5 Mars 2018

Burkina Faso: Attaques terroristes du vendredi 2 mars - Ils ont osé violer le saint des saints !

Photo: L'Observateur Paalga
Attaque terroriste à Ouagadougou

Personne n'aurait parié un rond là-dessus : ils ont osé attaquer le saint des saints et en plein jour. Une double attaque terroriste, revendiquée depuis par le Groupe de soutien à l'islam et aux musulmans (GSIM), a visé le vendredi 2 mars 2018 l'état-major général des armées et l'ambassade de France au Burkina. Retour sur une journée de terreur à Ouaga.

Il est un peu plus de 9h ce vendredi matin au ministère des Affaires étrangères à Ouagadougou. De nombreux journalistes assistent à la signature d'un accord de prêt entre le Burkina et le Japon en vue de la réhabilitation du tronçon Gounghin-Fada, une portion de la tristement célèbre route nationale 4.

Prennent part à cette cérémonie le chef de la diplomatie, Alpha Barry, et ses collègues Rosine Coulibaly et Eric Bougouma ainsi que l'ambassadeur nippon Tamotsu Ikezaki. La cérémonie est bon enfant.

Les différents interlocuteurs multiplient les traits d'humour à l'image de l'ambassadeur qui arrache des sourires à l'assistance avec sa maîtrise plus qu'approximative des langues locales et en narrant ses mésaventures sur cette route pas du tout diplomatique. En un mot comme en mille, il y avait de la joie dans l'air.

La sympathique cérémonie s'achève vers 10h. Quelques participants flânent encore sous le hall pour la pause-café du jour, particulièrement bien fournie. Personne ne se doute à ce moment-là de ce qui se trame à un jet de pierre.

Dame rumeur s'empare de Ouaga

10h20. En mettant les pieds dans la rue, on est frappé par quelque chose d'inhabituel. La rue fourmille d'usagers qui pressent le pas. On dirait qu'ils fuient tous un fantôme.

« Il paraît qu'il y a des tirs vers l'ambassade de France », nous informe une consœur au parking qui attend confirmation de l'inquiétante nouvelle qu'elle a reçue au téléphone. Comme pour ne plus laisser place au doute, des coups de feu retentissent juste derrière nous. L'ambassade de France est à quelques encablures du ministère.

Les journalistes, têtes baissées, se mettent à couvert contre le mur de briques rouges. « Des tirs, cela ne veut pas dire que c'est une attaque. Arrêtez de dramatiser », tente de temporiser un confrère qui préfère, lui, croire à un exercice militaire, comme on en voit régulièrement depuis que le Burkina est la cible d'attentats terroristes.

Des gendarmes en faction de l'autre côté de la rue dans ce secteur de la capitale habituellement très protégé viennent évacuer des travailleurs du bâtiment. Les ministres, eux, avaient déjà quitté les lieux. Les pandores invitent journalistes et riverains à s'éloigner de la zone et à se diriger vers l'est.

Eux-mêmes ne savent pas exactement la nature des coups de feu qu'on entend depuis une dizaine minutes mais se tiennent prêts à toute éventualité : les barricades autour de leur guérite sont repositionnées et ils gardent leurs kalachs en position de tir.

Sauve-qui-peut

Nous nous éloignons, dans un mouvement d'ensemble, de l'épicentre des détonations. Un coup d'œil dans le rétroviseur et on aperçoit une colonne de fumée noire s'élevant dans le ciel dans la zone du Premier ministère. Les choses semblent plus graves qu'on ne l'imaginait.

Du quartier 1200 Logements à Koulouba, les mêmes scènes de rues désertes, de commerces fermés, et quelques motocyclistes qui filent à vive allure sans se soucier le moins des feux tricolores et, pire, du sens de la circulation. On enregistre déjà quelques accidents.

Symbole de cette débandade générale, non loin du rond-point des cinéastes, un carambolage implique une moto, une voiture et un vélo. Leurs propriétaires ont tous poursuivi le reste du chemin à pied, sans l'interminable débat sur qui avait raison et qui avait tort.

10h35. Nous sommes de retour à la rédaction pour recouper les informations. Un collègue nous apprend qu'une forte explosion s'est produite à l'état-major général des armées et a été ressentie jusqu'à L'Obs.

Il s'agirait donc d'une attaque simultanée. Sur les réseaux sociaux, plusieurs lieux sont évoqués : la primature, l'ambassade de France, l'état-major, l'Institut français. C'est la confusion totale.

10h40. Nous décidons d'aller voir les choses d'un peu plus près au quartier général de la grande muette, situé pas loin du siège du canard.

Le grand marché est étrangement vide pour un vendredi matin. Toutes les boutiques ont été fermées en un temps record. Les petits commerçants fuient la zone en prenant le soin d'emporter leur fonds de commerce.

10h43. Des salves retentissent alors que nous essayons de nous approcher de l'état-major d'où se dégage un immense brasier. Les éternels badauds sont encore au rendez-vous pour observer ce spectacle de fin du monde.

Chez les propriétaires des boutiques le plus proches, on en est toujours à se demander si c'est une attaque terroriste ou pas : « Ça doit être entre eux là-bas (Ndlr : entre militaires) ».

« Ça là, ça ne doit pas être des djihadistes, c'est entre eux. On ne fuit pas devant djihadiste, j'ai vu des militaires prendre le mur », poursuit un autre. L'endroit ciblé, l'état-major, l'antre du commandement militaire, semble, selon nos pseudo-analystes, exclure l'hypothèse d'une attaque à caractère terroriste.

10h48. Les quelques journalistes qui sont au plus près du foyer ne sont pas pour autant mieux informés. A part les crépitements d'armes, aucun dispositif militaire n'est visible sur le terrain. Impossible donc se faire une idée précise de la nature des événements en cours.

Les reporters en sont réduits à garder un œil sur leur Smartphone et une oreille collée radios qui ont commencé des émissions directes. Mais le flou reste entier.

La Police nationale qui publie un communiqué sur sa page Facebook n'est pas apparemment plus avancée que les médias. Les flics informent le public qu'il y a une « attaque » « aux alentours du Premier ministère » et « aux alentours du rond-point des Nations Unies ».

D'autres sources évoquent également le camp guillaume et même la cathédrale. Un badaud assure que l'aéroport est en ce moment encerclé. « C'est maintenant clair, c'est un coup d'Etat », fait-il savoir très convaincu de son hypothèse.

10h55. Nous nous sommes encore rapproché de la fournaise, sous un immeuble en face de la banque SGBF. L'explosion a soufflé la façade du bâtiment dont les vitres ont volé en éclats.

Deux cadreurs de deux médias internationaux, ignorant le danger, s'avancent vers le brasier pour flasher l'incendie.

Des riverains, au moins deux, racontent avoir vu les assaillants. « Ils sont arrivés en véhicule. L'un m'a même salué. Le garde semble avoir remarqué quelque chose il m'a dit de quitter les lieux. C'est juste après que j'ai entendu les tirs.

Ils ont tiré d'abord sur la sentinelle, je pense qu'elle est morte », raconte le premier. Un autre qui tient son récit d'un témoin qui s'était évanoui à cause du choc témoigne : « Ils étaient 4 dont 2 à moto et 2 dans un taxi. Ils sont arrivés et ont crié "Astafourlaye" avant de tirer ».

Pendant que les pisse-copie recueillaient ces témoignages parfois contradictoires et farfelus, plusieurs fortes détonations se font entendre.

Plus de temps de replier, tout le monde se réfugie dans la cour de l'immeuble. Une femme qui avait profité d'un petit instant d'accalmie pour sortir de sa cachette pousse des cris d'effroi à chaque déflagration.

Finalement en larmes, elle se claustre contre un inconnu qui la congédie aussitôt : « Si tu as peur, rejoins les autres ». L'épouvantée s'exécute et va rejoindre à grandes enjambées un groupe de femmes tout aussi apeurées sous une cage d'escaliers.

11h03. Les tirs s'intensifient, le Bishop Mc Claver Yaméogo, le directeur général de Radio Jam Ouaga qui était présent sur les lieux, tout ce temps demande aux journalistes et curieux de fuir la zone.

Il croit savoir que les assaillants s'ils sont attaqués, vont tenter de s'échapper vers ce côté-ci de l'état-major et nous risquons d'être pris dans le feu des forces de défense et de sécurité.

On se retrouve à couvert derrière des tricycles que leurs propriétaires ont abandonnés dans leur fuite. Pas le temps de prendre son aise. Les détonations reprennent de plus belle et semblent provenir de pas loin. Tout le monde se met à terre avant de reprendre ses esprits pour quitter la zone qui devient infernale.

La puissance de feu a fait sortir des commerçantes qui s'étaient enfermées dans leur magasin pour protéger leur bien.

« Moi, tous mes effets sont là-bas », s'inquiète un jeune homme à la vue de la scène et de poursuivre : « J'ai surtout peur pour El Hadj. Tous ses employés ont fui en laissant vide son magasin d'or. En plus, il fait Orange money. Il a un coffre-fort à l'intérieur. »

11h05. Nous sommes à une station-service en face du haut-commissariat du Kadiogo. Pour la première fois depuis la matinée on voit des signes d'une possible opération en cours : un char, en l'occurrence, se met en position à proximité de la SGBF.

Des sapeurs-pompiers érigent des barricades de fortune avec des pneus et des bancs pour fermer la voie qui passe devant leur caserne.

11h13. Deux « codos », armés de kalachnikovs, avancent le pas précautionneux vers le théâtre des opérations en se mettant à l'abri derrière les boutiques.

Des pompiers, dont des gradés, quittent leur caserne pour s'éclipser dans le chaudron.

11h19. La flopée de curieux qui avait été forcée à battre en retraite par la force des choses revient au plus près de l'action, imperturbable. Une présence qui incommode les militaires et les pompiers de plus en plus visibles.

« Partez, c'est pour votre sécurité », peste un officier. On ronchonne, quelques-uns obéissent et d'autres font toujours le dos rond.

Un soldat a alors l'idée de tirer en l'air. Effrayé par ce bruit si près, les récalcitrants se sauvent par les quatre coins. Quelques-uns fulminent contre le bidasse qui vient de gaspiller une balle qui pouvait être utile au front.

11h36. Les tirs nourris reprennent. Nouvelle débandade chez les musards qui avaient commencé à reconstituer le groupe. La maréchaussée se met à l'abri. « Même les chefs veulent fuir », se moque un quidam.

11h39. Un blindé médical arrive sur le théâtre des opérations.

La chaleur se fait pesante. Deux jeunes volontaires apportent dans une glacière des sachets d'eau pour les éléments déployés qui s'empressent de s'hydrater.

Des mouvements de blindé sont encore visibles. Un aéronef tournoie maintenant dans le ciel.

Un véhicule diplomatique s'arrête à hauteur d'un des barricades. A bord, deux hommes de race blanche, gilet au poitrail et talkie-walkie en vue. Après avoir échangé quelques mots avec les Burkinabè, ces soldats en civils foncent en direction de l'ambassade de France, l'autre point chaud de la journée.

Un fou se fait bastonner

11h54. Ignorant ce qui se passe, un fou débarque à l'une des barrières. Un soldat le somme de changer de chemin. Le malade mental reste de marbre malgré les menaces du militaire. Face à cet homme en guenilles, incapable de comprendre son environnement extérieur, les soldats se mettent à deux pour le bastonner qui avec un ceinturon qui avec une branche. Le handicapé mental reçoit plusieurs coups avant de ressentir la douleur. Il prend ses jambes à son cou, le visage sanguinolent.

12h03. Les premiers blessés sont évacués. Une soldate, pieds nus sous le choc, est conduite à la brigade de sapeurs-pompiers, une militaire sans ses chaussures.

Il règne un long moment de calme marqué par l'exfiltration des miraculés de l'explosion. Ce silence est brisé par un coup de feu. Un militaire, sûrement sous la pression, a appuyé par erreur sur la gâchette. Fort heureusement le canon était dirigé au sol.

12h17. Des éléments de l'unité d'intervention progressent en direction de la porte sud de l'état-major en se couvrant derrière les barbelés récemment installés mais qui n'ont pas pu protéger le bâtiment.

12h55. D'autres blessés sont conduits en soins. Un fourgon d'incendie se dirige vers les ruines où la fumée s'était quelque peu dissipée.

13h31. D'autres barrières de fortune sont érigées. Des pandores exhortent une fois de plus les curieux et les hommes de médias à vider les lieux. Un ancien correspondant de guerre conseille aux jeunes de suivre les consignes. Et pour prouver le prix d'une prise de risque, il montre les traces de balles sur son corps. « Ça, c'est en Yougouslavie et ça au Rwanda », dit-il. Cette démonstration s'avère plus convaincante que les injonctions des gendarmes. Les scribouillards battent en retraite.

13h50. Une courte reprise des hostilités est suivie d'un long silence. Nous profitons de ce répit pour faire un tour au niveau du Poste médical avancé installé au stade municipal. L'endroit est gardé par des policiers. L'un des flics nous informe qu'aucun blessé n'a pour l'heure été accueilli. L'accès nous étant interdit, nous avons juste le temps d'apercevoir par l'une des portes ouvertes une tente installée sur le gazon et une équipe de la Croix-Rouge qui attend les blessés.

Même refus au niveau du camp Guillaume qui reçoit le gros des blessés. Impossible même d'approcher à des centaines de mètres, le camp étant transformé en forteresse.

14h15. Retour dans les environs de l'état-major pour s'apercevoir que les barrages s'étaient faits plus nombreux. Toute la zone du centre-ville quadrillée. On apprend par les médias que les assaillants que personnes n'hésite plus à qualifier de terroristes ont été « neutralisés », selon la formule consacrée. L'un d'eux serait en fuite vers le grand marché. C'est justement aux abords de Rood-Woko que les derniers coups de feu sont entendus peu après 15h.

Un communiqué de la gendarmerie annonce, à 16h30, 4 assaillants abattus à l'état-major et 4 autres à l'ambassade de France. Les gendarmes invitent par ailleurs la population à vaquer à ses occupations tout en évitant les périmètres fermés.

Le ministre de la Sécurité, Clément Sawadogo, anime en début de soirée une conférence de presse où il informe que l'attaque a fait sept victimes du côté des forces de l'ordre. Ce chiffre sera ramené à 8 après le décès d'un blessé grave. On dénombre également une quatre-vingtaine de blessés. Le premier flic en dit un peu plus sur le mode opératoire des djihadistes au niveau du QG de l'armée : ils auraient utilisé un véhicule bourré d'explosifs. Selon le ministre, une réunion du G5 Sahel devait y avoir lieu. Aux dernières minutes, la salle a été changée, ce qui a permis à son avis de sauver de nombreuses vies.

Le jour suivant

9h. Les Ouagalais ont dormi et se sont réveillés avec un sentiment mélangeant incompréhension et inquiétude. Comment l'hydre terroriste a-t-elle pu frapper un endroit censé être l'un des plus sécurisés de la ville et en pleine journée ? De nombreux badauds reviennent sur les lieux du crime pour essayer de comprendre. A côté, la vie essaie tant bien que mal de reprendre son cours normal.

9h05. Un bus franchit le cordon de sécurité qui délimite toujours la zone de l'attaque. A bord, de nombreux journalistes qui 24h après les événements peuvent enfin s'approcher de plus près des décombres. En face de la justice militaire, traînent des charrettes abandonnées par les vendeurs d'eau ambulants dans la débandade. Il n'y a plus rien dans les glacières. Leur contenu a dû servir la veille avec cette chaleur torride à l'effort de guerre.

De nombreux hommes gardent l'entrée de l'état-major dont la façade principale, à part quelques vitres soufflées, ne présente aucun signe de l'attaque. Le Premier ministre, Paul Kaba Thiéba, arrive dans quelques instants pour visiter les lieux. Le directeur de la Communication du Premier ministère informe la nuée de journalistes nationaux et internationaux qu'elle n'aura pas accès à l'intérieur du bâtiment parce que c'est une enceinte militaire. Il faut donc se résoudre à observer de l'extérieur la bâtisse attaquée pour constater l'ampleur des dégâts.

Côté est, de nombreux impacts parsèment la devanture. Une porte défoncée laisse entrevoir qu'un pan du bâtiment s'est écroué. Les fenêtres, les portes et autres ferrailles côtoient les climatiseurs au sol. A proximité, plusieurs véhicules d'usagers ont été soufflés. En faisant le tour pour se rendre vers le côté du bâtiment où les terroristes sont entrés, on est accueilli par une forte odeur de brûlé. Tous les immeubles voisins en face ont été touchés par l'explosion qui a embrasé des cocotiers et de nombreux véhicules qui étaient stationnés dans la cour de l'infrastructure militaire.

La vitre côté passager d'un blindé est brisée. Selon nos informations, la sentinelle qui y était juchée a été la première personne à avoir été tuée lors de l'attaque. Les terroristes, à bord d'une Nissan Almera, auraient en effet brûlé le feu au niveau du Trésor. Des policiers municipaux postés au niveau de l'hôtel de ville ont tenté d'arraisonner le véhicule mais comprenant le danger, ont renoncé. Arrivés à hauteur de l'état-major, ces hommes armés ont ouvert le feu sur la sentinelle et on ne sait encore trop comment ils ont réussi à entrer avec leur voiture minée dans l'enceinte de l'état-major. La suite, on la connaît.

9h36. Alors que les nombreux scribouillards attendent encore le chef du gouvernement, un véhicule arrive à leur hauteur. Sur le siège passager, le chef d'état-major général des armées, le général Oumarou Sadou. C'est sa première apparition publique après les événements de la veille. Aux premières heures de l'attaque, beaucoup de folles rumeurs ont circulé à son propos. On le disait, par exemple, otage des terroristes. Mais il n'en était rien.

Les gardes du PM en tenue de guerre

Une dizaine de minutes plus tard, le maître des lieux est aux côtés de la délégation composée entre autres du ministre de la Sécurité, de celui de la Défense qui accueille Paul Kaba Thiéba à son arrivée. Et signe de la gravité de la situation, tous les gardes du Premier ministre, habituellement en costard cravate, sont en tenue de guerre.

10h46. Après environ une heure de visite à travers ce qui reste du centre de commandement de l'armée, le chef du gouvernement, la mine grave, affirme y avoir vu des « scènes apocalyptiques ». Il condamne cet attentat « lâche » et tient à tenir un discours de fermeté : « Rien n'ébranlera la détermination du peuple burkinabè à surmonter l'adversité à lutter contre les forces du Mal. Ce ne sont pas les attaques terroristes qui vont nous décourager Nous allons surmonter cette épreuve. »

Comment les terroristes ont-ils pu franchir la porte de l'état-major ? Interrogé, le Premier ministre préfère attendre les résultats de l'enquête déjà ouverte. Il concède toutefois : « Les terroristes adaptent leur mode opératoire. Nous devons, nous aussi, rester vigilants et tirer des leçons».

11h25. Après un bref passage à l'hôpital Yalgado où sont reçus des blessés au niveau du service d'urgences traumatologiques, le PM visite l'ambassade de France, également visée presque au même moment que l'état-major. Sur la chaussée en face de la guérite, la carcasse calcinée d'une voiture à bord de laquelle sont arrivés les quatre jeunes hommes. Ils ont d'abord abattu un gendarme burkinabè en faction et, signe de leur détermination, ont mis le feu à leur véhicule.

Le maître de céans, Xavier Lapeyre de Cabanes, qui était présent sur les lieux au moment des faits, refait le film de la journée à son hôte. Les assaillants ont tenté en vain de percer le blindage du poste de contrôle. Ils ont ensuite fait le tour du bâtiment pour espérer détruire à la kalachnikov les autres vitres blindées et s'ouvrir les portes de la représentation diplomatique. Même échec. Menacés d'ouvrir la porte, les agents au poste du service des visas tiennent bon et peuvent compter sur le blindage. Finalement, les quatre jeunes gens parviennent à accéder à une annexe de l'ambassade dont l'entrée est moins protégée. C'est là qu'ils seront abattus par les gendarmes burkinabè et les forces spéciales françaises de l'opération Sabre basées à Kamboinsin, à la périphérie de la capitale.

Pour l'ambassadeur, en attaquant simultanément des intérêts burkinabè et français, les forces du Mal essaient de diviser les deux pays engagés ensemble dans la lutte contre le terrorisme à travers notamment la mise en œuvre de la force conjointe du G5 Sahel. « C'est justement ce qui n'arrivera pas », a assuré Xavier Lapeyre de Cabanes.

Le diplomate ne croyait pas si bien dire. Dans la soirée on met enfin un nom sur les auteurs de cette barbarie. Le Groupe de soutien à l'islam et aux musulmans (GSIM) revendique cette double attaque. Cette action sanglante a été menée, selon le message transmis à l'agence mauritanienne Al Akhbar, «en réponse à la mort de plusieurs de ses dirigeants dans un raid de l'armée française dans le nord du Mali » lors d'une opération de la force Barkhane le 14 février dernier.

Le chef de cette coalition de monstres, composée notamment d'Ansar Dine et d'Al-Mourabitoune, n'est autre que le Malien Iyad Ag Ghali, qui avait pris ses quartiers à Ouagadougou du temps où l'ancien président Blaise Compaoré jouait le médiateur dans la crise malienne. Le 2 mars 2018, cela faisait une année que le groupe annonçait sa création. Et les fous d'Allah ont voulu souffler d'une manière sanglante leur première bougie à Ouagadougou.

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