4 Mars 2018

Burkina Faso: Attaques terroristes du vendredi 2 mars - Ouaga reste debout

Photo: L'Observateur Paalga
Attaque terroriste à Ouagadougou

Dès que les commerçants du grand marché, Rood Woko, ont entendu le retentissement des balles, guidés par l'instinct de survie, ils ont mis la clé sous le paillasson.

Si bien que la rue Ousmane Sibiri, sur laquelle trône L'Observateur Paalga, était devenue desserte. Habituellement, il règne dans cette ruelle un désordre indescriptible, mais le vendredi 2 mars on pouvait même s'amuser à y dresser des poteaux pour jouer au ballon.

Ouagadougou venait ainsi de subir la troisième attaque terroriste. Le lendemain, les boutiquiers ont fait preuve d'une résilience extraordinaire.

La rue Ousmane Sibiri présentait le décor qui lui est propre : mauvais stationnement des véhicules poids lourd, charrettes à traction asinienne garées pêle-mêle, usagers des deux-roues et des quatre-roues se frayant un passage dans le capharnaüm.

Eh oui ! La vie avait repris son cours normal. Mais les souvenirs restent intacts dans la mémoire de ceux-là qui ont failli passer de vie à trépas. «Quand il y a eu la forte détonation, c'était le sauve-qui-peut général.

Si certains ont pu fermer leurs boutiques, d'autres ont pensé à sauver leur vie d'abord. C'est quand la situation s'est apaisée qu'ils sont revenus sur leurs pas pour sécuriser leurs commerces », relate Omar Nikièma.

L'attaque de l'état-major, c'est sûr, a mis la peur au ventre de plus d'un. A cause de cette psychose, l'idéal pour lui aurait été d'attendre lundi pour rouvrir les boutiques.

Hélas, il faut bien faire bouillir la marmite ! «C'est vraiment parce qu'on n'a pas le choix qu'on a ouvert ce matin. Si nous n'ouvrons pas, nous n'allons pas manger. Il faut bien que nous assurions notre pain quotidien», explique M. Nikiéma.

Le bruit assourdissant de la détonation a fait fuir la commerçante Rasmata Konfé sans se préoccuper de tout ce qu'il y avait autour d'elle.

«Dans la débandade, j'ai même abandonné mon enfant ; heureusement, mon voisin s'est occupé de mon rejeton », a-t-elle confié avant de se livrer à un commentaire : «Je n'arrive toujours pas à croire à cette attaque.

Je me demande toujours comment des terroristes ont pu s'en prendre à l'état-major malgré le dispositif sécuritaire qu'il y a tout autour. J'en conclus alors qu'ils ont eu l'aide d'une main interne.»

Non loin de la scène du crime est installé Alidou Ouédraogo, vulcaniseur. C'est de justesse que son atelier n'a pas été inclus dans le périmètre de sécurité mis en place suite à l'attaque.

Malgré le fait qu'il n'était pas présent sur les lieux la veille, il n'a toujours pas le moral. Contrairement à certains commerçants qui ont repris leurs activités, ce monsieur patiente par mesure de prudence.

Avec une dizaine d'autres personnes assises non loin du théâtre des opérations du vendredi 2, il observe le va-et-vient des Forces de défense et de sécurité (FDS), qui scrutent les moindres mouvements. La voix encore nouée par l'émotion, il nous raconte comment il a vécu les premières heures de la barbarie : «De Tampouy, où je réside, je venais ici à l'atelier.

Mais arrivé au quartier Larlé, j'ai reçu un coup de fil d'un de mes voisins de l'atelier, qui faisait état d'une attaque en cours et du fait que la zone était devenue inaccessible. J'ai dû faire demi-tour pour ne pas être témoin d'une telle horreur, parce que je sais être quelqu'un de très sensible. Je suis là ce matin mais je n'ai pas l'esprit au travail.»

Comme lui, beaucoup d'autres riverains, lors de notre passage, disaient se remettre difficilement des évènements, au point de ne pas avoir de voix pour dire un mot.

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