14 Avril 2018

Congo-Brazzaville: L'ONU et sa chambre « haute »

Aux côtés des autres instances de l'ONU - leur émanation-, les cinq membres permanents du Conseil de sécurité sont censés œuvrer au maintien de la paix et de la stabilité des Etats depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale en 1945.

Pourtant, la crise syrienne a transformé l'enceinte des Nations unies, à New York, en un piège prêt à se refermer sur eux. Chacun défendant bec et ongle ses intérêts, au besoin devant les caméras des télévisions, les Etats-Unis, la Russie, la France, l'Angleterre et la Chine renvoient au monde l'image de fauves déchaînés qui n'hésiteront pas, tôt ou tard, à remettre en cause le fragile équilibre sur lequel se construit le vivre ensemble universel depuis la chute du mur de Berlin en 1989.

Comme dans un parlement bicaméral, les cinq « Grands » cités plus haut constituent la chambre haute du Conseil de sécurité. Malheureusement, ils ont à cœur une mécanique de résolution des conflits qui prend très souvent le parti de la confrontation au détriment de celui de la modération. Ces derniers temps, dans la bouche des diplomates qui s'expriment au Conseil de sécurité de l'ONU, des dirigeants qui le font à partir de la Maison-Blanche, du 10 Downing Street, du Kremlin et de l'Elysée -cela l'est un peu moins à ‎Zhongnanhai‎-, les mots frappe, riposte, représailles sont les plus employés. C'est une escalade verbale terrifiante qui met en avant des acteurs capables de lui donner une dimension conflictuelle désastreuse. Dans la nuit du 13 au 14 avril, évidemment, les forces américaines, françaises et britanniques ont tiré " à balle réelle" sur des cibles censées abriter les "capacités chimiques" du régime de Bachar Al Assad en Syrie. Puis en ont justifié le bien-fondé.

A vrai dire, si l'Occident et la Russie entrent en guerre dans le moment présent, ils feront de la place à beaucoup d'opportunistes dans le voisinage immédiat de leur champ de bataille que serait la Syrie. Sept ans déjà que la guerre fait rage dans ce pays, trois ans qu'elle sévit au Yémen non loin, dans le premier comme dans le deuxième cas, l'ennemi désigné s'appelle « terrorisme ». Les camps en présence se rejettent la responsabilité des massacres de civils, tout en communicant abondamment sur la bonne cause qu'ils sont supposés défendre. On a l'impression, à entendre parler les forces engagées sur le terrain, directement ou par rebelles et terroristes interposés, qu'elles ne sont pas au bout de leur logique de guerre. Elles la poursuivront aussi longtemps que leurs intérêts le commanderont, mais les terroristes entameront la reconquête des espaces qu'ils ont perdus dans la région dès que les grandes puissances ouvriront les hostilités.

Devant le raidissement des positions de part et d'autre, le salut réside pourtant dans la capacité des dirigeants russes et occidentaux à dédramatiser leurs divergences. Il n'y a pas longtemps encore, personne ne croyait à l'éventualité d'une concertation au sommet entre le président américain, Donald Trump, et le dirigeant nord-coréen, Kim Jun Un. En apparence, le mois de mai prochain pourrait être celui de la rencontre de l'année lorsque les deux hommes prendront place autour d'une table pour évoquer l'avenir des relations entre leurs pays. La poignée de main entre Trump et Un, « le vieux et le petit gros », c'est comme cela qu'ils se regardaient dans le miroir de leur rivalité avant le dégel, sera peut-être, pour emprunter à l'humour des habitants du pays de l'Oncle Sam, la mère de toutes les poignées de main.

Ne devrait-on pas espérer voir le président de la Fédération de Russie, Vladimir Poutine, ses homologues américain, Donald Trump, français, Emmanuel Macron, britannique, Theresa May, se laisser séduire par la clause d'apaisement qui caractérise le Chinois Xi Jinping ? Ceci n'est pas pour dire que la Chine n'est pas en mesure de montrer les muscles quand ses intérêts sont en jeu. Mais, au moins, sur la scène internationale, Beijing s'efforce de privilégier la concertation avant tout.

Les Russes et les Occidentaux sont bien évidemment capables de cela et l'ont prouvé par le passé. Maintenant que les frappes ont eu lieu sur la Syrie, peut-être leurs initiateurs ont cassé la bulle d'ire qui enflait en eux au lendemain de l'affaire Skripal, l'espion russe attaqué au poison chimique à Londres. Au fait, les cinq membres permanents du Conseil de sécurité ne devraient pas se contenter de gérer le monde en étant perchés sur les sièges inéjectables de la « chambre haute » de l'ONU qu'ils occupent presque « impunément » voilà aujourd'hui un peu plus de sept décennies. Ils doivent apprendre à penser la paix mondiale en redevenant ses acteurs de premier rang.

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