13 Avril 2018

Sénégal: Drame et désolation autour de l'enjeu des coupes de bois en Casamance - Aly El Aïdar dénonce des indiens en Gambie et l'assassinat de citoyens boucliers

En attendant la chute du dernier arbre des massifs forestiers de la Casamance, l'enjeu de l'exploitation du bois continue de supprimer des vies autour des modalités de gestion et de gouvernance du couvert végétal. Aly El Aïdar, le secrétaire général de la Fédération démocratique des écologistes du Sénégal révèle que des «Indiens ont installé des scieries modernes à Serrekunda, en Gambie, qui exploitent le bois coupé en Casamance». Un membre du comité de surveillance des forêts de Madina Yoro Foula est tué par des trafiquants alors que la tuerie de Boffa Bayote, à Ziguinchor, n'a pas dit tous ses secrets. Du vert, les forêts sont au rouge !

Malgré le train de mesures coercitives annoncées par l'Etat du Sénégal, le trafic de bois à grande échelle prospère toujours dans les régions du Sud du pays. L'implication de concessionnaires indiens qui ont installé leurs unités de raffinage de bois en Gambie voisine et qui en revendent même au Sénégal constitue une aberration, selon Aly El Aïdar, le secrétaire général de la Fédération démocratique des écologistes du Sénégal.

«Le trafic de bois a atteint des limites incroyables. Nous avons filmé des dépôts de bois gambiens qui regorgent plus qu'avant. A Serrekunda, en Gambie, ce sont des Indiens qui y ont installé des scieries modernes qui exploitent le bois coupé en Casamance. Ils transforment ces troncs de bois en planches qu'ils reviennent vendre au Sénégal. A titre d'exemple, ce sont eux qui ont vendu des planches à une école de formation à la menuiserie à Kafountine, en Casamance».

De l'avis du numéro 1 des écologistes du Sénégal, ce trafic de bois appauvrit les collectivités rurales et explique, selon lui, la forte propension des jeunes à prendre la route de l'émigration irrégulière. «Cette exploitation à outrance a fini d'appauvrir nos contrées. Les communautés sont dans la dèche et les jeunes sont obligés de se jeter sur les routes de l'émigration clandestine car ils n'ont plus rien chez-eux», dit-il.

LES PATRIOTES BOUCLIERS EN SURSIS !

Dans une approche volontariste, citoyenne et participative, des villageois se sont constitués en comités de surveillance de la forêt; mais, d'après Aly El Aïdar, ce sont hélas les membres de ces organes qui se retrouvent en prison. «Des jeunes qui se sont érigés en sentinelles de la forêt se sont retrouvés en prison pendant deux ans après avoir été tailladés à coup de machettes par des trafiquants. C'est une situation grave car on sait que l'Etat ne peut pas être partout et que seuls les comités villageois de lutte peuvent permettre de circonscrire efficacement le fléau des coupes illicites de bois».

En atteste, il y a moins d'une semaine, le jeune Moustapha Guèye du comité de surveillance de la forêt de Madina Yéro Foula, dans l'Est de Kolda, est lâchement tué par des trafiquants de bois, un meurtre non encore élucidé. Aly El Aïdar relève que Moustapha Guèye une victime des exploitants qui sont gênés par son abnégation et son opposition farouche à la coupe de bois. Lui-même Aly El Aïdar, secrétaire général de la Fédération démocratique des écologistes du Sénégal n'a pas été épargné par ces «ennemies» de la forêt. «J'ai dénoncé des trafiquants de bois qui ont porté plainte contre moi, au motif que je les ai diffamés. J'assume mes propos car ce sont des ennemis de la nature. Le procès est annoncé pour le 24 avril courant».

LA FORET, UNE AUTRE MAMELLE DU CONFLIT TRENTENAIRE EN CASAMANCE

L'enjeu sur les forêts est d'une sensibilité dangereuse. L'on se souvient début janvier 2018, des hommes en arme ont massacré 14 coupeurs de bois dans les forêts de Boffa Bayotte, dans les périphéries de la commune de Ziguinchor en représailles, dit-on, à l'incarcération des membres d'un comité de surveillance des forêts. L'atrocité du carnage a même fait gripper la machine de la paix bien en marche pourtant avec à la clé l'interruption de plus de cinq années d'accalmie.

Ce réflexe de protection spontanée des massifs forestiers ne résulte-t-il pas d'un constat de péril rampant qui, dans le moyen terme, laissera place à une clairière, puis le désert ? A ce rythme, l'on redoute fort que chacun cherche à protéger «la parcelle sous son contrôle» tout au moins le lopin de terre d'où il tire sa pitance. Peut-être là un retour inconscient vers l'état de nature où chacun s'élèvera contre chacun. C'est à la fois une interpellation tacite de l'Etat central à se donner les moyens de contrôler son espace et singulièrement les terres et leur couvert végétal pour éviter un point de non-retour.

Et comme si cela ne suffit pas, le retour progressif des déplacés du conflit armé en Casamance anime dans le même temps d'autres divergences au sujet de la nouvelle occupation de l'espace géographique aux fins d'usage d'habitat social ou d'exploitation agricole. A pas de géant, les forêts reculent et, à l'inverse, les trafiquants avancent laissant derrière un vide hostile et létal. Et le réalisme voudrait qu'on admette que cette disparition du biotope va déstructurer l'équilibre du peuplement de toute la biodiversité. Demain la mort !

Sénégal

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