23 Avril 2018

Sénégal: Ouvrage sur la radicalisation religieuse en prison - Le Pr Sylvain Landry Faye démasque les jihadistes recruteurs

Dans un contexte de crise sécuritaire marqué par la montée du radicalisme religieux et des arrestations de présumés terroristes, des réflexions sont engagées de part et d'autre pour barrer la route aux recruteurs jihadistes.

Dans une étude publiée au mois de mars dernier, en partenariat avec la Fondation Friedrich Ebert Stiftung, le socio-anthropologue, le Pr Sylvain Andry Faye, attire l'attention sur leur présence dans l'espace carcéral. Il exhorte les dirigeants à renforcer le dispositif dans la mesure où ils ont changé de mode opératoire.

L'étude intitulée « Visages de la radicalisation religieuse dans les espaces carcéraux africains » du Pr Sylvain Andry Faye, spécialisé en anthropologie de la petite enfance et de la santé, se décline comme une note d'alerte.

L'enseignant de l'Ucad, titulaire d'un doctorat d'anthropologie sociale et culturelle, attire l'attention des dirigeants africains sur un phénomène inquiétant : l'endoctrinement des détenus par des mouvements jihadistes.

Avec une approche assez originale, qui permet de s'imprégner des réalités du monde carcéral, il révèle la manière dont le processus du radicalisme religieux vers l'extrémisme violent se construit dans les prisons africaines.

Il encourage, à cet effet, les autorités à éviter l'inertie et à poser des jalons dans le sens d'améliorer le séjour carcéral.

Si la sécurité nationale est en jeu aussi bien au Sénégal que dans la sous-région, pour l'auteur, il ne faut pas perdre de vue que la forte concentration humaine dans ces espaces est propice à l'enrôlement d'esprits fragiles à ces idéologies.

Pour l'auteur, des mesures doivent être renforcées pour éviter cette radicalisation ne contamine ou n'endoctrine certains détenus faibles facilement soumis aux influences de mentors ou recruteurs radicaux.

L'auteur tient à apporter une précision de taille : « Les prisons ne créent pas la radicalisation mais favorisent son expansion dans la mesure où elle prend forme dans la société globale ».

« Le fait qu'un détenu se convertisse en prison ne fait pas de lui un potentiel radical », ajoute-t-il. Seulement, dit-il, les conditions de vie en milieu carcéral activent des mécanismes psycho-sociologiques pouvant conduire à adopter des attitudes violentes. »

Stabilité et reconnaissance sociale

Par ailleurs, pour l'auteur, il faut reconnaître que les détenus, souvent en rupture sociale, recherchent un certain degré de stabilité que leur font miroiter ces recruteurs.

Le visage de la radicalisation commence à se dessiner dans les quartiers. « La précarité socio-économique des jeunes crée les conditions d'une vulnérabilité, d'une frustration, d'une critique sociale qui peut les rendre disponibles et les conduire à une critique sociale », explique-t-il. La pré-radicalisation y prend forme.

L'auteur souligne que « la frustration les amène à être plus agressifs et à être un peu plus sensibles à l'offre radicale et au discours extrémiste ambiant ». Ils s'identifient à ce discours qui apparaît comme la réponse adéquate à leur situation.

« Cela fait que certaines personnes incarcérées dans les prisons africaines y arrivent avec une certaine critique sociale, un sentiment d'injustice ou quelques fois une sensibilité aux idées extrémistes en réaction à la société globale ».

« Les conditions carcérales, les types d'interactions sociales associées aux trajectoires individuelles et socio-familiales des détenus peuvent contribuer à créer, à déclencher le processus d'identification qui est un des premiers paliers à franchir dans l'échelle de la radicalisation ».

Des recruteurs qui ne sont pas barbus

Les recruteurs jihadistes, difficiles à détecter dans nos prisons qui manquent de moyens logistiques, semblent avancer à grand pas dans l'espace carcéral. Il est bien difficile de brosser leur portrait surtout qu'ils ont eu l'intelligence de changer de mode opératoire.

Le Pr Sylvain Faye révèle, à cet effet, que les mentors qui opèrent dans les prisons sont divers. « Ils ne sont plus des barbus, évitent les interactions avec les imams pour ne pas être repérés, mais ambitionnent de contester la légitimité de ces derniers.

Ils sont porteurs d'un discours d'insatisfaction et s'intéressent aussi à quelques détenus faibles qu'ils cherchent à endoctriner afin d'en faire des relais et des lieutenants afin de mener le travail de recrutement pour l'endoctrinement dans les prisons ».

Les autorités compétentes sont ainsi invitées à intensifier leurs stratégies de lutte surtout que la plupart parviennent à échapper à la surveillance et au contrôle des gardes pénitentiaires.

Ils misent sur une relation interpersonnelle avec des détenus fragiles, évitant les séances de récitation ou les causeries publiques, pour faire passer leur message et leur promettre une protection sociale. « Ils se présentent d'abord comme un soutien social et une offre sécuritaire », ajoute le Pr Faye.

Pire, fait savoir l'auteur, ils parviennent aussi à créer une rupture entre le détenu et leur famille. « Quand le travail d'endoctrinement se met en place pour identifier les détenus et les rendre sensibles à l'idéologie radicale dont ils sont porteurs, ils se présentent comme la seule alternative crédible.

En créant une coupure avec le milieu social d'origine, ils intensifient l'engagement moral dans le groupe radical et l'idéologie qu'il promeut. Une fois cet endoctrinement réalisé, le passage à l'action peut s'opérer soit à l'intérieur de la prison soit à l'extérieur ».

Des messages religieux en phase avec les besoins

Si les Etats africains sont invités à lutter contre la surpopulation carcérale combinée à l'absence d'offre limitée d'opportunités de programmes et de travail productif... , les religieux doivent aussi revoir leur discours.

En effet, si la contribution des islamologues ou théologiens musulmans a été jugée utile au Sénégal, pour accompagner les détenus en les dotant d'une interprétation adéquate du Coran, le Pr Faye craint que leur prêche ne soit contre-productif.

« Ces imams essaient d'expliquer les textes afin de lutter contre les fausses interprétations. Souvent focalisés dans le discours religieux, ils agissent souvent comme s'ils avaient en face d'eux de mauvais musulmans et oublient que les jeunes détenus se posent aussi des questions d'ordre social qui méritent d'être prises en compte.

En se focalisant sur le contre-discours religieux et en s'écartant de leurs préoccupations majeures, les imams créent directement des conditions de rejet. Ils poussent les jeunes à se réfugier dans les offres radicales qui instrumentalisent la radicalité. »

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