19 Mars 2018

Mali: Violences intercommunautaires - Il faut prendre les démons de la haine par les cornes

Visiblement, Soumeylou Boubèye Maïga a prêché dans le désert. Le Premier ministre malien s'était rendu au centre du pays début mars pour appeler à la concorde entre les différentes communautés et promettre que l'Etat assumerait son devoir régalien de protection des citoyens.

Mais à peine a-t-il tourné les talons que des violences intercommunautaires éclataient entre Peuls et Dogons, faisant au moins 25 morts parmi les Peuls. La spirale de la violence ne semble pas s'arrêter puisque ce week-end, deux villages du cercle de Koro ont été attaqués, ce qui a fait 10 morts, des Dogons en particulier.

10 morts qui viennent s'ajouter à la liste déjà interminable de ceux qui déjà tombés depuis 2 bonnes années dans des affrontements qui opposent tantôt Bambaras et Peuls, tantôt Peuls et Dogons, portant chaque jour un coup de plus au vivre-ensemble devenu véritablement problématique dans cette partie du pays.

Après l'interminable rébellion touarègue qui perdure depuis les années 60 et le narco-djihadisme qui a pris possession du Mali voilà maintenant plus de 5 ans, c'est un nouveau cancer qui ronge la société malienne, comme si ça ne lui suffisait pas déjà de faire face aux terroristes qui tirent sans distinction ethnique. Pire, ces violences communautaires ont fait plus de cent morts et sont en train de s'étendre village après village avec de véritables battues, des expéditions punitives, des vols de bétail et autres.

Cette situation fait forcément l'affaire des salafistes, qui n'en demandaient pas tant et ils ne vont pas se priver d'élargir le fossé existant entre les différentes communautés. Une maison minée contre elle-même s'écroule à coup sûr et les forces du Mal le savent bien.

En fait, au casus belli traditionnel entre éleveurs et cultivateurs sont venus se greffer les suspicions ainsi que le délit de faciès et de patronyme depuis qu'Amadou Koufa a créé en 2015 le Front de libération du Macina (FLM), composé essentiellement de Peuls. Une dangereuse fulaniphobie dans la mesure où des Peuls sont même parfois victimes des exactions du FLM.

Quand cette situation va-t-elle prendre fin ? Difficile à dire tant, pour l'instant, on a l'impression que les autorités maliennes, qui multiplient les rencontres à n'en pas finir, ne se donnent pas les moyens de circonscrire tous ces fléaux qui pourraient donner le coup de grâce à une unité nationale déjà bien chancelante. Elles auraient pourtant tort de minimiser le grave péril qui guette des régions entières du Mali.

Cela, dans la mesure où les cadavres qui s'amoncellent finissent par constituer des barrières infranchissables entre les communautés, où les haines recuites et les vendettas se transmettent souvent de génération en génération. De ce point de vue, elles peuvent même être plus dangereuses et plus pernicieuses que le narco-djihadisme auquel le pays de Modibo Keïta fait difficilement face.

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