10 Avril 2018

Afrique de l'Ouest: Burkina/Ghana - Serge Noël Ouédraogo appréhende les migrations

Pour l'obtention de son diplôme de Docteur en Histoire, Serge Noël Ouédraogo a soutenu sa thèse le samedi 7 avril 2018, à l'université Ouaga I Pr Joseph-Ki-Zerbo, sur le thème « La migration des Burkinabè (Voltaïques) vers le Ghana (Gold Coast) de 1919 à 2010 : origines, gouvernance migratoire et stratégies d'intégration ». Le Jury a sanctionné le travail de la mention « Très honorable». Serge Noël Ouédraogo, professeur des lycées et collèges, est désormais docteur en histoire. Il a soutenu sa thèse le samedi 7 avril 2018, à l'université Ouaga I Pr Joseph-Ki-Zerbo.

« La migration des Burkinabè (Voltaïques) vers le Ghana (Gold Coast) de 1919 à 2010 : origines, gouvernance migratoire et stratégies d'intégration » est le thème sur lequel a porté la réflexion de Dr Ouédraogo.

A l'unanimité, le jury a attribué la mention « Très honorable » à son travail de recherche. L'objectif principalde l'étude a consisté à démontrer que le courant migratoire entre le Burkina Faso et le Ghana est un des courants majeurs des migrations internationales intra-africaines des Burkinabè, tant durant la période coloniale que celle postcoloniale.

De façon spécifique, il s'est attelé à expliquer les origines anciennes et complexes du courant migratoire entre les deux pays, à analyser la gouvernance des migrations dans le pays de départ et dans celui d'accueil, et à appréhender la diversité des stratégies d'intégration mises en œuvre par lesmigrants et leurs descendants dans leur pays d'accueil.

Pour ce qui des origines du courant migratoire burkinabè, Dr Serge Noël Ouédraogo a indiqué que l'émigration vers le Ghana est apparue et a prospéré du fait de la conjugaison de causes structurelles et conjoncturelles. « Des raisons politiques, économiques, psycho-sociales et des mobiles variés ont, à des degrés divers, présidé au déclenchement et au maintien des migrations des Burkinabè au Ghana », a-t-il expliqué.

Au nombre des causes économiques, l'on note les contraintes de la colonisation française, la réaction de fuite face aux contraintes coloniales et la démarcation physique de la frontière en 1924 et 1968. Les mobiles économiques sont inhérents au difficile décollage économique de la Haute-Volta, à l'image de l' «eldorado » qu'incarnait la Gold Coast, mais qui manquait de main d'œuvre et à la quête de pâturages.

« Parmi les causes psychosociales, l'on note la perception positive de la migration par la société, l'exhibitionnisme et l'ascension sociale des migrants de retour, et les conflits de générations. On peut aussi relever la récurrence de la sécheresse et de la famine, les causes religieuses, et la recherche du savoir et du savoir-faire », a souligné l'impétrant.

Dans la même lignée des origines, l'étude montre que les migrants étaient des hommes surtout des jeunes célibataires et ruraux. On y trouve également des hommes mariés, des femmes migrant avec leurs époux et des femmes migrant de façon autonome.

« Un intérêt majeur pour les migrations en Afrique de l'Ouest »

Les principaux modes de déplacement des migrants ont été la marche (mode de déplacement le plus usité au début), la marche alternée au trajet en camion à partir de 1935 et les déplacements entièrement en camions ou en cars. La destination des migrants au Ghana sont les zones rurales du nord du pays, celles forestières et pastorales, etc. Pour Dr Ouédraogo, les migrations ont connu des flux réversibles et irréversibles.

« La réversibilité des flux s'est traduite par les migrations circulaires: les migrations saisonnières et les migrations pluriannuelles. La circulation migratoire saisonnière donne lieu à un grand « turnover ». L'irréversibilité des flux est à l'origine de la formation et de l'agrandissement de la diaspora burkinabè au Ghana et/ou de la communauté ghanéenne d'origine burkinabè », a-t-il argué.

Concernant la gouvernance migratoire, l'auteur de la thèse a laissé entendre qu'elle a épousé des tendances différentes de part et d'autre de la frontière. « Au regard des enjeux de la main d'œuvre, la gouvernance des migrations au Burkina Faso a, pendant longtemps, consisté à freiner et à détourner les flux en direction du Ghana, tandis que celle du Ghana a œuvré à attirer les travailleurs migrants burkinabè », a-t-il relevé.

Concernant l'intégration, le chercheur a avancé que deux dimensions se distinguent chez les migrants. « Les stratégies d'intégration socioculturelle, économique et juridique des migrants et de leurs descendants conduisent à la pérennisation de l'immigration. Dans ce contexte, certains d'entre eux font le vœu pieux de rentrer au pays un jour: c'est ‘'la recherche des chaussures" », a fait remarquer Dr Serge Noël Ouédraogo.

Le jury, composé de cinq membres, a, de commun accord, félicité l'impétrant pour la qualité du travail abattu. « La thèse explique les fondements des flux migratoires du Burkina Faso vers le Ghana.

Les réflexions s'appuient sur des sources variées qui recèlent des archives des ministères des affaires étrangères du Burkina, du Ghana, de la Côte d'Ivoire. Elles prennent en compte également des sources privées de certains acteurs de l'histoire de cette migration, l'outil informatique et les enquêtes orales », a énoncé le directeur de thèse, Pr Claude Etienne Cissao.

Et d'ajouter que l'étude offre d'« intéressantes » perspectives de recherche. Le co-directeur de la thèse, Pr Issiaka Mandé, a salué la pluridisciplinarité de la recherche et la richesse des statistiques.

« C'est une thèse qui présente un intérêt majeur pour les migrations en Afrique de l'Ouest. Elle apporte beaucoup sur la notion d'Etat-nation et la construction identitaire », a-t-il soutenu. Le président du jury, Pr Moussa Willy Bantenga, a affirmé que le travail de Dr Ouédraogo présente de « réels atouts », et loué le fait qu'il ait été encadré par deux enseignants rompus à l'histoire contemporaine du Burkina Faso.

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