21 Avril 2018

Ile Maurice: Prem Beejan, directeur de la SIC - «Un salaire de Rs 220 000 est insuffisant»

interview

Votre nouvelle nomination a provoqué diverses interrogations au Parlement, ce mardi 17 avril. Aviez-vous été renvoyé, démissionné ou pris votre retraite en 2004-2005 ?

L'honorable Veda Baloomoody a donné une information infondée. Son seul but est d'utiliser l'immunité parlementaire pour porter atteinte à mon intégrité. Je lui demanderai de venir dire cela hors de l'Assemblée nationale.

Et là, il comprendra qui je suis. D'ailleurs, j'écrirai au Bar Council du Royaume-Uni concernant ces fausses allégations selon lesquelles j'avais été renvoyé de la SIC suivant un acte frauduleux.

C'est grave. Mon nom a été clairement diffusé. En 2007, j'ai eu 55 ans, alors l'âge légal de la retraite. Je l'ai prise, après 22 ans de service à la SIC.

Je l'ai fait car une compagnie privée m'a sollicité pour un poste mieux rémunéré, soit une paie deux fois plus élevée que ce que je percevais à la SIC.

Votre salaire de Rs 220 000, récemment publié, est-il justifié ?

Moi, j'avais demandé Rs 350 000...

Pourquoi ?

À la SIC, j'ai commencé comme Investment Executive et j'ai gravi les échelons. Je n'ai à aucun moment été «backed» politiquement. Pour moi, la somme de Rs 220 000 est insuffisante.

C'est un poste à responsabilité. J'ai beaucoup à faire. Puis, les précédents directeurs gagnaient environ Rs 350 000. Et il y a des gens qui perçoivent Rs 700 000. Je ne dirai pas qui.

Avec ce retour en force, quels sont vos objectifs à présent ?

Mon ambition est de revenir diriger la SIC. Pendant les dix dernières années, elle n'a pas joué son rôle primaire : être la société d'investissement du gouvernement.

Avec les prédécesseurs, le niveau d'investissement était très faible et inadéquat. Mon premier objectif est de relancer les activités.

Un investissement d'un milliard de roupies a été approuvé. Rs 500 millions ont déjà été allouées à un projet foncier à Côte-d'Or.

Le reste sera destiné aux projets de développement. De plus, il faut refaire le site web de la SIC, qui date de 15 ans. Il sera doté des informations de base de manière professionnelle.

Troisièmement, le bureau sera restauré afin d'être une véritable compagnie d'investissement.

La polémique enfle avec les employés suspendus aux Casinos de Maurice, avec entre autres les menaces de grève des syndicalistes.

Que fait la SIC pour y remédier ?

Depuis les dix dernières années, les casinos ont fait des pertes. La situation n'est pas propice aux investissements.

La SIC a investi Rs 800 millions pour financer les pertes. Aujourd'hui, certains casinos semblent être profitables...

Lesquels ?

Le Casino du Domaine, par exemple. Mais le niveau de profitabilité n'est pas durable. Il faudrait une tendance, une croissance tous les mois. Or, il n'y en a pas et ça peut disparaître. Lors des visites, j'ai constaté l'état d'abandon des casinos.

Les machines sont vieilles et les bâtiments vétustes, en manque d'entretien. La SIC devra injecter environ Rs 15 millions à ce niveau, notamment, pour remplacer les machines qui ne génèrent pas suffisamment de revenus.

Il faut rehausser le niveau et procurer plus de facilités, comme des aires de stationnement additionnelles...

Qu'allez-vous faire concrètement pour les revendications des employés et syndicalistes ?

J'ai demandé une liste complète des employés des quatre casinos de Maurice. La compilation est presque terminée.

À ce jour, nous avons 650 employés et un excédent estimé à 200. Dès mon arrivée, je suis allé rencontrer le syndicat pour discuter du problème. Il y a 650 familles qui dépendent de ces employés.

Parallèlement, une décision avait été prise pour 5 % d'augmentation de salaire et pour nommer une Salaries' Commission pour voir la hausse à être accordée.

Les 5 % seront payés ce mois-ci. Mais les syndicats réclamaient 12 % selon un accord avec la direction. Un tableau non signé m'a été présenté. Mais cela n'est nullement un accord.

Puis, ils ont évoqué le chiffre de 9 % agréé par le chairman. Ce dernier nous a déclaré n'y avoir jamais consenti. Le taux a bien été proposé par le syndicat, mais la direction a indiqué qu'elle étudiera la proposition...

Retour à la case départ, donc ?

Non, on avance. Jeudi 19 avril, nous avons nommé Beejaye Coomar Appanah Salaries Commissionner. Cet ancien directeur du Pay Research Bureau a son équipe. Son rôle sera d'étudier ce qu'on peut donner. Et je vous l'assure : le travail commence dès la semaine prochaine.

Quel est l'état actuel des opérations des casinos locaux ?

Dans les années 2002-2003, les casinos étaient très rentables. Ce qui a changé après ? Nous n'avons pas pris de décisions stratégiques. Regardez la fermeture du Beach Casino, à Trou-aux-Biches, en 2010.

Quand on en ferme un tel établissement, le responsable de la SIC doit venir avec des propositions pour en ouvrir un autre dans les environs. Nous ne l'avons pas fait.

Et vers 2013-2014, le Sun Casino a cessé ses opérations. Là aussi, il fallait trouver un local et réembaucher le personnel. C'est là que les casinos ont fait beaucoup de pertes.

L'abandon est tout aussi décrié. Beaucoup de machines n'ont pas été remplacées. Selon les chiffres, en 2008, les revenus étaient de Rs 923 millions, contre Rs 567 millions aujourd'hui.

Une baisse de revenus démontre que le modèle est dysfonctionnel. Paradoxalement, les salaires s'élevaient à Rs 216 millions en 2008, contre Rs 314 millions en 2015. Cela se dégrade. Les pertes augmentent.

Justement, face à ces pertes qui perdurent, on note que la SIC ne dispose d'aucun bilan financier sur son site. Pourquoi cela ?

Depuis 2014, on n'a pas enregistré les retours sur investissement avec le Registrar of Companies. Je ne comprends pas.

C'est l'une de mes priorités. Je veux être en règle avec les autorités. Je veux mettre en place un site web très transparent.

Par exemple, les données sur les salaires, ça doit être révélé en lien avec ce que d'autres entreprises font. Il n'y a rien à cacher.

Comment redresser la barre des casinos à Maurice ?

A court terme, il faut revoir l'infrastructure interne à Grand-Baie et remplacer les 16 vieilles machines au Caudan, d'ici deux mois. A moyen terme, sur 12 mois, nous remplacerons entre 120 à 150 machines aux casinos du Caudan et de Curepipe.

Pour le long-terme, soit sur 15 mois, il faut réactiver les deux autres licences des casinos fermés avec un nouveau modèle. S'il y a l'opportunité dans les smart cities, nous les saisirons.

En sus de cela, en 2002, 30 % des personnes étaient des «gaming literate». Aujourd'hui, ce taux a dû baisser. Il faut redorer le blason des casinos. Notamment en remplaçant les gros bras à la porte par des hôtesses à la réception.

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