13 Mars 2018

Burkina Faso: Mouctar Koné, Dg de la Sn Sosuco - « Il y a comme une subvention déguisée que l'etat fait au sucre importé ».

interview

De nouveau, des pyramides de sucre se dressent dans la cour de la SN SOSUCO. A notre passage le 8 février 2018, on en dénombrait une douzaine qui pesait en tout 25 000 tonnes. Selon le DG, Mouctar Koné, que nous avons rencontré, cela est dû à une mévente qui se répète d'année en année, plongeant la SN SOSUCO dans des difficultés réelles.

Comme explication à ce phénomène cyclique de mévente, le DG pointe du doigt une subvention déguisée que l'Etat fait aux importateurs de par la valeur de référence fixée pour le dédouanement du sucre importé et qui est à l'avantage des commerçants.

Selon lui, les mesures fortes comme celles prises par le premier gouvernement de Rock Kaboré, sont les seules à même de sauver l'industrie burkinabè en général.

De nouveau, des pyramides de sucre dans l'enceinte de la SN SOSUCO. Qu'est-ce qui explique cela ?

C'est relativement simple. C'est la même explication que nous avons donnée les autres années, chaque fois que le problème se présente. Vous savez que SOSUCO produit à peine 30% de la consommation nationale en sucre.

Le reste est importé et malheureusement, l'importation ne se fait pas selon les règles si bien que le marché national est envahi par du sucre d'importation qui est à des prix tels que notre sucre n'arrive pas à être vendu.

Lorsque nous regardons les prix du sucre sur le marché international, et que nous faisons les calculs des frais d'approche pour que ce sucre arrive sur le marché national, nous nous rendons compte que ce sucre est vendu à des taux souvent inférieurs au prix de revient, surtout le sucre en morceau où SOSUCO est réellement imbattable malgré la valeur de référence qui est pratiquée pour le dédouanement.

La mise en œuvre de SYLVIE au niveau de la Douane n'a donc pas d'effet puisque le phénomène des pyramides persiste et semble cyclique ?

Tout ce qui rentre de manière légale, est régulé. Il faut qu'on dise les choses de manière claire. Il y a des commerçants qui font leurs affaires honnêtement et correctement. Ils importent selon les règles de l'art, le dédouanement y compris, avant de mettre leur sucre sur le marché.

Et comme je l'ai dit plus haut, j'ai parlé d'une valeur de référence qui est appliquée au sucre pour le dédouanement. Cette valeur minore le coût du sucre. C'est comme une subvention déguisée que l'Etat accorde au sucre importé.

Nous, nous ne bénéficions pas de cette subvention, si bien que notre sucre devient non-concurrentiel vis-à-vis de ce sucre importé.

Sinon, même le sucre granulé est nettement moins cher que le nôtre. Si le sucre importé était dédouané normalement, sans cette valeur de référence, nous n'aurions pas le problème que nous connaissons aujourd'hui, à savoir nous retrouver avec 25 000 tonnes de sucre dans nos magasins que nous n'arrivons pas à écouler.

Pour régler définitivement ce problème de mévente que doit faire l'Etat ? Revoir la valeur de référence à la hausse ?

Non. Il faut que la valeur normale soit appliquée pour le dédouanement et le problème sera réglé.

Qu'est-ce que cette situation entraîne comme conséquence ?

Cela est bien connu. Si nous ne vendons pas, nous n'arrivons pas à faire face à nos besoins. Même la campagne qui doit prendre fin d'ici le 20 mars 2018, nous avons déjà des problèmes de production parce qu'il y a des fournisseurs qui refusent de nous livrer leur matière tels que les emballages, le carburant et les lubrifiants, parce que nous n'arrivons pas à payer leurs factures qui sont échues.

Nous n'arrivons pas à payer ces factures parce que nous n'arrivons pas à vendre le sucre. Si le sucre qui est stocké était vendu, nous aurions pu faire face à nos besoins sans problème.

Quel est votre cri de cœur ?

Déjà, ce que nous faisons, c'est d'informer tous ceux qui prennent part à ce système de commerce. Nous allons bientôt demander un rendez-vous avec le nouveau cabinet ministériel pour exposer le problème.

Mais avant, il y a deux semaines, nous avons eu une rencontre avec la Direction générale de la douane sous l'égide du Groupement professionnel des industriels (GPI).

Celle-ci nous a bien reçus et a bien analysé nos doléances. Ils nous ont donné l'assurance qu'ils feront ce qui est en leur pouvoir, puisque vous n'ignorez pas que ce n'est pas la douane seule qui intervient en matière d'importation, pour que le dédouanement puisse se faire de manière correcte.

En tout cas, ils promettent redoubler de vigilance. Mais il ne faut pas se leurrer. Ils feront ce qu'ils pourront. Mais pour qui connaît les moyens qui sont mis à la disposition de ces services de contrôle, ce n'est pas évident qu'ils puissent résoudre le problème.

Il y a d'autres décisions qui doivent se prendre à un niveau supérieur, surtout en ce qui concerne la valeur de référence pour que la concurrence se fasse de manière loyale.

Vous avez parlé du GPI. Est-ce à dire que nombreuses sont les entreprises qui connaissent le même problème que la SN SOSUCO ?

Exactement. C'est le GPI qui a demandé à voir la douane. C'est donc dire que la SN SOSUCO n'est pas la seule industrie à connaître la mévente.

C'est toute l'industrie du Burkina qui a des problèmes avec les importations frauduleuses, si bien que le GPI a dû monter au créneau pour essayer de trouver des solutions pas seulement au niveau de la douane, mais également au niveau des autres structures pour sauver l'industrie burkinabè.

On croyait pourtant qu'avec les boutiques régionales que SOSUCO a créées, il n'y aurait plus de pyramides de sucre ?

Il faut reconnaître que nous avons eu raison de créer ces boutiques. Elles ont permis de nous faire connaître, de montrer aux clients que notre sucre existe, parce qu'il y a des régions où les populations pouvaient passer toute une année sans voir un seul paquet de sucre SOSUCO.

C'est dire que le sucre importé avait le vent en poupe puisqu'avec ce sucre, les commerçants font le maximum de bénéfices. Donc, ils préfèrent vendre ce sucre importé au détriment du sucre SOSUCO. Sinon, les boutiques régionales se portent relativement bien.

Elles nous ont permis d'amener notre sucre qui est d'une qualité irréprochable, vers les populations. Et si notre sucre se retrouve dans les boutiques, face à un sucre qui est rentré de manière illégale et qui se vend à des prix défiant toute concurrence, évidemment nos boutiques ont des difficultés pour vendre aussi.

A vous entendre, on a l'impression que c'est la volonté politique qui manque le plus ?

Ce qui est sûr, si le gouvernement veut effectivement assainir le marché et permettre aux différentes unités industrielles de vivre, il peut le faire puisqu'on a eu des expériences, en tout cas concernant le sucre et le problème avait été résolu.

Tout le monde vendait son sucre, à la fois SOSUCO qui produit et ceux qui en importaient. Mais il convient de souligner que parmi les importateurs, il y en a qui importent normalement. Eux aussi éprouvent présentement des problèmes pour écouler leur sucre, en raison de la contrebande.

Un mot pour conclure notre entretien ?

Vous savez, il y a environ un an et demi, après la Transition, le premier gouvernement qui a été mis en place avec Stéphane Sanou comme ministre du commerce, a pris des décisions immédiatement pour d'abord recenser tout ce qui existait comme autorisations d'importation du sucre, annuler ces autorisations ensuite, ne plus en délivrer jusqu'à ce que le marché soit assaini. Et effectivement, le marché a été assaini et nous avons pu vendre sans aucun problème.

Nous avons épuisé notre stock, mais le sucre n'a pas manqué dans le pays et son prix non plus n'a pas augmenté. Donc, ce sont des mesures qui peuvent se prendre sans qu'on ait crainte d'une pénurie de sucre puisque souvent, c'est ce qui est mis en avant pour demander les autorisations d'importation.

Dans tous les cas, il y a l'observatoire du sucre qui est là pour réguler le marché du sucre qui peut savoir effectivement quand est-ce qu'on a besoin d'importer et quand est-ce qu'on n'en a pas besoin.

Aujourd'hui, avec 25 000 tonnes de sucre, je crois que nous avons de quoi consommer jusqu'au mois du ramadan.

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