13 Mars 2018

Burundi: Nkurunziza, Ubu roi

Diable, pourquoi la démocratie est-elle un luxe pour les Africains, comme l'avait si bien dit l'ancien président français, Jacques Chirac ? Sur le continent, les principes démocratiques sont peu respectés et ce ne sont pas les exemples qui manquent pour l'illustrer.

Depuis sa réélection contestée pour un troisième mandat en juillet 2015, le président, Pierre N'Kurunziza, 55 ans, a totalement sombré dans la folie du pouvoir. Après s'être fait réélire à la suite d'une crise électorale, qui a fait un millier de morts et plus de 400 000 déplacés, le chef de l'Etat burundais manœuvre maintenant pour s'éterniser au pouvoir.

Comme quoi, sa passion pour le maniement du gouvernail n'a vraiment pas de limite. Le gouvernement a adopté, l'année dernière, un projet de révision de la Constitution qui sera soumis à référendum en mai 2018. Cette réforme, devant consacrer le passage d'un quinquennat à un septennat, permettra au président Nkurunziza de briguer, à partir de 2020, deux autres mandats.

A travers ce jeu, il devra se maintenir aux affaires jusqu'en 2034. Plus qu'une stratégie pour garder le fauteuil présidentiel à souhait, ce projet a pour objectif non affiché, d'abroger l'Accord de paix signé en 2000 à Arusha en Tanzanie, lequel avait mis fin à la longue guerre civile (1993-2006), ayant fait plus de 300 000 morts.

Le péché de ce texte, c'est d'avoir constitué un obstacle, même sans succès, au nouveau projet de bail de Nkurunziza, en ce qu'il l'interdisait formellement de briguer un troisième.

Le chef de l'Etat pourra-t-il, pour autant, réussir son pari orgueilleux de tripatouiller la loi fondamentale à son seul profit ? Rien n'est sûr. L'annonce du référendum exacerbe d'ailleurs les tensions, en ce qu'il a provoqué le courroux de l'opposition, plus que jamais debout contre la dictature du maître de Bujumbura.

Avant l'ouverture officielle de la campagne pour le référendum constitutionnel, le régime N'kurunziza est à pied d'œuvre pour faire passer son projet, et gare aux partisans du « non ».

Depuis le début de la campagne d'explication, une cinquantaine de militants, issus essentiellement des ex-rebelles des Forces nationales de libération (FNL), ont été arrêtés, car constituant des voix discordantes.

Le signe évident que le camp présidentiel entend opérer un passage en force pour faire plaisir à son « champion », autour de qui un culte de la personnalité a été développé. Illustration : le samedi 10 mars dernier, Nkurunziza a été élevé au rang de « Guide suprême éternel » du parti au pouvoir, le Conseil national pour la défense de la démocratie-Forces pour la défense de la démocratie (CNDD-FDD).

Un titre ronflant que ce rebelle dans l'âme aurait pu bien se passer, s'il n'avait pas voulu jouer à Ubu roi. Ses proches ont beau crier qu'il ne s'agit pas d'une dérive à la Kim Il Sung comme en Corée du Nord, personne ne peut les croire. Ce n'est ni plus ni moins qu'un scénario de déification.

Et ce qui inquiète encore plus, c'est la paranoïa qui s'est emparé du chef de l'Etat burundais, convaincu que sa tête est mise à prix par ses ennemis. Les assassinats, qui ont visé nombre de ses proches, doivent y être certainement pour quelque chose dans cette peur.

Le signe que le président se méfie de tout, au point d'en faire trop, il a fait arrêter l'administrateur de la commune de Kiremba, Cyriaque Nkezabahizi et son adjoint chargé du sport, Michel Mutama, pour « complot contre le chef de l'Etat ».

Les fautifs auraient commis un crime de lèse-majesté, en laissant des joueurs de leur équipe de football locale tacler et faire tomber Nkurunziza, le 3 février 2018, au cours d'un match avec l'équipe de celui-ci, le FC Haleluya. Ancien professeur de sport, le président burundais adore le football, une passion pour lui, mais il faut se rendre à l'évidence qu'il est un pratiquant atypique.

Il semble au-dessus des règles sacro-saintes du ballon rond, pour ne pas dire qu'il pratique un football à sa guise. Mais ainsi est Nkurunziza, un non conformiste à toute épreuve, qui voit le mal partout désormais.

Peut-il en être autrement, dans la mesure où il est allé à l'encontre de la volonté du peuple burundais en violant les dispositions constitutionnelles pour demeurer au trône ?

Nkurunziza fait de tout bois, pour être l'éternel locataire du palais présidentiel. Si cela semble faire son bonheur, il reste que sa conduite n'honore pas la démocratie, son pays et l'Afrique.

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