26 Février 2018

Tunisie: «Rien ne s'arrête pour moi»

Taïeb Louhichi se nourrit de sa passion pour le cinéma, continue à produire des films. Il tourne un documentaire en 2011, «Les Gens de l'étincelle», sur les protagonistes de la révolution tunisienne. Deux ans après «L'enfant du soleil», Taïeb Louhichi revient avec un nouveau film, dont la sortie était prévue à la fin de 2017... Nous l'avons rencontré... Entretien.

Après «L'enfant du soleil» en 2014, vous êtes de retour avec «La rumeur de l'eau»...

J'ai tout simplement continué de rêver!... J'ai beaucoup rêvé en écrivant de multiples versions de ce scénario et, de plus, je voulais tourner ce film dans un lieu proche de chez moi, cette fois, un lieu où je peux traiter l'espace autrement... On m'a connu avec le désert et on m'a collé une belle étiquette que j'aime bien... Les autres le voient comme désert mais moi je le vois comme un espace magnifique et généreux...

Comment traiter un espace du plus grand au plus petit ?... C'est ce qui m'intéresse dans «La rumeur de l'eau» en plus de ce va-et-vient entre le réel et l'imaginaire. Entre-temps, j'ai écrit un roman qui attend d'être révisé... Malgré mon état d'accidenté, rien ne s'arrête pour moi.

A première vue, c'est un film sur l'Opéra...

C'est un film sur un revenant. Après la révolution, cet homme (Anas) en proie à des tourments personnels, amoureux et politiques, revient en Tunisie... C'est un film qui est un tout parce qu'il y a les jeunes, la chronique de ce village, l'histoire de ce monsieur Anas (Enée) sans jeu de mots et puis il y a l'Opéra. Anas, metteur en scène, la soixantaine, revient au pays après la révolution. Il choisit Sidi Bou Saïd et le Musée de la Musique (ex-maison du Baron d'Erlanger) pour remonter l'opéra de Didon et Enée de Henri Purcell, un projet qu'il avait abandonné, il y a vingt-cinq ans. Les habitants du village, et surtout les vieux, ne sont pas heureux de sa présence. Les jeunes, non plus.

En choisissant le village de Sidi Bou Saïd comme décor, vous ne risquez pas de tomber dans les clichés ?

Il y a des lieux fermés comme Ennejma Ezzahra, il y a aussi Dar Jaït et les ruelles qui sont captés selon la dramaturgie du film... Je ne suis pas en train de filmer coûte que coûte tel ou tel décor de Sidi Bou Saïd. De plus, l'Opéra est éclaté à travers tout le village...

Certains critiques disent que vous n'êtes pas un cinéaste qui se répète...

Je suis à contre-courant... J'ai toujours essayé de traiter notre réalité socio-politique du paysan, de l'immigré, du cinéaste, du poète, du metteur en scène d'Opéra, du jazzman... J'ai beaucoup essayé de travailler avec les éléments et ce n'était pas un jeu lorsque j'ai titré «L'ombre de la terre», «La danse du vent», «L'enfant du soleil» et cette fois «La rumeur de l'eau». La terre, le vent, le soleil, et l'eau... En tout cas, j'ai choisi de faire l'art dont je suis convaincu et que j'ai essayé de présenter au public tunisien qui m'est très cher... Donner à voir, émouvoir et donner un peu de réflexion, c'est la seule prétention que je propose personnellement. Que ceux qui n'aiment pas mon cinéma sachent que je les respecte. Sur un autre plan maintenant, personne ne pourra dire que j'ai suivi un itinéraire faux ou corrompu...

Dans votre carrière de cinéaste, quel est le film qui vous a le plus marqué ?

Je n'ai pas de carrière, j'ai un accomplissement... Et puis c'est toujours le dernier film qui me marque. C'est comme le dernier enfant...

Pour vous, l'espace représente une écriture particulière ?

C'est en fonction d'une architecture et d'une atmosphère, qu'il faut essayer de capter, qu'on peut écrire l'espace. L'espace s'écrit également avec des moyens dont on ne possède que le tiers parce qu'on n'a plus la production qu'on avait autrefois comme les sources de pré-ventes avec les télévisions allemandes par exemple... La France saupoudre son aide sur les jeunes avec 10 à 15.000 euros. Cela me fait plaisir mais nous sommes cinéastes tout bonnement, nous ne sommes pas de vieux réalisateurs ou de jeunes réalisateurs... Aujourd'hui, il ne reste heureusement que le ministère de la Culture. Habiter un espace, le sentir et le rendre, on le fait donc avec peu de moyens mais avec une bonne équipe de techniciens et d'acteurs dans ce film.

La mairie de Sidi Bou Saïd nous a ouvert ses portes et le reste ce sont des sponsors privés. Les institutions de l'Etat nous font payer et je le dis tout haut ! C'est une honte! Comment payer des tournages dans des lieux dirigés par le ministère de la Culture? Un film devrait être un projet national où prennent part la compagnie nationale aérienne, le ministère du Tourisme ainsi que toutes les autres institutions. Mais tout ce beau monde ne bouge pas le petit doigt. C'est un administratif qui décide du sort de notre écriture alors qu'ils sont aux petits soins avec les étrangers. Un film doit être un enjeu national... C'est comme ça qu'on peut produire confortablement... De techniciens nous étions obligés de devenir producteurs parce que nous voulions être libres et défendre nos films. Faire des films de commande ou qui obéissent à des subventions ne nous permet pas de préserver nos rêves...

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