12 Mars 2018

Cameroun: Escalation dans la crise anglophone

L'enlèvement de représentants de l'État marque une nouvelle étape dans le conflit qui oppose les séparatistes au pouvoir de Yaoundé. Celui-ci fait la sourde oreille et refuse de négocier avec des "terroristes".

Le 11 février 2018, Marcel Namata Diteng, le sous-préfet de la localité camerounaise de Batibo, au nord-ouest du Cameroun, était kidnappé par des hommes armés. Deux semaines plus tard, c'était au tour du délégué régional des Affaires sociales pour la région du Nord-Ouest, Mimbom Aeron, d'être enlevé à bord de son véhicule.

Le rapt avait été revendiqué sur les réseaux sociaux par l'Ambazonia Defense Forces (ADF), un des principaux groupes armés séparatistes anglophones. Ce week-end, Mimbom Aeron est apparu dans une vidéo, demandant que les responsables du mouvement ADF soient libérés. Il s'agit de 47 séparatistes, dont leur leader Sisiku Ayuk Tabe, extradés au Cameroun après leur arrestation au Nigeria.

Situation sécuritaire critique en zone anglophone

Le bras de fer entre le gouvernement camerounais et les sécessionnistes anglophones a pris une autre tournure depuis quelques mois avec une escalade de violence sur le territoire camerounais. Mais avec ces enlèvements, la situation semble désormais s'être radicalisée.

Guy Zogo, analyste camerounais, estime que le manque d'information sur le sort des leaders anglophones explique cette escalade.

"La situation s'est compliquée car les leaders sécessionnistes, extradés au Cameroun, n'ont jamais été vus ni par leurs avocats ni par leurs familles et encore moins par les journalistes. Donc la thèse qui fleurit dans la tête des sécessionnistes, c'est que ces leaders seraient morts."

Pas de négociation avec les "terroristes"

Cette détention sans nouvelles des leaders anglophones a engendré des attaques violentes contre les forces de l'ordre et des enlèvements qui sont qualifiés d'actes terroristes par Enoh Meyomesse, écrivain camerounais, résident en Allemagne.

Ce dernier affirme que "ces terroristes seront matés par le pouvoir camerounais".

"Cela montre simplement qu'ils perdent totalement et définitivement le terrain. Ils sont rapidement passés aux attentats pour intimider la population. Ils ont brûlé 56 établissements scolaires pour imposer leur point de vue et c'est la preuve qu'ils sont minoritaires. Alors, il faut qu'on soit quand même assez réaliste. Aucun pays au monde n'a cédé face au terrorisme. Et ce qu'ils font là, d'autres l'ont fait et ont été vaincus. Je ne vois pas comment ceux-ci pourraient réussir. Ils vont prendre des otages, ils vont les tuer, ils seront vaincus par le gouvernement camerounais et le gouvernement nigérian."

Pas de dialogue possible entre pouvoir et séparatistes

Les deux parties campent aujourd'hui sur leur position. Ce qui ne donne pour l'heure aucune chance au dialogue recommandé par les Nations unies et la société civile locale, poursuit l'analyste Guy Zogo.

"Depuis le début de cette crise, on a beaucoup parlé du dialogue mais l'hypothèse de celui-ci devient de plus en plus ténue. On n'en parle presque plus. C'est finalement l'argument de la force qui semble prévaloir dans les deux camps. Le gouvernement a largement militarisé la zone anglophone et en face, on répond par l'assassinat des hommes en tenues - gendarmes, policiers et militaires."

Tout laisse croire que pouvoir et sécessionnistes camerounais ont plutôt décidé de bander les muscles. Et comme souvent, c'est la population civile qui paie le plus lourd tribut. Cette crise a déjà fait plusieurs centaines de déplacés camerounais vers le Nigeria voisin.

Cameroun

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