19 Avril 2018

Tchad: L'impunité dénoncée par les victimes d'Hissène Habré

Photo: Madjiasra Nako/IRIN
Affaire Habre

Les victimes des crimes du régime Hissène Habré dénoncent la non-exécution d'une décision de justice rendue il y a trois ans. Le 25 mars 2015, la Cour d'appel de N'Djamena a condamné 20 agents du régime de Hissène Habré.

Le 25 mars 2015, la Cour d'appel de N'Djamena a condamné 20 agents du régime de Hissène Habré pour assassinats, tortures, séquestrations, et détentions arbitraires.

La Cour a également ordonné le versement de réparations aux 7.000 victimes recensées. Mais trois ans plus tard, rien n'est fait et certains condamnés sont même libres de leurs mouvements.

114 millions d'euros de réparations

C'est au terme d'un procès qui a duré trois mois qu'une dizaine d'agent de la DDS, la Direction de la documentation et de la sécurité, la police politique de l'ancien dictateur Hissène Habré, ont été condamnés à des peines de 20 ans de travaux forcés.

Sept autres accusés ont été condamnés à la prison à perpétuité.

La décision prévoyait également une réparation à hauteur de 75 milliards de francs CFA, environ 114 millions d'euros, aux 7.000 victimes, parties civiles au procès.

La moitié de cette somme devait être payée par la vente des biens des personnes condamnées et l'autre moitié par l'État tchadien, déclaré civilement responsable.

Pourtant, trois ans après rien n'a été fait. Non seulement les biens de ces personnes n'ont pas été saisis, mais elles sont en libertés.

Une insulte aux victimes ?

C'est une "insulte" faite aux victimes, déclare Clément Abaifouta. Président de l'Association des victimes des crimes et répressions du régime Hissène Habré, il explique à la DW que cela lui "fait très mal. Je me dis que c'est une manière de se moquer des victimes ou alors c'est une manière de tromper l'opinion internationale".

Selon lui, ce "cas de figure ne peut que se voir qu'ici au Tchad. Ailleurs, lorsque vous dites qu'un condamné est dehors, les gens s'arrachent les cheveux. C'est une insulte qui pèse sur notre conscience en tant que victimes."

Pour Me Jacqueline Moudeina, principale avocate des victimes, cela est dû au manque de volonté politique : "Cette décision vise deux personnes, vous avez le Procureur général qui doit se charger du volet pénal. C'est-à-dire l'incarcération de ces personnes condamnées. Et au niveau de la primature, les juges ont ordonné au Premier ministre de constituer une commission chargée de travailler sur l'indemnisation des victimes, mais rien n'a été fait".

L'avocate dit avoir écrit à deux reprises au Premier ministre et déplore : "J'ai demandé à le rencontrer pour savoir quelles sont les difficultés, mais jusqu'à présent mes deux demandes sont restées lettre morte."

Contactés, le ministre de la Justice et le Procureur général n'ont pas souhaité répondre à nos questions.

Il faut préciser que la justice avait également ordonné que le gouvernement édifie un monument pour les victimes du régime Habré et que l'ancien siège de la DDS soit transformé en musée. Ces deux mesures faisaient partie des revendications de longues dates des victimes mais elles n'ont également pas trouvé satisfaction.

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