5 Avril 2018

Cote d'Ivoire: Le Sénat installé sur fond de bisbilles entre le Rdr et le Pdci/Rda

Photo: Fraternité matin
Jeannot Ahoussou Kouadio, nouveau président du Sénat ivoirien

Ça y est. Le tout nouveau Sénat a ouvert ses portes, hier, 5 avril 2018, en Côte d'Ivoire. Sans suspense, c'est Jeannot Ahousou Kouadio qui a été élu président avec 98,45% des voix. Ainsi donc, le désormais ex-ministre chargé du Dialogue politique et des relations avec les institutions, devient le dauphin constitutionnel du chef de l'Etat. Rappelons que l'opérationnalisation du Sénat intervient dans un contexte particulier où le débat pour un parti unifié entre le RDR et le PDCI/RDA, fait rage.

En effet, pas plus tard qu'à l'occasion de la rentrée parlementaire intervenue le 3 avril dernier, Guillaume Soro qui, dans un enregistrement off, s'était déjà montré très réservé quant à la fusion des deux partis, est revenu sur le sujet. Estimant qu'il avait été mal compris, il a saisi l'occasion pour non seulement appeler à la sérénité dans la famille houphouétiste, mais aussi pour clarifier sa position. S'il s'est dit favorable au projet de parti unifié, il a suggéré cependant que l'on laisse le temps au temps.

En d'autres termes, le patron du perchoir trouve qu'il n'y a pas urgence à aller au mariage et là-dessus, il est sur la même longueur d'onde que le PDCI/RDA qui, tout en se disant favorable à la fusion, l'envisage à l'horizon 2020. Dès lors, la question que l'on pourrait se poser est la suivante : « qui a intérêt à cette fusion que de part et d'autre l'on trouve précipitée ? » Pour trouver réponse à la question, il faut répondre d'abord à cette autre question : « à quoi est destiné le parti unifié ? ».

En allant à la fusion, il y aura une remise à plat du débat qui libèrera ADO de son engagement

L'on peut tout de go dire que l'ambition est de mutualiser les forces dans la perspective des élections de 2020, mais à y regarder de près, l'on aperçoit une stratégie de contournement du gentlemen agreement passé entre Alassane Dramane Ouattara et Henri Konan Bédié, qui voulait qu'en 2020, le candidat unique à l'élection présidentielle du RDHP soit issu du PDCI/RDA après le mandat du RDR.

En effet, en allant à la fusion, il y aura une remise à plat du débat qui libèrera ADO de son engagement. Et l'on comprend toutes les réticences du PDCI/RDA qui risque, en allant dans ce méga parti, d'être le dindon de la farce. Dans la même veine, l'on peut comprendre aussi l'agacement de Guillaume Soro qui ne fait pas mystère de ses ambitions personnelles.

En tout état de cause, cette question de la création d'un parti unifié, ne pourra obtenir la claire adhésion des têtes fortes des deux camps que lorsque le débat sur celui qui portera les couleurs du RHDP, sera tranché. « Les anciens tisons s'enflamment vite », dit le dicton et celui qui reste encore véritablement le seul maître du jeu, le président ADO, doit avoir une claire conscience de cette donne. Et c'est en cela qu'il doit calmer les esprits en sortant de l'ambiguïté et surtout se montrer bon prince en acceptant de passer la main selon les termes de l'accord qui le lie au PDCI/RDA.

En attendant qu'ADO se décide à trancher, l'on peut déjà se féliciter du discours de Guillaume Soro. Peut-être a-t-il été contraint par ses difficultés actuelles, mais il indique clairement la voie à suivre à la classe politique ivoirienne qui s'est si souvent déchirée dans les débats politiques, avec les conséquences que l'on sait.

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