4 Mars 2018

Ile Maurice: Ameenah Gurib-Fakim - L'encombrante présidente

Photo: The Presidency of Mauritius
The 6th President of the Republic of Mauritius, Ameenah Gurib-Fakim.
opinion

Lorsqu'elle a prêté serment en tant que présidente de la République, le 5 juin 2015, la popularité d'Ameenah Gurib-Fakim atteint des sommets. Trois ans après, la situation n'est plus la même. Son nom est désormais étroitement associé à Alvaro Sobrinho. Qu'est-ce qui s'est passé ?

«Sur l'échelle de mon estime, elle est à la dernière marche.» Comme de nombreux Mauriciens, Mégane estime que les divers scandales qui éclaboussent la présidence nuisent à l'image du pays. «Elle aurait dû démissionner. Lorsqu'elle a été nommée, je m'étais dit que pour une fois, un gouvernement a pris une bonne décision car elle faisait la fierté du pays. Là, je me demande ce qu'elle va faire - si elle tient jusqu'à la fin - car personne ne la prendra au sérieux», lâche la jeune femme, dépitée. Pour elle, Madame la présidente est une déception...

Le sentiment est le même pour Fatima. «Lors de sa nomination, nous pensions que c'était un grand pas en avant. Une femme présidente, ça nous rendait tous fiers. Aujourd'hui, je me dis qu'on aurait mieux fait d'y mettre enn pié banann, nous aurions eu moins honte», ironise-t-elle. Sans parler du fait que les actions d'Ameenah Gurib-Fakim n'ont pas marqué les esprits, contrairement aux polémiques. «Qu'a-t-elle fait de concret à part collectionner les médailles, les titres honorifiques et les voyages ?»

L'annonce

Il s'agissait d'une promesse électorale. Et pour une fois, elle a été tenue. En cas de victoire, l'alliance Lepep promettait d'octroyer le poste de présidente à la scientifique. Une nouvelle accueillie à l'unanimité et cela a pesé dans la balance le jour du vote. Non seulement le quota communal était respecté, mais une femme de science au château de Réduit, cela changeait d'anciens politiciens.

Le 29 mai 2015, Kailash Purryag démissionne de la présidence. Le 30 mai, Ameenah Gurib-Fakim est au marché de Quatre-Bornes et choisit elle-même ses légumes. Cinq jours plus tard, Ameenah Gurib-Fakim prête serment. Elle est saluée par la majorité, l'opposition, la presse et le public, car avoir une femme de calibre et spécialiste dans son domaine est un honneur pour le pays, qui avait la patate. Au début, Madame la présidente est accessible, souriante, avenante. Elle accorde des interviews, répond aux questions des journalistes et à son téléphone. Aujourd'hui, c'est le silence radio. Enfin, quand elle ne fait pas de déclaration à RadioPlus ou des discours préparés, diffusés par la MBC...

La chute

La grogne commence à se faire entendre le 19 novembre 2016. Lorsqu'un article paru dans l'express fait état des voyages de la présidente. D'ailleurs, elle est attendue à Azerbaïdjan le 15 mars 2018 pour une conférence. À l'époque, elle a beau se justifier en disant qu'elle a rapporté plus d'un milliard de roupies au pays, rien n'y fait. Les membres du gouvernement ne voient pas ses déplacements d'un bon oeil. Anil Gayan prend position contre elle et les mauvaises langues ironisent sur le fait qu'elle est souvent «en transit» à Maurice...

Elle anime alors des conférences, accorde des interviews à la presse étrangère et commence à disparaître du paysage médiatique local. Le silence est d'or, dit-on, mais pas dans ce cas...

Enter Alvaro

Surgissant de nulle part, tel Dracula au milieu de la nuit, le milliardaire angolais et ami de la présidente arrive à Maurice. Alvaro Sobrinho souhaite obtenir une licence bancaire. Petit à petit, la «mauvaise réputation» de l'Angolais, empêtré dans des scandales politico-financiers, fait surface et éclabousse la plus haute instance de l'État.

Le secrétaire de la locataire du château du Réduit a même bénéficié d'une voiture offerte par l'Angolais avant d'être son employé. La présidente aurait fait un forcing pour que la Financial Services Commission octroie une licence à son ami. Plus récemment, l'express a révélé que des fonds de Planet Earth Institute (PEI), dont elle était Vice-Chairman, auraient mis des fonds à sa disposition. Alors que les scandales grossissent, la présidente adopte la politique de l'autruche, refuse de donner des explications logiques.

Et puis, depuis mercredi, il y a ce que l'on connaît désormais comme l'affaire Platinum Card. Ameenah Gurib-Fakim aurait utilisé une carte de crédit, allouée par PEI et émise par la Barclays, pour s'acheter des bijoux et des vêtements.

Quel sera le prochain move d'Ameenah Gurib-Fakim ? Attendons voir. D'ici là, que ce soit sur les ondes des radios privées, sur les sites Internet ou les réseaux sociaux, les Mauriciens réclament des explications, voire sa démission. Il s'agit de son devoir moral, martèlent-ils...

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