19 Avril 2018

Sénégal: Il faut respecter le droit de manifester pacifiquement et de s'exprimer, dans un contexte de répression de la dissidence

Photo: allafrica.com
Malick Gakou , Leader du Grand Parti et Idrissa Seck Leader du parti Rewmi
communiqué de presse

Les autorités sénégalaises doivent protéger le droit de manifester pacifiquement et veiller à ce que les forces de sécurité ne recourent pas à une force excessive lors des manifestations antigouvernementales prévues le 19 avril 2018 dans la capitale Dakar, a déclaré Amnesty International.

Militants et partis de l'opposition ont prévu de se rassembler devant le Parlement pour protester contre le projet de loi portant modification du Code électoral et de la Constitution qui, s’il est adopté, exigerait de tous les candidats à l'élection présidentielle de l'an prochain qu’ils recueillent les signatures de 1 % des électeurs enregistrés dans sept régions du pays, afin de valider leur candidature. Les autorités ont annoncé que la manifestation n'avait pas été autorisée pour plusieurs motifs, notamment en vertu d’un décret de 2011 interdisant tous les rassemblements dans les quartiers du centre ville.

Au Sénégal, des manifestations pacifiques de l'opposition ont déjà été interdites de manière arbitraire et dispersées par la police au moyen d'une force inutile et excessive.

« Les autorités ne doivent pas oublier que manifester pacifiquement et s'exprimer librement sont des droits fondamentaux qui doivent être respectés, a déclaré François Patuel, chercheur sur l'Afrique de l'Ouest à Amnesty International.

« Ainsi, toute personne qui manifeste de manière pacifique doit pouvoir le faire sans craindre des représailles violentes de la part des forces de sécurité. La répression brutale des manifestations ne ferait qu'aviver les tensions politiques. »

Le projet de loi a suscité un vif débat public avec des organisations militantes et de l'opposition, notamment le mouvement de jeunes Y’en a Marre, qui considèrent cette modification comme une violation de la Constitution.

Amnesty International a déjà recensé plusieurs cas où les forces de sécurité ont recouru à une force inutile et excessive pour interdire de manière arbitraire et disperser des rassemblements pacifiques au Sénégal.

En juin 2017, les forces de sécurité ont blessé deux femmes par balle et roué de coups plusieurs manifestants lors d’une marche organisée à Touba pour dénoncer les mauvais traitements infligés à un adolescent de 14 ans par les membres d’une association souvent présentée comme une « police religieuse ».

En juillet 2017, les forces de sécurité ont fait usage de gaz lacrymogènes et de matraques pour réprimer une manifestation pacifique organisée par l’ancien président et dirigeant de l’opposition Abdoulaye Wade.

En outre, les autorités continuent de restreindre la liberté d’expression et de prendre pour cibles les artistes, les journalistes, les défenseurs des droits humains et les dissidents politiques.

Le 17 avril 2018, Barthélémy Dias, leader de l'opposition et maire de Mermoz-Sacré-Cœur, une commune de Dakar, a été condamné à six mois de prison pour « outrage à magistrat » et à une amende de 100 000 francs CFA (environ 150 euros) pour avoir critiqué la décision de la cour de condamner le leader de l'opposition et maire de Dakar Khalifa Sall.

La condamnation de Khalifa Sall à cinq ans de prison et à une amende de 5 millions de francs CFA (7 600 euros) pour des accusations d’escroquerie portant sur des fonds publics a soulevé des interrogations quant à l'indépendance de la justice.


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