21 Février 2018

Sénégal: Procès de la caisse d'avance de la mairie de Dakar - La défense dénonce des poursuites sélectives

Photo: © RFI/Guillaume Thibault
Khalifa Sall au Tribunal de Dakar

Les avocats de la défense continuent de dénoncer la poursuite sélective dans le dossier de la caisse d'avance de la mairie de Dakar. Pour eux, on ne peut pas extirper du lot les deux percepteurs Mamadou Oumar Bocoum et Ibrahima Touré qui ont les mêmes responsabilités que les autres prévenus.

Les avocats de la défense ont continué leurs plaidoiries hier dans le cadre du procès de la caisse d'avance de la mairie de Dakar. Devant le juge, Me Youssoupha Camara s'est le plus illustré de par son éloquence. Pendant près de deux heures, Me Camara s'est exercé à démonter le réquisitoire du procureur de la République et les charges contre ses clients. Dans ce procès, Me Camara a défendu les prévenus Yaya Bodian, Ibrahima Yatma Diaw et Mbaye Touré. Son argumentaire est basé sur le droit. Parfois, il puise dans les textes du saint Coran pour étayer son propos.

Tantôt, le conseil de Mbaye Touré fait recours à la mythologie grecque, aux leçons de morale et de sagesse bien de chez nous. Tout cela pour rappeler au tribunal que « nous sommes sur terre, c'est la justice des hommes. Mais demain, nous serons tous jugés ». A travers ce rappel, Me Youssoupha Camara invoque la « sagesse » du président du tribunal Malick Lamotte pour la relaxe « pure et simple » de ses clients Ibrahima Yatma Diaw, Yaya Bodian et le directeur administratif et financier de la ville de Dakar, Mbaye Touré.

En effet, l'avocat ne peut pas concevoir que l'Etat du Sénégal puisse se constituer partie civile dans cette affaire. Ce qui fait lui dire « qu'il s'agit d'un procès monté de toutes pièces ». « La totale » dans le dossier, a-t-il ajouté, est que l'Etat du Sénégal réclame le paiement d'un double préjudice : moral et matériel de plus de 6 milliards de FCfa. « L'Etat est une construction qui n'est qu'intellectuelle. Comment une personne morale peut vous dire que j'ai des sentiments et je réclame un préjudice moral ? Une personne morale qui n'a ni chair, ni os comment peut-elle réclamer un préjudice morale ? », s'est étonne Me Camara. Ainsi, il a demandé au président du tribunal de bien vouloir « débouter l'Etat du Sénégal dans sa constitution de partie civile ».

Par ailleurs, l'avocat Me Leyti Ndiaye a trouvé « injuste » que l'ancien percepteur de la ville de Dakar, Mamadou Oumar Bocoum, soit libre de ses mouvements alors que pendant cinq ans (2011-2015), c'est lui qui a payé les décaissements de la caisse d'avance. « M. Mbaye Touré est un citoyen lambda de ce peuple au nom duquel le procureur de la République demande justice. Un procureur ne doit pas violer la loi et ne doit non plus jouer avec celle-ci », a-t-il sermonné. Or, dans ce procès, Me Leyti Ndiaye a noté que « le procureur viole la loi ». La preuve, a-t-il dit, pendant l'enquête préliminaire des prévenus, « l'officier de police judiciaire a violé la loi sur instruction du procureur ». Khalifa Ababacar Sall et ses co-prévenus n'ont pas bénéficié de l'assistance d'un conseil pendant l'enquête de l'officier de police judiciaire. « Je veux mettre le doigt sur un parti pris manifeste du ministère public qui a commencé depuis l'instruction. Sur les 8 prévenus, il a demandé que les 6 soient placés sous mandat de dépôt sans donner une explication. Il n'a pas non plus donné une explication sur le fait que Mamadou Oumar Bocoum et Ibrahima Touré soient mis en liberté provisoire », a dénoncé Me Leyti Ndiaye.

Sur ce point, Me Kane de la défense a ajouté que la poursuite contre Khalifa Ababacar Sall, Mbaye Touré et les autres prévenus « est sélective ». Très remonté contre le procureur de la République, Me Leyti Ndiaye a soutenu : « M. le procureur, vous êtes le procureur de la société sénégalaise et non le procureur d'une partie de la société sénégalaise. M. le procureur, vous mettez de l'eau dans le moulin de ceux qui disent que ce procès est politique. Je ne le dis pas parce que je pense que le verdict ne sera pas politique ». Me Leyti Ndiaye, dans sa plaidoirie, a continué à charger l'ancien percepteur à la ville de Dakar. « Qui dit que M. Bocoum n'a rien fait doit dire en même temps que Khalifa Ababacar Sall et Mbaye Touré n'ont rien fait. Ces 30 millions de FCfa par mois, s'ils devaient sortir du patrimoine de M. Bocoum, ce dernier n'allait pas payer pendant 120 mois sans vérifier les pièces justificatives des dépenses », a chargé Me Ndiaye.

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