21 Février 2018

Sénégal: Dispartion du journaliste Amadou Mbaye Loum - Adieu mon Colonel-Major !

L'annonce de ta disparition me laisse sans voix, pantois, en cette matinée de mardi. Comme un coup de massue reçu sur la tête, je réalise difficilement que l'incontournable mort, ou rendez-vous inéluctable avec son destin, a frappé. Difficile d'imaginer que je n'entendrai plus cette voix retentissante qui a tant charmé et captivé les téléspectateurs sénégalais. Il va juste falloir accepter le décret divin, immuable. Que faire après la consacrée formule : « A Allah nous appartenons, à Allah nous retournons », sinon la prière pour le repos de ton âme ? Se remémorer.

Mbaye Loum ou exactement Amadou Mbaye Loum. Je préfère le sobriquet de « Grand » par lequel je t'ai toujours apostrophé. Ou encore celui de « colonel-major » (un colonel lourd et potentiel général) que nous t'avions collé lors d'une visite mission au Maroc en 2006 lors des festivités marquant les 50 ans des Forces armées royales marocaines auxquelles les Forces armées sénégalaises avaient pris part à travers le chef d'état-major général des armées de l'époque, Papa Khalilou Fall, avec un détachement du 1er Bataillon d'infanterie et un autre de l'Ecole nationale des officiers d'active (Enoa). Le « nous » renvoie au colonel Seydou Bâ, à l'époque commandant de l'Enoa, et à son ami et camarade de promotion de l'académie royale de Meknès (Arm), le lieutenant-colonel Félix Prospère Basse, longtemps à la Direction de l'information et des relations publiques des armées (Dirpa) et récemment rentré de la République démocratique du Congo (Rdc) où il a officié ces dernières années comme porte-parole de la Mission des Nations Unies pour la stabilisation au Congo (Monusco). De cette odyssée, qui nous conduira dans les couloirs du palais royal ou encore dans la balnéaire et touristique ville d'Agadir, était aussi le colonel Mbaye Cissé, actuel commandant de la zone militaire n°2.

Grand, les témoignages sont unanimes sur ton professionnalisme. « Un grand journaliste » par-ci, « un baroudeur » et un « homme du terrain » par-là comme pour mettre en exergue ton long compagnonnage avec nos Forces armées. Je parle de toi au présent, mettant aussi en perspective cette tranche de vie que nous avons partagée chez les militaires, cet « engagement » qui nous a amenés à nous intéresser à la question militaire. Oh crime de lèse-majesté ! Devrais-je plutôt reconnaître l'exhortation que tu m'as faite de me « spécialiser sur la question » lorsque, jeune reporter, je te retrouvais, seul civil, au milieu de tous ces hommes en uniforme, prêts à foncer sur l'ennemi. Des hommes que tu avais « apprivoisés » et avec qui tu étais à tu et à toi. Et surtout qui te rendaient bien l'engagement dont tu as toujours su faire montre, plaçant les institutions en dessus de tout. Et comme ces caractéristiques maintes fois accolées à nos Fas, « républicaines et professionnelles », tu as toujours su les mettre dans ta ligne de mire dans la perspective de rendre compte aux sénégalais du déploiement et de l'engagement de ses fils sur différents théâtres d'opération. La question militaire disais-je ! Tu as toujours su l'aborder avec solennité. Et même gravité. Mais « Grand », avec ton humour légendaire, tes nombreuses anecdotes, ta connaissance du terrain et des hommes, tu étais toujours prompt à offrir le meilleur qu'un humain puisse donner, partager et dérider la gravité de toute situation.

Esprit brillant

Tu aurais pu être un excellent historien tant ta mémoire était prodigieuse. Tu as choisi d'être un historien du présent qui se délecte de détails dans la perspective de bons reportages. Je te renvoie encore dans nombre de théâtres que nous avons partagés, ou encore nos longues veillées nocturnes à l'étranger au cours de laquelle tu me racontais de nombreuses péripéties qui ont marqué ta vie de reporter de guerre. Les conseils que tu me prodiguais et ta volonté de m'introduire dans ce milieu réputé hermétique et dans lequel tu te pavanais aisément en disent long sur ta familiarité avec les militaires. Que ce soit avec un officier, un sous-officier où un militaire du rang, tu étais naturel et toujours entier avec les hommes. La hiérarchie militaire te respectait.

Moi, je me sentirais toujours redevable de m'avoir ouvert ces portes et encouragé à être un reporter de guerre. J'étais surtout charmé par ton brillant et pétillant esprit. Toujours avide de « mbaxalou saloum » et de plats de la verte Casamance, tu étais comme un « névrosé » de guerre ou de troubles post-traumatiques dans le sens le plus noble du terme tant le récit sur le théâtre visité était vivace.

Le commandement militaire nous acceptait dans les séances de briefing lors des nombreuses tournées de zones nonobstant que les questions militaires soient estampillées « Confidentiel Secret » parce que Mbaye Loum est de la maison. Et tu m'y as introduit avec bonheur et surtout ouvert ton cœur.

Aussi, tu me racontais les nombreuses missions vécues et les nombreux dispositifs mis en avant par nos militaires sur de difficiles théâtres. Je me rappelle de ce voyage que tu as raté à la dernière minute alors que le Cemga voulait que nous allions visiter nos troupes stationnées dans le Maryland libérien, plus précisément à Harper et Pleebo, et à San Pedro en terre ivoirienne.

Cette fois-ci, c'est moi, seul civil de la mission, qui t'ai raconté plus tard le vol à bord d'un vieil hélico, dans une ambiance tendue et dont les pilotes ukrainiens n'en avaient cure, fumant impassiblement, alors que le silence dans l'appareil n'était perturbé que par le ronflement aigu des moteurs.

Un baroudeur

Je ne saurais terminer grand sans te remercier de m'avoir pris sous ton aile dès le départ. Fier d'être issu du Centre d'études des sciences et techniques de l'information (Cesti, 5ème promotion), tu me disais que nous étions une famille (moi de la 27ème promotion). Je voudrais juste pour terminer témoigner sur ton dernier débarquement. J'étais surpris de te voir, tel un éclaireur, enjamber la petite escarcelle de l'avion qui ramenait le président Adama Barrow en terre gambienne sur le tarmac de l'aéroport de Yundum en ce mois de janvier de 2017. Baroudeur tu l'étais et tu nous avais gratifiés d'un excellent reportage sur la situation en Gambie malgré ton admission dans la deuxième section (retraite). Le lendemain, nous déjeunions ensemble au siège de la Mission de la Cedeao en Gambie en compagnie du commandant de la force, le général de division François Ndiaye, actuel Inspecteur général des Forces armées et dont tu me disais qu'il serait général avec Paul Ndiaye, commandant du Centre des hautes études de défense et de sécurité des généraux, et Cheikh Wade, chef d'état-major de l'armée de terre.

Puis-je maintenant prier le Seigneur de t'accorder son noble paradis.

Reposes en paix !

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