16 Avril 2018

Tchad: L'art de la débrouille des internautes tchadiens face aux coupures Internet

Alors que le réseau internet est toujours coupé dans le pays, les utilisateurs doivent redoubler d'efforts pour communiquer et continuer à travailler. La société civile condamne les coupures.

Au Tchad, les réseaux sociaux, et notamment WhatsApp et Facebook, sont toujours inaccessibles. Des désagréments dus à la coupure internet intervenue 24 heures après la fin des travaux du forum national en vue des réformes institutionnelles, boycotté par l'opposition et la société civile, qui s'est achevé le 27 mars dernier.

Le gouvernement tchadien et les compagnies de téléphonies mobiles n'ont donné aucune raison de cette restriction de l'internet. Mais tout porte à croire que les tensions au sein de l'ethnie au pouvoir, ouvertement exprimées sur les réseaux sociaux ces derniers temps, et les critiques acerbes sur les réseaux contre les conclusions des travaux du forum national dernier pourraient être à l'origine de cette perturbation.

"Censure gouvernementale"

L'opposition et la société civile accusent d'ailleurs le pouvoir de vouloir museler les internautes tchadiens. ¨Le gouvernement voit les débats sur les réseaux sociaux qui ne sont pas en sa faveur. C'est une façon d'empêcher cette jeunesse de s'exprimer librement", réagit Nadjo Kaina, le porte-parole du Mouvement Citoyen Iyina. "Cela nous rappelle l'élection présidentielle de 2016 ou nous avons vécu plusieurs mois sans internet. C'est regrettable."

Système D

Obligés de s'adapter à une longue coupure, certains internautes parviennent à contourner la censure. "Beaucoup de jeunes aujourd'hui ont des applications qui peuvent contourner ces restrictions pour communiquer sur les réseaux sociaux", explique Nadjo Kaina. Il regrette cependant qu'à chaque fois que des tensions sociopolitiques surviennent au Tchad, le gouvernement coupe l'internet.

D'autant que si certains internautes parviennent à contourner la censure, ce n'est pas sans frais. "Pour Facebook et Wathsapp je suis obligé de passer par l'application VPN et ça consomme beaucoup de données. Ce n'est pas avantageux, j'espère que l'internet sera vite rétabli pour que je ne dépense pas trop pour avoir accès à l'internet", explique la journaliste Victoria Remadji.

D'autres internautes sont obligés de recourir au réseau internet du Cameroun, à l'exemple de Djimet Wichet, directeur de publication du journal en ligne Alwhida-Info. "Nous avons l'habitude de partager nos informations sur Facebook et sur Twitter, malheureusement nos lecteurs ne parviennent pas à accéder à notre site", raconte-t-il. Un véritable manque à gagner pour son journal. "À la fin de chaque mois Google à l'habitude de nous rémunérer. Et je n'arrive non plus à assurer la mise à jour régulière de notre site. Je serai obligé d'utiliser la Sim du Cameroun pour me permettre d'assurer la publication régulière."

Dans un communiqué de presse, l'ONG Reporters Sans Frontière indique que le Tchad s'illustre désormais comme étant l'un des "pires censeurs en ligne d'Afrique sub-saharienne" et appelle les autorités tchadiennes à rétablir l'accès complet à internet dans le pays.

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