8 Mars 2018

Afrique: Décennie de la Femme Africaine - Opportunité ou défi pour les femmes d'Afrique ?

analyse

En déclarant « 2010-2020, la décennie de la femme africaine, pour l'égalité des droits entre hommes et femmes », l'Union Africaine offre une opportunité pour les sociétés africaines de continuer le combat de l'autonomisation des femmes.

La déclaration d'une telle décennie est la preuve que l'égalité entre l'homme et la femme demeure un véritable défi sur le continent. Relever ce défi nécessite l'attention et la contribution de tous, au-delà aussi bien des femmes que des institutions régionales telles que l'Union Africaine.

Les rôles de la femme ont beaucoup évolué en Afrique au fil des années. Elle n'est plus tout le temps vue comme celle qui donne seulement la vie et vaque aux occupations ménagères. Aujourd'hui, comme les autres membres de sa communauté, sa capacité à contribuer positivement aux initiatives de développement de sa localité ou à participer à toute autre activité pouvant avoir un impact sur son environnement, sa communauté et son pays, est de plus en plus reconnue. L'évolution des politiques dans différents pays démontrent que les femmes ont, au cours de ces dernières années, obtenu plus de transformations sociales et ont relevé de nombreux défis grâce à leur engagement, leur mobilisation et leur détermination.

Même s'il est évident que l'engagement des décideurs sur la question n'est pas souvent visible, des progrès ont été réalisés. Au Sénégal et en Côte d'ivoire par exemple, des efforts ont été faits pour davantage impliquer les femmes dans les instances de prise de décision et renforcer le respect de certains de leurs droits. La loi sur la parité adoptée au Sénégal depuis 2010 octroie les mêmes prérogatives aussi bien aux femmes qu'aux hommes pour les postes électifs. La loi stipule dans son article premier que : « La parité absolue homme-femme est instituée au Sénégal dans toutes les institutions totalement ou partiellement électives. » Ceci oblige les partis politiques à s'y conformer pour le choix de leurs candidats.

La Côte d'Ivoire, après avoir voté en 1998 des lois réprimant toutes les formes de violences à l'égard des femmes et les mariages précoces, s'est dotée en 2012 d'une nouvelle loi sur le mariage qui permet désormais à la femme mariée d'être responsable de la famille au même titre que son conjoint, et de bénéficier ainsi de la réduction de l'impôt général sur le revenu.

Ainsi l'article 58 nouveau stipule que : « La famille est gérée conjointement par les époux dans l'intérêt du ménage et des enfants. Ils assurent ensemble la direction morale et matérielle de la famille, pourvoient à l'éducation des enfants et préparent leur avenir », alors que l'article 58 de la loi de 1964 stipulait que le mari est le chef de la famille. Une telle avancée a également été notée au Sénégal avec l'abandon de la surimposition des femmes mariées.

La Côte d'Ivoire a également adopté en 2015 une nouvelle loi relative à l'enseignement qui rend obligatoire la scolarisation de tous les enfants, filles et garçons, âgées de 6 à 16 ans. D'autres initiatives d'envergures variables ont été prises dans d'autres pays Africains pour renforcer l'équité et l'égalité entre les hommes et les femmes. Mais pour que toutes ces initiatives aboutissent il faudrait que les femmes prennent elles-mêmes le devant de la scène et continuent leur plaidoyer pour encourager les autres acteurs de la société à s'aligner et à supporter leur cause.

Khadijatou Diallo, 62 ans est une Bajenu Gox ou "une marraine" du quartier, elle joue l'intermediaire entre les communautes et la maison de justice sur les questions de sante maternelle et acces a la justice

Cela doit commencer par l'application du cadre légal existant associé à une vraie volonté politique pour améliorer cette situation. Car dans bon nombre de pays africains, bien qu'il existe de nombreux instruments de protection, les droits de l'Homme ne sont toujours pas respectés, en particulier ceux de la femme. Par exemple, la Déclaration Universelle des Droits de l'Homme, la Convention sur l'Elimination de toutes les formes de Discrimination à l'Egard des Femmes (CEDEF) et son Protocole Facultatif, la Charte Africaine des droits de l'Homme et des Peuples en Afrique, la Charte africaine des Droits et du Bien-être de l'Enfant, le protocole additionnel à la charte Africaine des Droits de l'Homme et des Peuples relatif aux Droits de la Femme (Protocole de Maputo), etc. sont autant d'instruments qui sont supposés garantir les droits de la femme comme étant des droits humains, inaliénables, interdépendants et indivisibles.

La campagne 16 jours d'activisme lancé par l'Institut international pour le leadership des femmes en 1991 et célébrée chaque année, est un autre gage du combat constant que mène les instances internationales au profit l'autonomisation des femmes.

Les états doivent soutenir les efforts de la société civile et des groupements de femmes en veillant à l'application des textes qui existent. Ces textes doivent être perçus comme des outils de changements et de protection et non de discrimination. Qu'elle soit employée d'une structure de l'état, d'une structure privée ou d'une initiative personnelle, la femme a des droits qui doivent être valorisés, respectés et faits respectés. Malheureusement, le triste constat est que la situation politique et socioéconomique en Afrique a accentué le problème d'abus des droits de la femme, et la vaste majorité des femmes ont fini par accepter et se sont confortées dans un engrenage social au nom de la tradition où leurs droits sont toujours violés. Il est temps que cette mentalité évolue et que la femme apprenne à se défaire des exigences de nos coutumes pour défendre son statut de citoyenne.

Enfin, pour un réel changement, les femmes doivent être éduquées, car l'instruction leur permet de mieux comprendre les enjeux du monde dans lequel elles vivent et de se considérer comme de vraies actrices de changement et non celles qui sont toujours en arrière-plan. En outre, même si la question de l'instruction est cruciale dans cette démarche du fait du nombre important des femmes n'ayant pas reçu d'éducation formelle, il existe des voies alternatives telle que la formation des formateurs, les dialogues communautaires, l'alphabétisation, les voyages d'échanges etc. pour outiller les femmes de toutes les régions d'Afrique afin qu'elles puissent pleinement prendre conscience et jouir de tous leurs droits. Les femmes, pour atteindre ces résultats, ont besoin de l'appui des états, des organisations non gouvernementales nationales et internationales qui sont toujours au-devant du plaidoyer pour l'égalité entre homme et femme.

Il est également important que les politiques éducatives prennent en compte aussi bien les hommes que les femmes. Elles doivent s'atteler en premier à changer les attitudes et les comportements inacceptables à l'égard des femmes par l'éducation au respect de leur dignité, puis en second, inviter les hommes à la conception d'un partage plus équitable des responsabilités familiales. Certes il existe encore certains obstacles juridiques mais une réelle volonté politique et sociétale est essentielle pour la promotion de la femme et de ses droits. Une application rigoureuse de la loi et l'éducation des esprits seraient deux des plus efficaces voies pour lutter contre la discrimination dont sont victimes les femmes.

La promotion des droits de la femme doit donc être associée à l'égalité du genre dans tous les secteurs d'activités. Il ne saurait y avoir de secteur exclusivement ou majoritairement réservé à l'homme or « globalement, les femmes sont surreprésentées dans les postes administratifs et de soutien (63 %) en comparaison avec les postes de direction (33 %)[1] », alors qu'il existe des femmes compétentes dans leur domaine et capables d'assumer des postes de direction. Aussi, dans « 83 pays sur 87 (pour lesquels des données sont disponibles), les revenus des femmes sont de 3 à 35 % inférieurs à ceux des hommes. Dans 39 pays, cet écart est d'au moins 20% ; et dans le monde, les femmes gagnent en moyenne 24 % de moins que les hommes, avec des variations selon les régions[2] ». Bien qu'il n'y ait pas de chiffre spécifique pour l'Afrique, ces statistiques susmentionnées reflèteraient bien la situation des femmes sur le continent. Aux africaines de saisir l'opportunité que leur offre la décennie de la femme africaine pour pousser plus loin leur plaidoyer afin de se faire entendre et jouir pleinement de leurs droits.

En déclarant 2016, l'année africaine des droits de l'homme, l'Union Africaine voudrait d'une part témoigner des avancées notables des droits de l'homme sur le continent et d'autre part reconnaitre l'existence des nombreux défis relatifs au respect de ces droits en Afrique malgré les efforts consentis par les Etats. Le respect des droits de l'Homme a beaucoup évolué sur le continent mais ceux de la femme piétinent notamment car la femme est toujours considérée comme le sexe faible et le plus vulnérable en dépit de ses capacités physiques et intellectuelles.

La femme devrait de plus en plus être mise au centre des activités de cette décennie, non pas seulement à cause de son statut de « sexe faible » ou en raison de son caractère de « vulnérabilité », mais plutôt pour encourager tous les africains surtout les africaines à se lever pour défendre leur droits et leur permettre de sortir de leur léthargie et de jouir des possibilités que leurs confèrent les instruments de protection des droits de l'homme.

*Associée au Programme Egalité, Justice et Droit Humains à OSIWA @Akouaflower

[1] Rapport ONU-Femmes, sur le progrès des femmes dans le monde, 2015-2016

[2] Idem

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