20 Février 2018

Burkina Faso: Derniers adieux à un Maestro !

Ce moment empreint d'émotions était marqué par une série de témoignages de personnes l'ayant côtoyé. A coté des témoignages, il y avait au programme : la projection d'extraits de certaines productions du « Maestro » que l'on pleure, des prestations artistiques.

Le clap de fin du parcours terrestre d'Idrissa Ouédraogo, sonnera en cet après-midi du mardi 20 février 2018 au cimetière de Gounghin, où aura lieu l'inhumation.

Ils ont dit :

Abdoul Karim Sango, ministre de la culture des arts et du tourisme : "Les mots sont insuffisants pour traduire ce que je ressens pour ce grand homme de culture.

A cette soirée d'hommage, nous avons tenu à être présents en tant que ministre de la culture, pour être auprès des compagnons de route d'Idrissa Ouédraogo, qui l'ont connu.

C'est notre façon aussi de marquer davantage notre solidarité avec sa famille nucléaire, notre solidarité avec le monde du cinéma. Mais surtout notre solidarité avec la nation burkinabè, le peuple africain. Parce qu'Idrissa, on l'aura compris finalement, c'était un homme qui transcendait le Burkina, l'Afrique.

On va dire c'était un homme du monde. Il est parti sans partir. Nous souhaitons simplement que son héritage qui est immense puisse inspirer les jeunes générations. C'est en cela que son combat aura été utile. L'héritage se défend par lui-même.

Et s'il y a des initiatives particulières à prendre, nous pouvons penser au fait qu'il faudra davantage enseigner son abnégation pour le travail bien fait, il faudra trouver un moyen de diffuser davantage sa production afin de permettre aux jeunes générations qui ne l'a pas connu de la connaitre afin qu'il constitue une véritable source d'inspiration"

Alain Héma, Comédien :" Vous savez avec la fameuse série "Kadi jolie", j'étais un des acteurs de celle-ci avec Mme Glez et bien d'autres. Nous avions plusieurs années de collaboration.

Et même lorsque j'étais en voyage pour des tournées de spectacles de théâtre, il s'arrangeait à ce que je vienne pour continuer le tournage. Je retiens simplement que c'est un génie, d'autant plus que le scénario que vous avez, il ne le suit pas.

Il a un plan de travail que lui seul maitrise, et dès que vous commencez à tourner, ça se modifie au fur et à mesure. Mais il faisait comprendre à ceux qui doivent jouer que cette modification est nécessaire et importante pour que le film se déroule et avec cela alors on se mettait au charbon.

On avait vraiment une complicité. Idrissa Ouédraogo est né à Banfora, moi je suis de Niangologo et il y a un mur mitoyen entre sa famille et moi.

Donc j'ai connu tous les membres de sa famille, on s'est côtoyé, lui il n'était pas là-bas certes. Mais c'est pour dire qu'il y avait au-delà de l'aspect professionnel une fraternité à l'intérieur".

Freddy Denaes, producteur français, éditeur et ami : "Cela été une grande tristesse pour moi d'apprendre le décès d'Idrissa Ouédraogo. Les souvenirs, il y en a plein et c'était de tous les côtés, des films, des moments de franches rigolades.

Et puis, on s'était revu à la cinémathèque parce qu'il y avait la projection de "Yaaba". On était parti à Toulouse ensemble, parce qu'il voulait jumeler mon école de cinéma de Toulouse avec l'Université ici à Ouagadougou, pour faire des cours de cinéma, puisqu'il voulait monter une université de cinéma.

Il avait tellement de projets et c'était monsieur 100 mille voltes, Idrissa il n'arrêtait pas. Et moi-même, quand il a eu son premier AVC, je lui ai dit mais Idrissa freine un peu. Les deux téléphones à la fois, deux rendez-vous, je lui disais mais ce n'est pas possible.

J'ai compris qu'on ne freine pas un homme comme ça. J'avais beaucoup de projets avec lui. Et une chose importante, là on est en train de restaurer tous les films d'Idrissa, pour qu'ils puissent durer.

J'aimerai surtout qu'on retienne son œuvre, vous savez Godart qui était un artiste très important a dit « il faut admirer les œuvres et pas les hommes ». Les hommes sont mortels, on part.

Mais les œuvres restent pour les générations futures, pour tous ceux qui vont venir, cette œuvre-là, elle est magnifique. C'est un joyau du Burkina Faso, donc sachez en profiter, sachez la montrer aux jeunes et qu'ils voient ce qu'un maestro pouvait faire".

Michel Bohiri, acteur ivoirien : "Je n'ai pas eu cette occasion de travailler avec lui, mais c'est quelqu'un que j'admirais déjà beaucoup. Moi je parle de lui comme un fan. Je suis son fan.

Je l'admirais tellement que peut-être que si je travaillais avec lui, peut être que je n'aurai pas été au niveau où il voulait que vraiment je m'exprime. C'est un technicien hors-pair, et un grand talent. Parce que les deux ne vont pas toujours ensemble.

Il y en a qui ont la chance de posséder une technique, mais qui n'ont pas assez de talent, lui il avait les deux. Et c'est quelqu'un qui a mis notre cinéma à un niveau où on parle aujourd'hui sans complexe du cinéma africain partout.

Et c'est quelqu'un pour moi qui est un magicien de la caméra, du cadre, de la justesse et de la beauté des images. C'est quelqu'un qui nous a fait aimer et qui nous a fait nous aimer. Il a comme briser la glace du complexe.

En ce qui concerne le cinéma africain, c'est une grosse perte, c'est un monument. Heureusement que les artistes ne meurent pas. Il nous a laissé de belles œuvres, il faut que les générations qui vont se succéder jusqu'à la fin de notre temps s'en inspirent. Il reste un modèle".

Valérie Kaboré, productrice-réalisatrice : "J'ai un lien professionnel avec Idrissa à deux niveaux. D'abord parce qu'il a été mon aîné d'école.

C'est eux qui ont ouvert la même école que j'ai fréquenté et notre promotion a eu à fermer cette école en 1987, après qu'elle ait été ouverte en 1979. Il s'agit de l'Institut africain d'étude cinématographique.

Par la suite je l'ai côtoyé sur le terrain professionnel en tant que productrice-réalisatrice. Ce que je peux retenir de cet homme, c'est l'intelligence, la pertinence et surtout le pragmatisme. Quand il est convaincu d'une situation, il y va.

Ce n'est pas quelqu'un qui rêve et qui dépose en attendant. Quand il croit à une situation, il crée une occasion et il tourne. C'est pour cela que quand vous regardez son âge, le temps de travail qu'il a eu sur terre et le nombre de films qu'il a réalisé, vous savez qu'il ne s'est pas vraiment reposé.

Alors, je pense que c'est un hommage digne d'intérêt, pour tout ce qu'il a été pour le cinéma du Burkina, le cinéma africain et le cinéma du monde.

Et comme il a été dit à travers les témoignages des uns et des autres, c'est le seul cinéaste burkinabè, sinon l'une des rares personnalités de notre pays, qui figure dans le dictionnaire Larousse, et ce n'est pas rien.

Il a été fait commandeur, il a été décoré dans d'autres pays que le sien. Heureusement d'ailleurs que les gens lui ont reconnu ces choses-là, sinon ça allait être dommage. Je pense qu'il a vécu son temps, il a prouvé que par le cinéma, notre pays pouvait être respecté à l'extérieur.

C'est un grand baobab qui est parti, mais comme on le dit, quand quelqu'un a été un grand artiste de cette dimension-là, on peut pleurer mais on peut encore se consoler parce qu'il a laissé des œuvres qui vont perpétuer sa pensée et ce qu'il a voulu mener comme combat avec l'arme qui était la caméra qu'il possédait ".

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