de diversion visant à noyer le poisson dans l'eau.

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