22 Février 2018

Afrique: La faim frappe de nouveau l'Afrique

Photo: Stuart Price/UN
Famille victime de la famine (archive)

La FAO qui tient une conférence régionale à Khartoum, au Soudan, a lancé un signal d'alarme : après des années d'amélioration, la sous-alimentation augmente de nouveau en Afrique.

La conférence qui se tient depuis lundi à Khartoum aborde mercredi une phase plus politique avec l'entrée en scène des ministres d'une cinquantaine de pays.

La table ronde ministérielle va porter sur deux points essentiels : augmenter la productivité de l'agriculture en Afrique et éradiquer la faim de la planète d'ici 2030.

Dans son rapport 2017 sur l'insécurité alimentaire en Afrique, l'Organisation des Nations unies pour l'alimentation et l'agriculture (FAO) rappelle toutefois que les années 2015 et 2016 n'ont pas été bonnes en matière de lutte contre la faim.

"Au cours des dix premières années de ce siècle, l'Afrique subsaharienne a fait d'importants progrès dans sa lutte contre la faim, puisque la région a connu une baisse de la prévalence et du nombre de personnes sous-alimentées", explique Bukar Tijani, sous-directeur général pour l'Afrique de la FAO.

"Cependant, en 2015 et 2016, cette tendance s'est inversée", ajoute-t-il, précisant qu'il s'avère "essentiel" d'intensifier les efforts pour "parvenir à un monde libéré de la faim à l'horizon 2030."

La FAO précise que la prévalence de la malnutrition en Afrique subsaharienne, soit le pourcentage de la population durablement touchée par la faim, a augmenté entre 2015 et 2016, passant de 20,8% à 22,7% de la population.

224 millions de personnes seraient ainsi en sous-alimentation sur le continent, soit un peu plus de 25% des 815 millions d'êtres humains souffrant de la faim dans le monde.

Un Africain sur quatre souffre de la faim

Dans un précédent rapport datant de 2015, la FAO se montrait plus optimiste en soulignant que la prévalence de la malnutrition a été réduite d'un tiers en 25 ans, passant de 33% à 23% entre 1990 et 2016.

"Environ une personne sur quatre en Afrique subsaharienne serait sous-alimentée, alors que le rapport était d'une sur trois en 1990-1992", précisait le rapport 2015.

Celui-ci soulignait toutefois qu'en quantité absolue, le nombre de personnes sous-alimentées "continue de croître."

Globalement, les chiffres n'ont pas beaucoup varié entre 2015 et 2017 mais le ton de la dernière publication se veut plus alarmiste.

L'Afrique de l'Ouest a certes accompli des progrès importants puisqu'elle a réduit de plus de 60% la proportion de personnes souffrant de la faim. La région avait donc atteint un des Objectifs du millénaire pour le développementqui consistait à réduire la faim de moitié.

En revanche, le centre et l'est du continent enregistrent des résultats médiocres qui font chuter la moyenne du continent.

Dégradation du climat et conflits

Parmi les causes principales de cette hausse récente de la sous-alimentation figurent les "conditions climatiques défavorables" liées au changement climatique ainsi que les conflits.

Depuis plusieurs années, l'Organisation des Nations unies pour l'alimentation et l'agriculture souligne d'ailleurs la fréquente concomitance entre ces deux événements. En effet, les sécheresses et catastrophes climatiques sont souvent la cause de conflits liés à des déplacements de populations ou à l'accès aux ressources naturelles telles que la terre et l'eau.

"Plus d'un tiers des conflits violents du monde ont eu lieu en Afrique subsaharienne et la région compte près de 70% de tous les pays touchés par les conflits et connaissant des crises prolongées", ajoute Bukar Tijani.

Dans un autre rapport rendu en décembre 2017 - et concernant cette fois l'Afrique du Nord et le Moyen-Orient, la FAO soulignait que "des conflits prolongés et des crises à répétition dans une poignée de pays du Proche-Orient et d'Afrique du Nord entravent les efforts déployés pour éradiquer la faim dans la région d'ici à 2030."

Les pays en guerre seraient ainsi six fois plus menacés par la famine. Selon la FAO, on comptait ainsi 27,2% de personnes "chroniquement affamées ou sous-alimentées" au cours de la période 2014-2016. Soit "six fois plus que la part de la population sous-alimentée dans les pays non touchés par des conflits".

Explosion démographique

Par ailleurs, les conflits en Afrique, comme en République démocratique du Congo ou en République centrafricaine, touchent principalement les zones rurales et leur impact est encore plus dommageable sur l'agriculture, la production et le transport des denrées alimentaires.

"Nous savons que le continent rencontre beaucoup de difficultés en matière de sécurité alimentaire", explique Kwami Dzifanu-Nyarko-Badohu, le Secrétaire de la Conférence régionale de la FAO pour l'Afrique. "Il y a beaucoup de facteurs : les conditions climatiques qui se détériorent, une population grandissante - tout cela conduit à des besoins énormes. Nous avons en Afrique une agriculture qui est encore de subsistance. Les rendements sont ce qu'ils sont mais l'idée est de voir comment on peut améliorer la productivité."

"Ce n'est pas suffisant parce qu'on a une population grandissante, parce qu'on n'a pas la possibilité d'écouler la production. Cela veut dire qu'il faut penser à des infrastructures. On produit, le rendement est faible alors qu'on a beaucoup de bouches à nourrir", ajoute Kwami Dzifanu-Nyarko-Badohu.

L'Afrique subsaharienne est en effet confrontée à un défi démographique majeur. Sa population augmente en moyenne de près de 3% par an et est passée de 500 millions en 1990 à environ 930 millions en 2013. Les prévisions pour 2050 s'établissent à plus de deux milliards d'habita

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