22 Février 2018

Gambie: Dakar/Ziguinchor via Banjul - La «révolution» des bus Sénégal Dem-Dikk

Les nombreuses campagnes de prévention et de sensibilisation pour le respect du Code de la route n'y feront rien. Les routes du Sénégal restent meurtrières avec plus de 500 morts par an. Pour inverser la tendance, Sénégal Dem-Dikk est en train de redonner confiance aux usagers des transports interurbains.

En attendant l'effectivité du maillage du territoire national, avec le renforcement de toutes les lignes, surtout celles des régions frontalières, notamment Ziguinchor que près de 13h de route séparent de Dakar, via Banjul, la capitale gambienne. En attendant la réception du pont de Farafenni en construction.

17h59, affiche l'horloge du bus de la ligne Dakar-Ziguinchor de Séné- gal Dem-Dikk (SDD). Le conducteur, qui avait déjà allumé le moteur du bus quelques minutes avant, histoire de le chauffer, prend congé du terminus de Liberté 5 (Dakar) pour la Casamance.

Tous les passagers ou presque avaient fini d'occuper leur siège, conformément aux numéros sur les tickets de réservation. Déjà, vers 17h45, un contrôleur de SDD embarque.

Sa mission : vérifier la conformité des billets, donner des consignes pour le port de la ceinture de sécurité et s'assurer que les sacs à main et autres sachets sont bien rangés dans les soutes.

Moins de 10 mns avant 18h, il lance à l'endroit des deux chauffeurs: «s'il est l'heure, vous pouvez partir. Ne m'attendez pas». Il descendra en cours de route à la Pate d'Oie, en face de Nabil Choucair, après avoir fini de contrôler.

Pour faire partie du voyage, il faut réserver, soit en appelant les services compétents, soit payer par voie électronique ou effectuer le déplacement au terminus de Liberté 5. La réservation se fait une semaine, voire une dizaine de jours à l'avance pour être sûr de voyager à date voulue à bord de ces cars de SDD.

Ces mesures de sécurité sont elles liées aux nombreux accidents mortels sur les routes ? Par exemple, de 2014 à 2017, un total de 2130 victimes, ont été dénombrées, soit une moyenne de 532 personnes tuées par an, selon une enquête de la Nouvelle Prévention Routière.

Les nombreuses campagnes de prévention et de sensibilisation pour le respect du Code de la route et les appels incessants à une formation des chauffeurs et transporteurs (sur 107 chauffeurs, seuls 12 sont passés par auto-école) n'y feront rien.

C'est pour remédier à cette insécurité routière et les accidents de la circulation avec leurs cortèges de centaines de pertes en vies humaines, de milliers de blessés et d'importants dégâts matériels, que les autorités, à travers la société Dakar Dem Dikk (DDD) ont lancé le projet Sénégal Dem-Dikk, le mercredi 1er février 2017, en démarrant avec quatre lignes.

Malgré les agitations et menaces des organisations et syndicats des transporteurs privés pour contrer le projet, SDD continue son maillage du territoire national, prenant en charge le transport des citoyens à l'intérieur du pays, à côté du transport urbain (avec DDD) qui n'assure que la région de Dakar.

4 RETARDATAIRES ABANDONNES A DAKAR

Auparavant, 1h avant le départ, une demie douzaine d'agents de la société de transport sont à pied d'œuvre pour accueillir et orienter les passagers qui arrivent au compte-gouttes, charger les bagages (après paiement de 500 F Cfa par sac de voyage ou valise), etc. Car, il est bien mentionné sur tous les tickets que les voyageurs sont «convoqués 1h avant le départ» prévu à 18h00 tous les jours et qu'aucun retardataire ne sera attendu.

Aussi, le billet qui est de 9000 F Cfa pour Dakar-Ziguinchor «n'est pas remboursable». La règle ici, quand c'est l'heure, on n'attend personne. Que le car soit plein ou non, il prend départ et les chauffeurs n'ont pas le droit de prendre des clients, le long du trajet, pour combler les sièges vides. C'est pourquoi quatre clients ont été laissés à Dakar ce jour là.

«Il y a 5 sièges vides, ce sont des retardataires. Ils ont déjà leurs billets», dit le contrôleur aux deux chauffeurs à qui il souhaite un bon voyage. Toutefois, un passager ayant déjà fait une réservation attendait le bus à une station d'essence à Sindia, son ticket a été remis aux conducteurs.

«Lors de mon dernier voyage, le samedi 3 février, un client arrivé en retard, à cause des embouteillages monstres, disait-il, se plaignait du fait que le bus l'avait laissé en rade. Et un agent de SDD de lui répondre: «regardez votre billet, vous êtes convoqué 1h avant le départ.

C'est parce que nous intégrons cette donne que nous demandons de prendre les devants», rapporte la passagère du siège n°4, une Ziguinchoroise habituée de cette ligne.

Seulement, en dépit de la ponctualité, il a fallu près d'une heure pour venir à bout des embouteillages de Dakar et retrouver l'autoroute à péage (qui est l'itinéraire des bus de SDD) jusqu'à la sortie de Sindia où l'on arrivera que vers 20h.

Pour avoir également perdu plusieurs dizaines de minutes à cause du bouchon à la station de péage de Post Thiaroye. Le car peut continuer à avaler le reste des centaines de km qui nous séparent de la Casamance sur les routes nationales.

PAUSE «OBLIGATOIRE»... A KAOLACK

Vers 22h, Kaolack se dévoile. C'est l'heure de pause pour permettre aux passagers de prier, de se dégourdir les jambes, grignoter quelque chose...

«Vous avez 15 mns de pause. Vous pouvez en profiter pour prier, faire les besoins naturels ou des affaires de Sérères (manger ou grignoter quelque chose- C'est le cousinage à plaisanterie, ndlr), il y a un restaurant à côté.

De grâce 15 mns et pas plus parce que le chemin est encore long et je veux traverser avant minuit, heure d'arrêt du bac, à Banjul», lance le second chauffeur au moment où le bus s'apprêtait à s'immobiliser à l'esplanade de la station d'essence, à l'entrée de la gare routière (garage Dakar) de Kaolack.

«Mais, pourquoi aller jusqu'à Banjul ? Je crois que nous devrions passer la nuit au poste frontalier de Keur Ayip, avant de traverser par le bac de Farafenni demain matin», demande un passager.

Et le deuxième chauffeur de répondre: «le bac de Farafenni est en panne, nous passons maintenant par Banjul pour rallier Ziguinchor. Et je veux gagner du temps pour être là avant minuit. Donc, de grâce, respectez le timing.»

Cependant, l'on ne quittera Kaolack qu'après plus d'une demiheure, avec le deuxième chauffeur au volent, certains passagers ayant pris tout leur temps.

Et, un peu après le pont Noiro (sortie de Kaolack), le car tourne à droite: direction Passy, Sokone, Toubacouta, font partie de quelques communes importantes traversées dans cette partie du département de Foundiougne, région de Fatick. Ici la route nationale est bien faite. A l'image de l'axe Dakar-Kaolack.

30 MNS DE CONTROLEENREGISTREMENT AU POSTE DE POLICE A KARANG

La chaussée étant praticable jusque-là, à l'exception des ralentisseurs ou dos d'âne érigés à l'entrée et la sortie de presque chaque localité sur le tronçon Kaolack-Passy-Sokone, rien ne retient le bus dans sa progression vers Banjul.

Pas même les nombreux points de contrôle de la Gendarmerie. Et, à 00h06, le poste frontalier de Karang ouvre ses portes. Tous les voyageurs descendent du véhicule pour un contrôle-enregistrement. Au poste de police, de part et d'autre d'un petit mur dressé à la véranda, sont aménagés deux guichets pour les départs et autant pour les arrivées.

Deux éléments de la police des frontières assis derrière les vitres, récupèrent les cartes d'identité et titres de voyages des passagers qui ont fini de former deux colonnes. Pour les détenteurs de cartes d'identité CEDEAO, l'attente est moins longue car il suffit d'interroger la machine pour que toutes les informations sur le propriétaire s'affichent.

Ce dernier sera invité à regarder l'objectif d'un petit appareil photo numérique pour une prise de vue. Contrairement aux détenteurs des anciennes cartes biométriques qui sont soumis à un «interrogatoire» pour des informations complémentaires.

«Où est votre nouvelle carte ?», lance un agent : «Je la garde encore à Dakar pour ne pas la perdre, les anciennes étant toujours en vigueur», lui répond-il. «Ce que vous ne savez pas, c'est qu'avec ces anciennes cartes, nous sommes obligés de saisir toutes les informations.

C'est ce qui retarde le contrôle. Or, pour les nouvelles cartes qui sont numérisées, quant on interroge la machine, les informations s'affichent automatiquement», explique le policier.

Justement, face à cette lenteur, un troisième agent oriente certains vers l'un des deux guichets réservés aux arrivées (il fait tard la nuit et aucun voyageur en provenance de l'autre côté de la frontière n'est enregistré), pour épauler ses collègues.

Après celui du Sénégal, les mêmes formalités seront observées, après avoir franchi la frontière, au poste de police de l'immigration de la Gambie, situé à quelques mètres. Sauf qu'ici, le contrôle est visuel, car on ne fait que montrer sa carte et passer pour rejoindre le bus qui attendait devant.

Tout ce processus aura duré une trentaine de minutes. 00h36, enfin la localité gambienne de Barra, sur l'embouchure du fleuve Gambie, nous accueille. Nous sommes dans l'obligation de passer la nuit, dans le car, en attendant la reprise des rotations du bac le lendemain, pour poursuivre la longue route vers Ziguinchor.

CONTOURNEMENT OU PASSAGE PAR BANJUL

Plusieurs dizaines de minutes après, des bus dits «horaires» en partance pour des localités du Fogny, de Capskiring, Kafountine et Oussouye et même des camions sénégalais s'aligneront derrière.

C'est le trajet le plus court pour rallier Dakar. Contrairement aux bus «horaires» de plusieurs contrées des régions de Kolda, Sédhiou et même du département de Ziguinchor qui ont désormais opté pour le contournement par Tambacounda, ce jusqu'à la fin des travaux de construction du pont de Farafenni, pour éviter les tracasseries sur cette transgambienne.

Heureusement que le pont est en train de prendre forme, tous les poteaux étant sortis du fleuve et leur connexion en cours. Et seuls les taxis brousses (ou 7places), minicars et quelques rares bus et camions continuent encore à faire «confiance» à l'unique bac en service à Farafenni, malgré sa lenteur et ses pannes récurrentes.

«KUNTA KINTEH», UN FERRY A 2 ETAGES...

07h. C'est le premier départ du ferry «Kunta Kinteh» de Barra pour Banjul, la capitale gambienne. Et, même si SDD est le premier car Sénégalais à arriver devant l'entrée de l'embarcadère la nuit, beaucoup de véhicule étant déjà à l'intérieur, il ne traversera qu'après le retour du seul bac en service.

Le second, vieux et très lent, étant en panne, il n'accostera à nouveau qu'à 08h20 au quai de Barra avant de se vider de ses occupants. 08h30, embarquement des véhicules et passagers.

Un premier klaxon pour alerter, puis un deuxième et enfin un troisième (08h53) donnent le signal de dé- part pour Banjul situé sur la rive droite, en bordure de mer. Kunta Kinteh, ce nouveau ferry de deux (2) étages a une capacité de transport de 27 cars, 4 gros porteurs et engins (4 trucks INCL). Il prend jusqu'à 718 passagers, en plus des voitures et autres gros porteurs.

Toutefois, ce bac peut transporter un total de 2000 passagers, capacité maximale, sans cars ni trucks, avec des bancs bien aménagés. La hauteur du pont, au premier niveau, est de 4,8m.

A 09h22, le bac accoste, soit 29mns de course; la Gambia Ports Authority, pardon, Banjul nous souhaite la bienvenue: «Welcome to Banjul», pouvait on lire sur le tableau au débarcadère du port de la capitale gambienne.

Le temps que le ferry se vide de ses passagers et véhicules, de faire quelques achats (bonbons, biscuits, fruits, etc. pour tromper la faim) et reprendre à nouveau le bus de SDD, il était déjà 09h40.

Et, avant même de mettre le cap sur Ziguinchor, distante d'environ 200 km, avec le premier chauffeur de retour au volent, le bus de la ligne de SDD Ziguinchor-Dakar accède à l'enceinte du port de Banjul.

Après quelques dizaines de kilomètres, Banjul, Serrekunda, Yundum qui abrite l'aéroport international, Birkama et autres grandes villes gambiennes sont désormais derrière nous. 10h45, place à Jiboroh, la dernier village gambien à la frontière sud.

L'on peut descendre à nouveau et aller présenter les pièces d'identité nationale ou passeports au poste de police de l'immigration. C'est un contrôle de routine qui s'impose à tous, avant de franchir les limites du territoire gambien.

ROUTE NATIONALE N°5, L'ARMEE MARQUE SON TERRITOIRE

10 mns plus tard, après la traversée d'un buisson, nous voilà à Séléty, premier village sénégalais niché au Nord du département de Bignona. Sénégal Dem Dikk retrouve à nouveau le territoire national. Mais ici, il y a deux (2) postes de contrôle.

Dès l'entrée du village, tout le monde descend pour se présenter, muni chacun de sa pièce d'identification ou titre de voyage, au check-point de l'Armée sénégalaise où un militaire, fusil en bandoulière, est préposé au contrôle.

Aussi, vers la sortie du village, toutes les voitures se vident de leurs clients, obligés à nouveau de passer par un contrôle au poste de police des frontières, avant de reprendre le chemin. 11h10, les contrôles terminés, en route pour Ziguinchor.

Le premier arrêt pour descendre un passager en Casamance sera Diouloulou, commune distante de 52 km de son chef-lieu de dé- partement (Bignona), soit à 82 km de la capitale régionale (Ziguinchor).

Ici, à la sortie de la commune, des gendarmes sont mobilisés pour réguler la circulation au niveau du pont, très étroit, qui ne peut recevoir qu'un véhicule ou camion pour la traversée de la rivière qu'il surplombe.

Mais, il faudra désormais faire avec les nombreux ralentisseurs et postes de contrôle érigés sur cette nationale 5. En effet, de Diouloulou à Bignona, en passant par Kataba1, Kataba2 qui a occupé les devants de l'actualité, fin janvier dernier, avec le braquage d'un véhicule transportant 4 touristes espagnoles dépouillés de leurs biens, au milieu de chaque localité située sur cet axe est dressé un check-point de l'Armée Sénégalaise.

Des barrières (avec des troncs d'arbres, fûts ou sacs remplis de sable) sont installées sur des dizaines mètres, obligeant les voitures à zigzaguer, dessinant des lignes et des courbes, pour passer.

Et, dans les chefs-lieux de commune où il y a des cantonnements militaires, les conducteurs sont contraints de s'arrêter, d'attendre le feu vert du soldat debout préposé à la régulation de la circulation à hauteur de ces «stop» avant de passer.

A l'exception des bus de SDD et des officiels, tous les autres véhicules sont soumis au contrôle dans ces points avant de continuer leur chemin, dans un sens ou dans un autre. Il en sera ainsi jusqu'à Bignona où le car s'est arrêté à l'entrée et à hauteur de la gare routière à 12h06.

Le temps de permettre à des passagers de descendre, le second conducteur peut reprendre le volent pour les 30 km restant à parcourir. Et, ce n'est qu'à 12h43 que SDD franchira le pont Emil Badiane de Ziguinchor, au grand bonheur des passagers.

Il s'arrêtera au rond-point de la gare routière, pour permettre aux clients en partance pour des localités intérieures des départements de Ziguinchor, Goudomp (région de Sédhiou) sur la national 6 et pour la Guinée-Bissau, d'aller prendre des cars pour continuer leur chemin. Avant de regagner son terminus, la destination finale à l'intérieur de la ville, avec le reste des passagers

Confort et sécurité, les passagers en redemandent !

En somme, Sénégal Dem-Dikk, c'est des bus neufs et climatisés, la ponctualité, le confort et la sécurité avec des ceintures de sécurité pour chaque siège et deux chauffeurs professionnels (courtois, disponibles et à l'écoute des clients) qui se relaient au volent, compte tenu de la longue distance.

Mieux, ces cars n'ont pas de sièges intermédiaires communément appelés «versailles» qui sont érigés au niveau des passages.

Autant d'assurances qui font que les usagers en redemandent. «Pourquoi DDD n'augmente pas le nombre de bus pour renforcer les lignes de SDD, pour permettre aux populations de voyager en temps réel ? C'est le meilleur moyen de lutter contre l'insécurité routière et les nombreux accidents.

Tout le monde sait qu'il y a la sécurité à SDD mais, à cause des réservations des jours à l'avance, beaucoup de Sénégalais ont recours à d'autres moyens de transport interurbain plus accessibles, malgré les risques», fait remarquer la passagère du siège n°4.

Et le deuxième chauffeur de lui annoncer la venue de nouveaux cars. «Nous attendons incessamment, avant fin février ou mars, 200 bus. Ils sont déjà en route. Peut-être que les autorités vont prendre en compte cette doléance des usagers.»

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