20 Avril 2018

Cameroun: «La diplomatie sud-coréenne oeuvre à instaurer le dialogue intercoréen»

Après dix années de méfiance, la Corée du Sud et la Corée du Nord relancent leurs relations diplomatiques avec la tenue le 27 avril prochain d'un sommet à Panmunjom, un village de la zone démilitarisée séparant les deux Etats. Doit-on comprendre que la brouille diplomatique relève désormais du passé?

Après les multiples tensions et le climat d'incertitude dans la région, le prochain sommet intercoréen est un signe d'espoir pour l'ensemble de la communauté internationale. Ce qu'on doit noter avant tout, c'est la participation de la Corée du Nord aux Jeux Olympiques d'hiver qui se sont tenus en Corée du Sud à PyeongChang en février dernier. Le monde entier a pu assister à des scènes émouvantes en voyant défiler les deux équipes ensemble sous le drapeau de la péninsule coréenne. Ensuite, il y a eu les échanges de visites réciproques des envoyés spéciaux entre les deux Corées. La péninsule coréenne a connu presque 10 années de tensions très graves.

Dans le passé, les deux Corées avaient tenu un sommet intercoréen à deux reprises en 2000 et en 2007. Et depuis, comme vous le savez, on a assisté au décès de l'ancien leader Kim Jong-Il, le père de l'actuel leader Kim Jong-Un. Et puis les tensions se sont accentuées de manière à bloquer toute possibilité de dialogue. On ne peut pas être certain que ce sommet intercoréen pourra définitivement résoudre tous les problèmes. Mais ce qui est tout de même sûr, c'est que ce sommet donnera un élan bien positif au processus de paix dans la péninsule coréenne. Il aspire également à être la pierre angulaire d'une paix durable basée sur la dénucléarisation, tant dans la péninsule coréenne que dans la région.

Durant le dialogue, la Corée du Nord a promis de suspendre ses essais nucléaires et de missiles à condition que sa sécurité soit garantie. Comment dans sa médiation, Seoul entend- elle amener PyongYang et Washington à taire leur discours belliqueux pour privilégier l'option diplomatique?

Notre gouvernement veut maintenir la dynamique d'apaisement après une étape de tensions qui a atteint son apogée en 2017. La diplomatie sud-coréenne oeuvre inlassablement à instaurer ce dialogue direct intercoréen. Il va sans dire que l'instauration d'un tel dialogue direct favorisera l'option diplomatique et apaisera les postures de PyongYang et Washington. M. Chung Eui-yong, directeur de la Sécurité nationale, après sa visite dans la capitale de la Corée du Nord, au début du mois de mars, a remarqué que la Corée du Nord avait clairement exprimé son engagement vers la dénucléarisation à condition que la sécurité de son régime soit garantie. Dans la mesure où elle a exprimé également sa volonté d'engagement pour le dialogue avec les Etats-Unis, nous soutenons le dialogue direct entre la Corée du Nord et les Etats-Unis. D'une manière générale, le rapprochement entre les deux Corées ne semble pas plaire à tout le monde.

De nombreux observateurs à l'étranger émettent des doutes sur la sincérité de la Corée du Nord et de son leader Kim Jong-un. Quelle est votre lecture de la situation?

Nous sommes tout à fait conscients qu'il existe un point de vue sceptique vis-à-vis de la main tendue par la Corée du Nord compte tenu du passé au cours duquel, elle avait effectivement changé de discours et d'attitude en abandonnant toute volonté de dialogue et de négociation. Que l'on ait des doutes sur la sincérité de la Corée du Nord est tout à fait compréhensible puisqu'on a souvent assisté à ce genre de situation. Toutefois, au regard de certains signes positifs et des situations différentes, nous avons des raisons de croire à un espoir. Je vais vous citer quelques facteurs.

Premièrement, il est utile de rappeler que la Corée du Nord demeure toujours sous le poids des sanctions des résolutions de l'ONU, dont la rigoureuse mise en oeuvre est soutenue par l'ensemble de la communauté internationale. Même les deux pays qui avaient été traditionnellement les protecteurs de la Corée du Nord, la Chine et la Russie, gardent une position assez ferme à l'égard du développement du programme nucléaire nord-coréen. Ces deux pays participent activement aux sanctions des Nations Unies, ce qui laisse la Corée du Nord dans une situation diplomatique d'isolement. Nulle autre option que le dialogue sincère ne pourrait être possible devant la voix concertée de la communauté internationale.

Deuxièmement pour les Etats-Unis, dans le passé, avec leurs problèmes en Irak, au Moyen-Orient, etc., le dossier nordcoréen était relégué au second plan. Mais cette fois, il y a une différence fondamentale. Le problème de la Corée du Nord est devenu une priorité absolue. Donc, les Etats-Unis concentrent tous leurs moyens, des informations et des stratégies afin de résoudre ce problème. A ce stade-là, pour la Corée du Nord, faire semblant de tendre la main et la retirer sans explication, serait vraiment difficile.

Troisièmement, cette fois les discussions sont menées de manière plus directe et au plus haut niveau. Et l'ordre du jour, à savoir la dénucléarisation contre la garantie de la sécurité du régime est sur la table de négociations. On considère donc que la Corée du Nord montre une volonté de résoudre le problème dans la mesure où elle accepte cette procédure de dialogue venant directement du haut en bas, ce qui permet également de prendre une décision rapide et plus efficace. Quatrièmement, on peut constater une différence considérable dans la manière de traiter les choses par la Corée du Nord.

Le président sud-coréen Moon Jae-in a délégué des envoyés spéciaux de haut niveau ministériel. Ils ont été somptueusement accueillis par le leader nord-coréen. Les Nord-coréens se sont montrés assez coopératifs en tolérant par exemple, la tenue des exercices militaires conjoints entre la Corée du Sud et les Etats-Unis. Nous pensons que le message envoyé et la main tendue par le président sud-coréen de manière sincère et constante ont instauré un climat de détente et de dialogue. Nous espérons que ce bon climat va finalement porter des fruits. Il est tout de même à noter que le chemin reste long.

Au-delà du dégel et de la normalisation impulsé par les deux présidents comment les populations des deux pays perçoivent- elles cette décrispation ?

Je ne peux pas deviner la perception ou le sentiment des Nord-coréens. Quant à mes compatriotes du Sud, l'atmosphère générale est très positive. Notre voeu le plus cher, c'est la réunification. Là il ne peut y avoir aucun doute. Nous avons toujours été unis par le passé. La Corée a 5000 ans d'histoire. Elle a toujours été un seul pays et en plus avec une seule ethnie.

Au lendemain de la guerre de Corée, qui a été dévastatrice, on s'est retrouvé divisé par le 38e parallèle qui est tout à fait artificiel et imposé au moment de l'armistice. Depuis, les deux Corées ont suivi des chemins bien différents : le Sud, capitalisme et le Nord, communisme. Et voilà 65 ans que cela dure. Nous avons vécu une véritable tragédie, notamment avec des familles séparées. La Corée a réalisé un exploit formidable à la fois économique et politique. Elle figure parmi les pays les plus industrialisés, 11e rang au niveau du PIB national et du volume du commerce international. Elle a atteint 30,000 dollars de PIB par habitant. Or, on est parti de rien.

Ce développement miraculeux, on le doit aux efforts acharnés des Coréens notamment de la génération d'après-guerre. Quant à la jeune génération, elle n'a jamais connu la guerre. Elle n'a jamais manqué de rien. Les plus jeunes ne ressentent peut-être pas le même désir de réunification. Ils pensent que ce sont eux qui vont payer le coût de la réunification. Et tout le monde sait que la note sera lourde. Mais c'est un prix à payer, on doit l'assumer. Il faut regarder l'avenir avec une Corée réunifiée par une voie pacifique et établir une paix durable. Il est indéniable que personne en Corée du Sud n'est prêt à exclure l'idée d'une réunification de la péninsule en dépit des déceptions.

Pour sortir quel est l'état de la coopération entre la Corée du Sud et le Cameroun , et au-delà quel peut être l'impact de la normalisation entre les deux Corées sur leur coopération avec leurs partenaires ?

Cela fait exactement deux mois que je suis arrivée au Cameroun. Et depuis ma prise de fonction en qualité d'ambassadeur, c'est avec un grand plaisir que je constate une vivacité des relations bilatérales entre la Corée et le Cameroun. Les relations diplomatiques qui unissent les deux pays depuis 1961 se sont matérialisées au fil des années par le renforcement d'une coopération politique, économique et technique dense.

En effet, je me suis rendue dans plusieurs institutions et chantiers de projets de coopération qui témoignent directement de l'intensité de nos relations. Pour vous citer quelques exemples : le Centre des Urgences de Yaoundé qui est un modèle, les Instituts de formation professionnelle qui sont déjà en place dans plusieurs grandes villes. Le Centre de formation professionnelle en construction à Yaoundé, le Centre de formation et d'analyse en riziculture à Ndoumba, l'Hôpital central en plein chantier à Garoua, le projet de e-procurement et bien d'autres.

L'ambassade mène plusieurs projets de coopération notamment via Koica, Agence coréenne de coopération internationale. Une trentaine de volontaires des jeunes ou des experts seniors travaillent au Cameroun en épaulant les Camerounais à travers le pays. Notre politique vise à se concentrer sur la formation des ressources humaines qui est l'origine du développement de la haute technologie. Dans ce sens, nous offrons aussi beaucoup d'opportunités d'études et de stages au travers des bourses gouvernementales coréennes. L'association des anciens étudiants et stagiaires qui ont bénéficié de ces opportunités compte désormais presque 1000 membres.

La Corée est également très présente au sein des institutions internationales comme le PNUD, l'UNICEF, le WFP, etc. et participe activement aux grands projets d'aide au développement. Vous savez que la Corée est le seul pays au monde qui a été transformé en terme de son statut : d'un pays bénéficiaire d'aide internationale en un pays donateur, et ceci en 5 décennies seulement. Nous tenons à partager notre expérience de développement, notre parcours et notre savoir-faire avec des pays amis dont le Cameroun.

Dans ce sens, je souhaite saisir cette tribune pour réitérer la place importante qu'occupe l'Afrique dans la politique étrangère de la République de Corée. Dans le sillage des conférences régulières organisées par le gouvernement coréen depuis un certain nombre d'années telles que la 6e Conférence sur la coopération économique Corée-Afrique(KOAFEC) qui se tiendra à Busan du 22 au 24 mai 2018 en marge de la 53e Assemblée annuelles de la BAD.

Une invitation est adressée au ministre de l'Economie, de la Planification et de l'Aménagement du territoire et à celui des Mines, de l'Industrie et du Développement technologique. La normalisation des relations entre les deux Corées, voire leur réunification, contribuera avant toute chose à la paix et à la sécurité dans le monde. Et nous serons prêts à partager notre expérience en termes de dialogue et de la politique diplomatique.

Évidemment, l'avenir demeure obscur quant à l'impact de la normalisation entre les deux Corées, mais ce qui est certain, c'est que la République de Corée restera fidèle à ses partenaires et pays amis dans l'objectif commun d'un bénéfice mutuel gagnantgagnant. Notre pays jouera un rôle très actif afin d'apporter sa contribution à nos pays partenaires qui nous ont toujours soutenu dans les moments difficiles et fragiles tout au long de notre histoire.

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