14 Mars 2018

Burkina Faso: Universite Ouaga I - Une conférence de presse qui a failli virer au drame

Sur la demande de couverture, il est écrit que la conférence à laquelle nous sommes invités est co-organisée par la Fédération estudiantine et scolaire pour l'intégrité au Burkina Faso de l'Université Ouaga II (FESCIBF/UO II) et l'Union nationale des étudiants du Faso de la sous-section des Sciences économiques et de gestion (UNEF/SS-SEG), en collaboration avec la coalition des délégués de l'Unité de formation et de recherche des Sciences économiques et de gestion (UFR/SEG).

Mais grande fut notre surprise lorsqu'à l'heure de l'activité, nous constatons un remue-ménage qui allait grandissant dans la salle.

C'est finalement à huis-clos et sous haute surveillance policière que s'est déroulée la conférence de presse du 13 mars 2018 qui allait certainement mal finir, n'eût été l'intervention des éléments de la Compagnie républicaine de sécurité (CRS).

Un temple du savoir qui se transforme en champ de bataille. En effet, l'amphithéâtre belge, principalement la salle 10, a été le théâtre d'une scène à la limite ahurissante, à cause d'une conférence de presse qui a failli virer au drame, le 13 mars dernier.

Tout avait pourtant bien commencé. Mais à l'heure convenue pour ladite conférence de presse, c'est-à-dire 10h, on sent que quelque chose ne va pas.

« Toi, va t'arrêter à la porte », entendons-nous dire. « Qu'est-ce qu'il y a ? », veut comprendre l'autre. Ne recevant pas de réponse, il s'en va quand même à la porte. A peine arrivé, il est aux prises avec un autre groupe d'étudiants qui veut

entrer dans la salle, mais qui n'est apparemment pas le bienvenu. Il se fait aider par d'autres étudiants qui se trouvaient dans la salle.

A plusieurs, ils réussissent à repousser le groupe turbulent et à fermer la porte à clé. Malgré tout, de dehors, les contestataires essayent de forcer la porte mais celle-ci est bloquée par des tables et bien gardée à l'intérieur. C'est comme si la guerre était déclarée entre les deux entités d'étudiants. Ceux qui sont dans la salle et ceux qui sont dehors.

Ces derniers font tout pour perturber la conférence de presse tandis que les autres jouent la carte de l'apaisement pour pouvoir la tenir.

C'est donc à huis clos que la sous-section de l'UNEF/SEG et dans un bruit tonitruant que s'est déroulée cette rencontre avec la presse. Pendant ce temps, ce sont des menaces et des injures qui fusent de l'extérieur de la salle.

Pour dire que les étudiants qui n'ont pas été admis dans la salle, étaient prêts à en découdre avec ceux qui étaient à l'intérieur. L'atmosphère était donc tendue aussi bien dans la salle qu'en dehors.

« Nous allons voir par où vous allez passer quand vous aurez fini », lance quelqu'un du dehors par les persiennes en vitre situées tellement haut qu'il faut monter sur des tables pour pouvoir passer un coup d'œil dans la salle.

Malgré tout, les animateurs de la conférence prennent place à la table de séance. Tant bien que mal, ils entrent dans le vif du sujet. Et on comprend que c'est l'UNEF seule qui pilote la rencontre, en collaboration avec la coalition des délégués de l'UFR/SEG.

Selon Ibrahim Compaoré, Secrétaire général de la sous-section UNEF de l'UFR/SEG, l'objet de la conférence de presse consiste à relever les difficultés que traverse l'UFR/SEG depuis l'application du système Licence-Master-Doctorat (LMD) à l'Université Ouaga II.

A entendre Ibrahim Ouédraogo, « la première promotion du système LMD (2014-2015) est confrontée à un problème majeur quant à l'accessibilité au Master ».

A titre d'exemple, il a déclaré qu'au titre de l'année académique 2016-2017, pour ce qui est de la Licence 1, sur un total de 3 514 étudiants inscrits, il n'y a que 266 admis au premier semestre, soit un pourcentage de 7,6% en SEG.

Pour ce qui est de la Licence 2, sur un total de 1 164 étudiants inscrits, seulement 166 sont admis, soit un pourcentage de 14,26%. Selon Adama Compaoré, porte-parole de la corporation des délégués de l'UFR/SEG, le système LMD n'est pas bien appliqué. Ainsi, il confie qu'on leur fait faire une licence sans le master ni le doctorat.

« Que peut obtenir un étudiant en SEG avec seulement une licence ? Nous faisons le L sans le M-D », a-t-il pesté.

Adama Compaoré a donc demandé que la question du master et du doctorat soit résolue sinon, « ils feront des sit-in et des grèves jusqu'à ce que la situation soit résolue », ont mentionné les conférenciers tout en ajoutant que « ce n'est pas dans l'intérêt d'un étudiant de suspendre les cours, mais il le faut pour régler certaines situations qui profitent à tous ».

Pendant que nous sommes en salle, entre-temps, des éléments de la CRS arrivent sur les lieux et vident le bâtiment à niveau. Tous les étudiants se trouvant dans la salle sont évacués.

Ce qui provoque une accalmie dans le bâtiment. Après environ 45 minutes, la conférence de presse prend fin. Pour savoir ce qui se passe, nous quittons la salle à la recherche des éléments dispersés par les éléments de la CRS. Nous tombons sur l'un deux.

Alors « qu'est-ce qui se passe pour que vous soyez aux prises avec des éléments de la CRS ? », cherchons-nous à savoir.

«On a été surpris de voir la CRS débarquer», nous déclare Modeste Sawadogo, secrétaire général de la section FESCI-BF de l'Unité de formation et de recherche en Sciences de la vie et de la terre (UFR/SVT).

Il nous donne la raison de leur irruption dans le bâtiment belge. « Nous sommes venus dire aux éléments de la FESCI-BF qui étaient dans la salle que nous ne voulons pas les voir sur la table de séance », nous dit-il. Mais pourquoi ?

« Parce que la section FESCI-BF de l'UFR/ SEG est sous sanction. Par conséquent, les membres de cette section doivent cesser toute activité syndicale. Mais nous avons appris que l'un de nous était sur le point de co-animer la conférence de presse avec l'UNEF, au nom de la FESCI-BF section SEG.

Nous sommes venus dire aux éléments de la FESCI-BF de sortir de la salle». Cela ne pouvait-il pas se faire dans le calme ? En tout cas, le spectacle qui nous a été servi n'est vraiment pas digne de dirigeants de demain.

La preuve est que même après la conférence de presse, sous le nez des éléments de la CRS, des étudiants en sont venus aux mains. C'est dans cette atmosphère délétère que nous avons quitté l'Université Ouaga I Pr Joseph Ki-Zerbo, le 13 mars dernier.

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