12 Mars 2018

Afrique: Grogne sociopolitique en Guinée et au Tchad - Orage à Conakry et tempête de sable sur N'djamena

analyse

Sale temps pour Alpha Condé et Idriss Déby Itno. Et pour cause. En Guinée et au Tchad, le front social est en ébullition. En effet, pendant que l'orage continue à Conakry où syndicalistes et opposition ont fait une jonction ce 12 mars contre le pouvoir d'Alpha Condé à travers l'observation d'une journée ville morte en prélude à une semaine de manifestations diverses, c'est une tempête de sable qui menace N'Djamena où le même décor est planté à quelques exceptions près, avec syndicalistes et partis politiques aidés d'organisations de la société civile qui sont vent debout contre le pouvoir de Idriss Déby et qui ont aussi décidé de débrayer ce 12 mars.

Alpha Condé n'est pas logé à meilleure enseigne qu'Idriss Déby

Si dans la capitale guinéenne, les syndicats de l'éducation luttent depuis des mois pour l'amélioration de leurs conditions de vie et de travail à travers, entre autres, la revalorisation de leurs salaires, au pays d'Idriss Déby, ses compatriotes sont en lutte pour le rétablissement de leurs salaires qui ont connu des coupes et des ponctions, en raison de la situation économique difficile que traverse le pays. L'un dans l'autre, Alpha Condé n'est pas logé à meilleure enseigne qu'Idriss Déby et vice-versa.

Et l'on se demande jusqu'où ira le bras de fer entre les manifestants et le gouvernement, dans un cas comme dans l'autre. Est-ce une incapacité à trouver des solutions aux problèmes de leurs compatriotes ou est-ce un manque de volonté politique de satisfaire les revendications des travailleurs? Quoi qu'il en soit, le constat est que dans les deux cas, l'on ne voit pas pour le moment de solution satisfaisante poindre à l'horizon, à l'effet de ramener la sérénité dans les deux capitales.

Au contraire, les positions semblent se radicaliser. En effet, en Guinée, la grève des enseignants dure depuis des mois et est en passe de paralyser le système éducatif sans que les deux parties parviennent à un consensus qui leur permette de fumer le calumet de la paix. Et depuis le 12 février dernier, les syndicalistes ont durci le ton en décrétant une grève illimitée, jusqu'à satisfaction de leur plateforme revendicative. Et comme pour ne rien arranger, l'opposition s'est engouffrée dans la brèche pour mettre la pression sur le gouvernement en dénonçant à son tour la gouvernance du pouvoir. C'est dire si le professeur Alpha Condé, l'opposant historique devenu président, qui se présentait comme la solution pour son peuple, est plus que jamais sur la sellette.

Pour beaucoup de Guinéens, c'est pratiquement la désillusion après les deux mandats successifs de l'actuel locataire du palais Sékoutoureya. Tout cela, dans un contexte où l'intéressé semble prendre un malin plaisir à entretenir le flou sur les intentions de troisième mandat qu'on lui prête à tort ou à raison. De son côté, après cinq mandats consécutifs, Idriss Déby semble à court d'idées pour relancer la machine économique de son pays, grippée d'une part par la chute des cours du pétrole, d'autre part par une gouvernance approximative qui semble avoir englouti jusqu'à l'argent de la popote des Tchadiens à qui leur président demande à présent de se serrer la ceinture.

A Conakry comme à N'Djamena, il est à craindre que les gouvernants fassent le choix de la fuite en avant

Dans un contexte de renchérissement du coût de la vie, il n'est pas difficile de comprendre la douleur des Tchadiens à qui Idriss Déby n'a pas demandé leur avis avant de procéder à des ponctions sur leurs salaires, encore moins avant de faire le choix osé de sa politique de lutte contre les mauvais garçons du désert, qui a notamment entraîné le pays dans les difficultés de trésorerie qu'il connaît, en raison du caractère particulièrement coûteux d'une telle opération qui, qui plus est, n'est même pas encore à son terme. Bien entendu, il en a, à titre personnel, tiré des retombées qui peuvent flatter son ego quand on le qualifie de warrior du Sahel ou de casseur de terroristes, mais la note semble particulièrement salée pour son pays.

Déjà que la plupart des Tchadiens avaient du mal à joindre les deux bouts pendant que les gouvernants roulaient carrosse, il est difficilement compréhensible pour nombre d'entre eux qu'on leur demande à présent de se saigner davantage alors qu'ils ne sont pour rien dans la mauvaise gestion des ressources du pays. Et ce, au moment où la tendance des prix des produits de première nécessité est globalement à la hausse.

Quoi qu'il en soit, à l'issue de son cinquième mandat, Idriss Deby serait mal inspiré de vouloir en briguer un autre. Mais il faut attendre de voir si le natif de Berdoba osera en demander un autre à son peuple. En tout cas, ce ne serait pas étonnant. Surtout quand on voit comment, à l'image de certains satrapes du continent qui ne rêvent que de pouvoir à vie, Déby ne montre aucun signe de satiété, après plus de 27 ans de pouvoir.

En tout état de cause, à Conakry comme à N'Djamena, face à cette grogne sociopolitique qui va crescendo, il est à craindre que les gouvernants fassent le choix de la fuite en avant, en privilégiant la méthode forte, en réponse à ces revendications syndicales et politiques. Ce serait la pire des solutions.

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