22 Février 2018

Niger: Rapatriement de migrants au pays par l'Algerie - Coup de gueule légitime

Le ministre nigérien de l'intérieur, Mohammed Bazoum, a craché ses quatre vérité face aux rapatriements systématiques orchestrés par les autorités algériennes des migrants illégaux pris sur leur territoire en direction des frontières nigériennes.

Pour lui, son pays ne saurait être le dépotoir de l'Algérie. Et l'on peut bien comprendre l'ire du haut commis de l'Etat. Car, le pays du Ténéré ne doit pas payer seul à la place des autres pays d'origine des migrants. La colère du ministre Bazoum est d'autant plus légitime que ces rapatriements cachent mal des relents de racisme. On le sait, les immigrés d'Afrique noire souffrent le martyre en Algérie et les expulsions massives et dans des conditions pour le moins inhumaines dont ils sont victimes, ne sont que l'une des expressions du calvaire qu'ils vivent.

Et cette vérité, Alger devrait l'accepter. Car, comme le dit l'adage, « la vérité rougit les yeux mais ne les crève pas ». Si l'on ne peut contraindre les Algériens à accepter qui ils veulent dans leur pays, ils ont l'obligation du respect des droits de l'Homme et de la courtoisie vis-à-vis des autres Etats, qui plus est, partageant la même frontière. Toutefois, le Niger ne peut s'en prendre qu'à lui-même. En effet, l'on pourrait se poser la question de savoir ce que fait le pays pour ne pas être une passoire pour les migrants. Ce n'est plus un secret pour personne qu'il existe au Niger des villages entiers de passeurs de migrants en direction de l'Afrique blanche, comme si l'on était au temps de la traite négrière. L'on note même des lobbys qui tentent d'influencer le gouvernement dans le sens de l'adoucissement des mesures sévères que ce dernier avaient prises pour endiguer le phénomène de l'émigration.

Il appartient à chaque Etat de refonder sa gouvernance politique et économique

Par ailleurs, l'on peut d'autant plus difficilement comprendre la colère du ministre nigérien que le Niger a accepté d'abriter des centres d'accueil financés par l'Organisation internationale des migrations (OIM) et en tire sans doute des prébendes. « Quand on tue le hibou, dit le proverbe, il faut accepter de manger sa tête » avec, cela s'entend, ce qu'elle a comme gros yeux globuleux. Quoi qu'il en soit, cette guéguerre entre Etats vient rappeler aux décideurs politiques sur le continent, l'urgence qu'il y a à prendre à bras-le-corps la question des migrants. Au-delà de l'émoi qu'elle suscite en raison des drames humains qu'elle provoque, elle menace la fragile solidarité africaine et sape les fondements de l'unité du continent.

On le sait, l'Afrique blanche et l'Afrique noire n'ont véritablement jamais, au cours de l'histoire, filé le parfait amour et la problématique des migrants qui vient rappeler douloureusement le souvenir de la traite esclavagiste, ne pourrait qu'envenimer ces rapports déjà difficiles et ce, dans un monde où le dialogue des civilisations est de plus en plus difficile, en raison de la montée des extrémismes. Il est donc vivement temps que l'Union africaine qui fait de l'unité du continent son but ultime s'en saisisse, en vue de trouver des mécanismes adéquats de régulation. En attendant, il appartient à chaque Etat de refonder sa gouvernance politique et économique pour sérieusement prendre en compte les rêves de la jeunesse parfois poussée malgré elle sur ces sentiers avilissants de l'aventure.

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