14 Mars 2018

Tunisie: « Notre véritable crise est une crise d'élites »

interview

- «L'Ugtt est pour la stabilité politique mais à condition qu'elle soit efficiente», souligne-t-il, tout en ajoutant que «l'Ugtt, l'Utica et l'Unft sont déterminées à préserver les intérêts du pays face aux agendas et aux visées louches de certaines parties».

Il venait d'être élu, propulsé, à la tête de la centrale syndicale. A peine une semaine plus tard, La Presse l'a rencontré pour un grand entretien paru dans ces colonnes. L'on avait alors déjà pressenti que l'homme était animé d'une passion sincère : l'amour de la Tunisie.

L'on avait également compris qu'il entendait marquer de son empreinte l'histoire et le devenir du mouvement syndical. Inscrire ce mouvement non plus dans la revendication et la contestation mais dans la proposition positive, le dialogue et la concertation.

Fait remarquable, il semble faire plus de place à la société civile qu'aux partis politiques conventionnels pour faire mouvement et fédérer aussi les autres grandes organisations nationales, au service de l'intérêt général du pays.

Une convergence dans l'action nécessaire, utile et bénéfique face aux exigences de la mondialisation. C'est, au-delà des partis politiques, qu'il entend avec la société civile engager la réflexion sur notre modèle de développement, notre mode de gouvernance et notre régime politique.

Noureddine Taboubi voit grand. Il entend ouvrir plus d'espace de participation active aux femmes et à la jeunesse tunisienne. Dans la lignée du grand leader Farhat Hached et de Habib Achour...

Entretien

Evaluer le rendement des membres du gouvernement et évoquer ou désigner tel ou tel ministre font-ils partie des prérogatives de l'Ugtt ?

Personne ne peut nier le rôle social et patriotique de l'Ugtt depuis sa création. Nous sommes signataires du Document de Carthage.

Mais il faudrait savoir sur quel programme, choix et contenu a été formé le gouvernement d'union nationale. Le problème fondamental aujourd'hui est le suivant : comment , quand et qui va appliquer le Document de Carthage ?

L'Ugtt, de par son rôle patriotique, soutient la stabilité politique au cas où la stabilité politique serait efficiente et comporterait des indicateurs positifs qui peuvent faire avancer le pays, donner de l'espoir au peuple et répondre aux exigences minimums de l'époque.

Nous avons donné au gouvernement une chance dont aucun gouvernement précédent n'a bénéficié. L'Ugtt cherche toujours la stabilité politique et l'efficience en matière de traitement des dossiers.

Sur le plan social, le gouvernement actuel a fait montre jusqu'ici de tergiversation et d'atermoiements. Il a fait montre également de dialogue stérile dans la mesure où il signe des accords avec l'Ugtt, avec les organisations de la société civile, sans faire preuve de responsabilité et d'esprit de respect de ses engagements.

C'est un gouvernement irresponsable qui ne respecte pas ses engagements. Ce gouvernement est faible ou irresponsable et n'ayant pas de crédibilité, un facteur essentiel pour édifier une relation de confiance avec les Tunisiens.

Aujourd'hui et après avoir donné au gouvernement l'opportunité d'agir, il est temps pour une évaluation objective de son action et de son bilan.

Les indicateurs économiques sont maintenant au rouge (inflation, endettement, glissement du dinar, les classements négatifs du pays, la situation de l'école et du secteur de la santé) et montrent l'échec cuisant du gouvernement.

Où en sommes-nous avec les priorités que le gouvernement s'est proposé lui-même de réaliser lors de l'obtention de la confiance du Parlement et aussi à l'occasion du dernier remaniement ministériel?

Notre véritable crise est une crise d'élites et c'est très dangereux pour la raison suivante : les promesses ont été très, voire trop, poussées.

Ces promesses révélaient ou un manque d'expérience ou une absence remarquable de responsabilité et de connaissance de ce qu'exige l'accès aux hautes fonctions de l'Etat ou la recherche de se positionner politiquement à tout prix.

Dans les deux cas, essayer de tromper le peuple tunisien ou lui faire des promesses irréalisables relève de l'irresponsabilité. Il faut cependant reconnaître qu'il existe une certaine réussite en matière de lutte contre le terrorisme, même à l'époque du gouvernement Habib Essid.

Malheureusement, aujourd'hui, l'institution sécuritaire, plus particulièrement le ministère de l'Intérieur, est l'institution où il existe les tiraillements les plus dangereux pour l'avenir du pays.

Pour ce qui est de l'action gouvernementale, on remarque qu'il n'y a pas de cohésion ou de solidarité ministérielle.

On a l'impression parfois de négocier avec trois ou quatre gouvernements, quand nous avons affaire à quatre ministres et chacun défend des positions différentes de celles de ses collègues.

Aujourd'hui, il existe aussi un grand danger : le chef du gouvernement, se sentant lâché par son propre parti, lui également en décomposition, cherche le soutien et l'appui d'un autre parti, Ennahdha, qui l'a mis sous sa coupe.

Plusieurs observateurs n'hésitent pas à reprocher à l'Ugtt d'exercer une certaine forme de pression sur le gouvernement en profitant de sa force et de son poids sur la scène nationale. Qu'en dites-vous ?

Nous sommes une force de proposition et de régulation et nous n'avons nullement l'intention de gouverner ou d'exercer une quelconque pression sur le gouvernement.

Nous exigeons cependant que le gouvernement parle au peuple le langage de la franchise et de la vérité. Et au cas où tous les signataires du Document de Carthage assumeraient pleinement leurs responsabilités, ils trouveront l'Ugtt à leurs côtés.

Vous appelez au remaniement du gouvernement et à l'inclusion de nouveaux visages dans l'équipe ministérielle ?

Nous estimons que le gouvernement actuel a perdu sa crédibilité et il est temps qu'il retrouve la confiance des Tunisiens. On remarque cependant que notre élite politique est très ambitieuse. Sauf que l'ambition doit être raisonnable et a des règles qu'il faut respecter à tout prix.

L'année scolaire 2017-2018 risque d'être déclarée année blanche à cause du blocage des négociations entre le ministère de l'Education et la Fédération générale de l'enseignement secondaire. On attend l'intervention de la direction centrale de l'Ugtt ?

A la place Mohamed-Ali, notre objectif principal est de sauver l'année scolaire. Mais pour y parvenir, nous sommes condamnés à trouver des solutions consensuelles.

Nous sommes convaincus que l'école demeure l'ascenseur social et nous sommes déterminés à préserver l'école publique contre tous ceux qui cherchent à minimiser son rôle dans l'édification de la Tunisie moderne ou à diaboliser les enseignants en oubliant les efforts considérables qu'ils sont en train de fournir en dépit de toutes les insuffisances.

Beaucoup d'analystes se demandent sur la nature des rapports que vous entretenez avec la nouvelle direction de l'Utica.

Avec Samir Majoul, le nouveau président de l'Utica, nous entretenons des rapports continus et nous coordonnons nos positions.

D'ailleurs, nous avons pratiquement la même évaluation du rendement du gouvernement et de la situation générale dans le pays. L'Union nationale de la femme tunisienne partage également nos approches.

Nous ne sommes pas contre les partis politiques mais nous nous opposons aux agendas contraires aux intérêts de la Tunisie. Dans tous les cas, l'Ugtt, l'Utica et l'Unft ne constituent pas un front antigouvernement ou antipartis.

Pour conclure, qu'est-ce que l'Ugtt attend du président de la République qui a convié les signataires du Document de Carthage à une réunion mardi 13 mars ?

Nous savons que la situation est difficile. Nous avons la conviction que le président de la République est capable de lancer une nouvelle initiative à même de ressusciter l'espoir parmi les Tunisiens.

Et cette initiative comportera une nouvelle approche définissant les priorités de la nouvelle étape et identifiant les moyens de leur concrétisation.

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