4 Mars 2018

Burkina Faso: Attaques terroristes du vendredi - Peur panique sur l'avenue de l'Indépendance

Photo: L'Observateur Paalga
Attaque terroriste à Ouagadougou

Le 2 mars 2018, vers 10 heures, nous étions en train de couvrir une cérémonie de réception de matériel qui se déroulait au ministère de l'Administration territoriale. Nous étions loin d'imaginer que notre reportage allait prendre une tournure tragique, avec ces attaques terroristes qui se déroulaient à moins d'un demi-kilomètre de nous, notamment à l'ambassade de France. Récit d'une matinée mouvementée et à forte dose d'adrénaline.

Le 2 mars 2018, une cérémonie de remise de matériel rassemblait de nombreuses personnalités au ministère de l'Administration territoriale, parmi lesquelles le ministre d'Etat auprès de la présidence du Faso, Simon Compaoré, la ministre déléguée au budget, Edith Clémence Yaka, le chef du département de la Sécurité intérieure, Clément Sawadogo, le directeur général des Douanes, Adama Sawadogo, l'ambassadeur chef de la délégation de l'Union européenne, Jean Lamy, et celui de la République fédérale d'Allemagne.

Ils étaient en cet endroit pour la remise de véhicules et de matériel informatique dans le cadre du Programme de Gestion intégrée des frontières au Burkina Faso (ProGEF), cofinancé par l'Union européenne et mis en œuvre par la coopération allemande.

La cérémonie se déroulait dans la sérénité et la bonne humeur jusqu'au moment des interviews, considérées comme le bouquet final de toute manifestation bien médiatisée.

Pendant que le ministre de l'Administration territoriale, Siméon Sawadogo, se prononçait sur la réception du matériel civil, des crépitements assimilables à des coups de feu se firent entendre, d'abord de manière sporadique, avant de s'intensifier.

Très vite, les éléments chargés de la sécurité des officiels, pour la plupart des gendarmes, sommèrent d'arrêter les entretiens.

C'était le sauve-qui-peut. Les autorités ont été mises à l'abri à l'intérieur du ministère. N'ayant plus d'interlocuteurs, les reporters du jour prirent leurs jambes à leur cou, trouvant refuge au rez-de-chaussée qui grouillait déjà de monde.

Plus les tirs s'accentuaient, plus la peur se lisait sur les visages. Les sentinelles postées à l'entrée ordonnèrent que toutes les portes soient fermées et que chacun rejoigne l'intérieur du bâtiment. Chacun se cherchait, civils comme forces de sécurité. Tous les couloirs sont alors pris d'assaut.

Ne sachant pas où donner de la tête, nous décidons de quitter les lieux en slalomant entre des véhicules. Nous traversons l'avenue de l'Indépendance pour nous retrouver dans le ministère de l'Education nationale, avant de retraverser la chaussée pour nous engouffrer cette fois-ci dans l'enceinte de l'ex-ministère des Sports et des Loisirs.

De notre refuge, nous apercevons une épaisse fumée qui obscurcissait le ciel du côté du grand marché, et qui se révélera plus tard provenir de l'état-major général des Armées, qui était aussi attaqué.

Notre instinct de journaliste se réveilla finalement et nous conduisit sur le terre-plein central de l'avenue pour une éventuelle prise d'images de ce décor apocalyptique. La voie est déserte ou presque. En effet, quelques motocyclistes téméraires et qui ne semblent pas mesurer l'ampleur du danger tentaient de se frayer un passage, malgré les barrages.

Ils sont très vite sommés de rebrousser chemin parce que s'approchant de l'épicentre du danger. A un moment où la panique se lisait dans tous les gestes et sur tous les visages, le Code de la route pouvait attendre. La circulation se faisait dans tous les sens.

Pendant que les tirs et les détonations redoublaient, nous rejoignîmes quelques journalistes intrépides et nous formâmes un groupe à quelques pas du portail de la direction générale de la Police.

Chacun appelle pour avoir plus de précisions sur les événements, pendant que les éléments de la police sécurisent leurs locaux. La riposte s'organisait petit à petit. Des gendarmes et des policiers à bord de pick-up ou à moto fonçaient sous nos yeux en direction de la primature, considérée comme le lieu de l'attaque.

Dans ce désordre ambiant, un policier par inadvertance tira au sol. L'agent légèrement blessé est très vite conduit à l'intérieur. De notre planque, nous apercevons un hélicoptère survoler le Premier ministère. Les tirs s'accentuèrent.

Un deuxième hélicoptère arriva, pendant qu'un correspondant d'une chaîne étrangère nous apprend que l'ambassade de France et l'état-major ont été la cible de terroristes lourdement armés. Quelques minutes après, un troisième hélico, de couleur treillis, passa au-dessus de nos têtes.

Le dispositif sécuritaire se renforçait avec l'arrivée de véhicules militaires qui défilaient à toute vitesse, évitant les barrages sur l'avenue déserte.

Nous progressâmes en rasant les murs, ce qui nous conduisit à la direction régionale des Douanes, à la Trésorerie française et à l'Institut géographique du Burkina, où nous sommes obligés de montrer patte blanche devant des agents très méfiants, d'autant plus que l'un des nôtres portait un gilet pare-balles.

Nous poursuivîmes notre progression au moment où une grosse explosion se faisant entendre. C'est du parking de la Télévision nationale, qui est justement en face de la représentation diplomatique française que nos interrogations commencèrent à trouver des réponses.

Nous constatâmes qu'une partie du mur de la chancellerie et des ouvertures vitrées de la guérite étaient criblées de balles.

A l'entrée, deux véhicules stationnés retinrent notre attention. Le premier, calciné littéralement, semble avoir été freiné dans son élan par un autre qui n'a pas été vraisemblablement endommagé.

Des gendarmes sécurisaient le lieu. Très tendus, ils nous interdisent les prises de photos. Un communiqué du Service d'information du gouvernement annonce la neutralisation de quatre terroristes. Peu avant 13 heures, les gendarmes autorisaient les agents du Trésor et des ministères environnants à rentrer chez eux.

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