20 Mars 2018

Libye: Sarkozy gardé à vue - Avec les compliments du Guide

Photo: Le Pays
Nicolas Sarkozy

Si Nicolas Sarkozy était Africain, il s'appellerait sans doute Jacob Zuma. Tant, à l'image du fraîchement déchu président sud-africain, il traîne des casseroles aussi bruyantes les unes que les autres mais qui ont jusque-là été sans conséquences fâcheuses pour lui.

L'ancien locataire de l'Elysée est en effet mis en cause directement dans pas moins d'une dizaine de dossiers, même s'il est toujours parvenu à passer à travers les mailles du filet judiciaire, souvent au bénéfice du doute.

Sans pour autant dissiper le halo de suspicion qui l'entoure comme c'est le cas dans les Affaires Bettencourt, des Pénalités de l'UMP, Bygmalion, des Ecoutes (Bismuth), de l'Arbitrage Tapie, des sondages de l'Elysée, des contrats avec le Kazakhstan et, enfin et surtout, du présumé financement occulte de sa campagne 2007 par Moumammar Kadhafi qui recèle tous les ingrédients d'un film policier : un soupçon de délinquance en col blanc avec des dessous-de-table de l'ordre de 50 millions d'euros, des intermédiaires tels l'homme d'affaires franco-libanais Ziad Takiédine ou Alexandre Djouhri, qui balancent quelques cadavres ici et là, notamment Choukry Ghanem, ancien ministre libyen du pétrole décédé en 2012 dans des circonstances troubles, des proches déjà éclaboussés et un parrain imperturbable que la vague ne semblait pas pouvoir atteindre.

L'affaire, le prix peut-être du retour en grâce du Bédouin de Syrte sur la scène internationale sur fond de libération des infirmières bulgares, avait été mise au jour en mai 2012 par le site Médiapart d'Edwy Plenel, mais l'incriminé avait toujours hurlé à la cabale politicienne malgré les éléments à charge qui commençaient à s'empiler.

Maître, puisqu'il est avocat de profession, Nicolas Sarkozy de Nagy Bosca va devoir se trouver une autre ligne de défense. Entendu pour la première fois depuis l'ouverture d'une information judiciaire en avril 2013 par l'Office central de lutte contre la corruption et les infractions financières et fiscales, l'ex-premier magistrat français a été placé hier en garde à vue (pour une durée de 48h maximum) à la Police judiciaire de Nanterre, et cela pourrait déboucher sur une mise en examen en bonne et due forme, comme dans le cas, déjà, de Claude Guéant, ancien secrétaire général de l'Elysée, puis ministre de l'Intérieur, fidèle parmi les fidèles, s'il en est, de l'empereur de Neuilly. Dans la foulée, Brice Hortefeux, son ami de trente ans et ancien collaborateur, a, lui aussi, été entendu ce mardi 20 mars comme suspect libre.

L'étau judiciaire se fait donc plus étouffant, signe que les magistrats ont certainement fini par rassembler suffisamment de preuves pour inculper « l'homme pressé ».

Il entre ainsi tristement dans l'histoire puisque jamais, au grand jamais, un ancien chef de l'Etat français n'avait eu les honneurs de la taule. «Imagine-t-on le général de Gaulle mis en examen ? » avait lancé, perfide, un jour François Fillon quand la guerre pour la candidature des républicains à la présidentielle 2017 faisait rage. Il est vrai que les bottes du géant Charles étaient bien trop grandes pour celui que Dominique de Villepin avait surnommé méchamment le nabot, en raison de sa petite taille.

De la garde à vue au procès, il y a encore un grand pas, mais l'évolution de ce dossier montre à souhait qu'en bonne démocratie, nul, fût-il président de la République, n'est au-dessus de la loi, d'où la nécessité d'être vertueux dans l'exercice du pouvoir pour n'avoir pas à subir la rigueur de la loi une fois que le parapluie immunitaire aura été enlevé. Et bien de ces rois nègres qui nous gouvernent gagneraient à méditer cela.

Cette histoire, qui a donné lieu à un livre, «Avec les compliments du Guide », coécrit par Fabrice Arfi et Karl Laske de Médiapart, au-delà de la petite personne de speedy Sarko, c'est avant tout le procès du financement occulte, françafricain surtout, de la politique française à coups de mallettes et de djembés, une sauce fétide dans laquelle de nombreux hommes et femmes politiques hexagonaux, de droite comme de gauche, ont trempé les babines, souvent impunément. Avant Sarkozy, les Giscard, Mitterrand et Chirac, tous autant qu'ils furent, ont eu aussi leurs dîmes, versées par les Bongo père, Sassou, Eyadema, Houphouët et autres qui dilapidaient les maigres ressources de leurs pays pour s'en aller ensuite quémander de quoi boucler les fins de mois de leurs fonctionnaires.

En vérité, le cas Sarko n'est pas une simple affaire de délinquance financière, de corruption active et passive, de trafic d'influence, de faux et d'usage de faux, d'abus de biens sociaux, de blanchiment ainsi que de complicité et recel de ces infractions, autant de charges qui pourraient peser contre lui, c'est aussi la manifestation d'un gangstérisme politique qui s'est soldé par la liquidation du Guide le 20 octobre 2011 alors que son fils, Seif el-Islam, avait commencé à parler du deal sarkozyen et de l'ingratitude de l'obligé qui, après avoir lapé le lait mielleux de la chamelle libyenne, a décidé de tuer la bête. On eût dit un parrain de la mafia qui veut faire taire à jamais un témoin gênant.

Le drame, c'est que sous prétexte de vouloir instaurer la démocratie et le respect des droits de l'homme, en déboulonnant le chef de la Jamahiriya arabe libyenne populaire et socialiste sans service après-vente, la coalition occidentale conduite par la France, la Grande-Bretagne et les Etats-Unis a désaxé le pays, livré depuis maintenant sept longues années à des bandes plus ou moins organisées qui se disputent sa dépouille, et l'ont transformé en bazar à ciel ouvert où tous les terroristes viennent faire leur marché, alimentant de ce fait le djihadisme du Sahelistan. Ce n'est donc que justice que l'un des principaux responsables de ce foutoir, qui se la coulait douce après avoir foutu le bordel, rende enfin des comptes.

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