10 Avril 2018

Cote d'Ivoire: Le pays ne devrait pas apporter son aide à la Chine dans ses manœuvres contre les droits humains à l'ONU

communiqué de presse

Un vote au Conseil de sécurité des Nations Unies sur la Syrie le mois dernier a apporté une nouvelle preuve que la Chine se sert de son influence grandissante pour réduire le rôle de l'ONU dans le domaine de la protection des droits humains, dans ce cas avec l'aide de la Côte d'Ivoire.

Le 19 mars, l'abstention de trois pays africains siégeant au Conseil de sécurité -- la Côte d'Ivoire, l'Éthiopie et la Guinée équatoriale -- a permis à la Russie et à la Chine d'empêcher la tenue d'une réunion officielle de briefing sur la situation désastreuse en matière de droits humains en Syrie. Cet exposé de la situation par le Haut Commissaire de l'ONU aux droits de l'homme, Zeid Ra'ad al-Hussein, aurait permis de décrire en détail la détresse des civils pris au piège dans des zones comme la Ghouta orientale, le quartier de Damas assiégé que l'alliance militaire syro-russe soumet fréquemment à des attaques menées sans discernement.

En fin de compte, Zeid Ra'ad al-Hussein a fait un compte-rendu officieux dans une salle de conférence proche de la salle de réunion du Conseil de sécurité, mais en s'abstenant ainsi de discuter officiellement de la situation des droits humains en Syrie, le Conseil a fait preuve d'une indifférence tragique aux souffrances humaines.

La Chine devient de plus en plus agressive dans ses tentatives de réduire l'espace réservé au dialogue sur les questions relatives aux droits humains aux Nations Unies, tant au Conseil de sécurité qu'au sein d'entités dédiées spécialement aux droits humains comme le Conseil des droits de l'homme.

Toutefois, l'abstention de la Côte d'Ivoire a été surprenante. Le gouvernement du président Alassane Ouattara a, certes, ses propres problèmes de droits humains, mais il a défendu ces droits à l'extérieur en soutenant la Cour pénale internationale en dépit des attaques que cela lui a valu de la part d'autres dirigeants africains. Depuis qu'il a rejoint le Conseil de sécurité en janvier, il a également appuyé les efforts en vue d'un transfert pacifique du pouvoir en République démocratique du Congo, où les deux mandats autorisés par la constitution du président Joseph Kabila ont pris fin en décembre 2016. Alassane Ouattara a lui-même déclaré en octobre 2016 que « le Conseil de sécurité des Nations Unies doit être principalement l'organe au sein duquel les décisions courageuses doivent être prises, pour éviter à nos peuples et à nos Etats, les conflits et les guerres, avec leurs lots de détresses et de souffrances. »

La Côte d'Ivoire connait pourtant bien la valeur de l'action du Conseil de sécurité quand il s'agit de protéger les civils lors d'un conflit armé. Cela ne fait que sept ans que ce pays est sorti d'une décennie sanglante de violences politiques, qui avait atteint son point culminant lors de la crise postélectorale de 2010-11, lorsque le président de l'époque, Laurent Gbagbo, refusait de céder le pouvoir à Alassane Ouattara à l'issue de l'élection présidentielle de 2010.

Une mission de maintien de la paix de l'ONU, initialement déployée en Côte d'Ivoire à la suite du conflit armé de 2002-03, a eu un bilan mitigé en matière de protection des civils. Mais une résolution adoptée en mars 2011 par le Conseil de sécurité autorisant les militaires de maintien de la paix à s'attaquer aux armes lourdes que les forces pro-Gbagbo utilisaient contre les civils, décision qui a permis de précipiter la fin de la crise de 2010-11, a offert un exemple rare d'une action robuste de l'ONU face à de graves violations des droits humains. Avant l'adoption de cette résolution, la prédécesseure de Zeid Ra'ad al-Hussein en tant que Haut-Commissaire de l'ONU aux droits de l'homme, Navi Pillay, avait apporté un témoignage poignant sur la situation des victimes ivoiriennes.

Par conséquent, pourquoi la Côte d'Ivoire n'a-t-elle pas voulu entendre le compte-rendu de Zeid Ra'ad al-Hussein sur les abus dont souffrent maintenant les Syriens? Les membres du Conseil de sécurité qui l'avaient invité à New York, dont les États-Unis, la France et le Royaume-Uni, ont affirmé que la Côte d'Ivoire avait initialement promis qu'elle soutiendrait la tenue de ce briefing officiel. Mais plusieurs diplomates bien informés nous ont affirmé que la Côte d'Ivoire a été amenée à changer d'avis à la suite d'une intervention diplomatique de haut niveau et agressive de la part de la Chine, qui a investi puissamment dans des projets d'infrastructure ivoiriens.

Il y a des signes que la Côte d'Ivoire regrette peut-être déjà sa décision. Le 8 avril, la Côte d'Ivoire, avec huit autres membres du Conseil de Sécurité, ont appelé à une réunion urgente du Conseil après une attaque chimique dans la ville Syrienne de Douma le 7 avril.

La Côte d'Ivoire aura d'autres occasions de se racheter. Outre ses votes futurs sur des questions concernant les droits humains et la protection des civils en Syrie et ailleurs, la Côte d'Ivoire demeurera en position d'arbitre dans des votes sur des motions de procédure qui, contrairement aux résolutions du Conseil de sécurité, ne peuvent faire l'objet d'un véto d'un des cinq membres permanents. Bien que rares, ces votes sont essentiels pour permettre au Conseil de faire la lumière sur d'autres violations des droits humains, comme la détresse humanitaire des citoyens de Corée du Nord, dont la Chine s'efforcera d'empêcher un examen de la part de la communauté internationale.

Les dirigeants africains comme le président Ouattara, qui se disent attachés aux institutions internationales protégeant les droits humains, et qui ont vu personnellement comment des actions de l'ONU peuvent sauver des vies, ne devraient pas transiger sur leurs valeurs sous la pression d'une superpuissance. Quand les membres du Conseil de sécurité se verront demander de prendre fait et cause pour les victimes de violations des droits humains, la Côte d'Ivoire devrait être parmi les premiers à le faire.

Directrice de la division Afrique de Human Right Watch.

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